Mathieu Paris : Hist. anglicana, ap. D'Argentré
saccageant les comtés d'Essex, de Kent, de Suffolk et de Norfolk, ouvrant les portes des prisons, massacrant les gens d'église, de loi et de finances. Le 13 juin 1381 \ jour de la fête du Saint-Sacrement, ils entrèrent à Londres, et, le lendemain, ils tuèrent l'archevêque de Cantorbéry et le grand prieur de Saint-Jean de Jérusalem; leurs têtes furent promenées dans toute la ville au bout de piques. Que Wicklef ait été sinon lïnstigateur direct de ces atrocités, du moins le théoricien de cette secte, c'est ce qu'il est difficile de nier : les lollards et en particulier leurs chefs, Wat-Tyler et John Bail, se réclamaient de lui; dans la suite, l'opinion publique fit remonter jusqu'à ses prédications la responsabilité de toutes ces violences : enfin, il est impossible de ne pas reconnaître une étroite relation entre ses déclamations contre l'Église, la richesse et l'autorité et ces excès contre les clercs, les prélats, les financiers, les magistrats.
Comme celles de Wicklef, les doctrines de Jean Huss devaient déchaîner le désordre et la guerre civile. En les condamnant, l'université de Paris avait prédit que « cette hérésie pernicieuse, féconde en lamentables crimes, ne pouvait qu'entraîner les peuples à l'insoumission et à la révolte et finirait par attirer sur le pays assez malheureux pour l'accueillir la malédiction de Cham ^ ». Cette prédiction se réalisa à la lettre puisque, pendant une grande partie du xv^ siècle, la Bohême fut ravagée par la guerre des Hussites. D'après les historiens anti-
1. Ces faits nous sont rapportés, à cette date, par rhistorien anglais Walsingham.
2. Jansses ; Histoire du peuple allemand (trad. Paris), t. II, p. 422.
catholiques, ces guerres auraient été allumées par le bûcher qui consuma à Constance Jean Huss et Jérôme de Prague, malgré le sauf-conduit que leur avait délivré le roi des Romains, Sigismond : la conscience loyale de la Bohème se serait soulevée contre cette odieuse violation de la foi jurée. Avec son esprit simpliste, Michelet nous montre l'accusateur de Jean Huss, Gerson, déchaînant de Constance sur la Bohême un demi-siècle de tempêtes. D'autres historiens attribuent avec plus de raison une cause politique à ces luttes ; ils y voient un premier soulèvement des aspirations slaves, identifiées avec l'hérésie contre le germanisme catholique. Mais il ne faut pas perdre de vue le caractère socialiste, communiste même, des revendications hussites, et à ce point de vue le mouvement révolutionnaire de Bohême procédait directement des doctrines de Jean Huss et de Wicklef,
Dans sa belle histoire du peuple allemand, Janssen met cette vérité en évidence ' : « Par une adresse au conseil de Prague, raconte-t-il, une fraction du parti hussite propose l'adoption de douze articles principaux. Ces articles réclament l'abolition de tous droits contraires aux commandements de Dieu. L'abrogation du droit existant était le premier pas à faire vers le but que l'on voulait atteindre, le libre usage des eaux, forêts et pâturages pour tous. Dans l'administration de la justice, tout devait être basé sur le droit divin. Les hommes étant frères, nul ne devait être soumis à qui que ce fût. D'autres voulaient la communauté des biens : personne ne