‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 15 sur 94 · lDEM,76ù/em, II, p · texte numérisé non relu

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HERESIE AU MOYEN AGE. 4t

devait plus posséder une propriété particulière. Celui qui gardait un bien pour lui seul était en état de péché mortel. »

Légat en Bohême, le cardinal Branda insistait, en 1424, sur le caractère antisocial des aspirations hussites : « La plupart de ces hérétiques, dit-il, veut la communauté des biens et soutient qu'on ne doit aux autorités ni tribut, ni obéissance. Or, par ces principes, toute civilisation est détruite... Les hussites regardent comme non avenus les droits divins et humains et ne songent qu'à s'en débarrasser par la violence. Les choses iront si loin que ni rois, ni princes dans les royaumes ou principautés, ni bourgeois dans leurs villes, ni particuliers dans leurs propres maisons ne seront plus en sûreté ; car cette abominable secte ne s'en prend pas seulement à la foi et à l'Eglise; dirigée par Satan, elle déclare la guerre à l'humanité tout entière, dont elle attaque et renverse tous les droits ^ » Et il concluait en disant que le salut de la société humaine, conservatio societatis humante, était intéressé autant que l'Eglise à la défaite des hussites. Voilà les hérétiques que Michelet nous donne comme des rêveurs inoffensifs, injustement persécutés par l'Église!

Je sais bien la raison que Ton allègue pour nier le danger de leurs doctrines. Comment peut-on admettre que les apôtres de théories communistes, anarchistes, antisociales aient pu jouir si souvent de la faveur des princes? Les détenteurs de l'autorité sont en général jaloux du dépôt qui leur est confié et ils savent mieux que personne ce qui peut en menacer

1. Janssen : Hixloire du peuple allemand (trad. Paris), t. II, p. 422.

l'intégrité. Si donc ils n'ont pas craint parfois de protéger les Vaudois, les Albigeois, Wicklef et Jean Huss, c'est apparemment qu'ils ne trouvaient pas leurs doctrines si subversives !

Il est certain, en effet, que l'hérésie n'a pas été toujours poursuivie par le pouvoir séculier, que parfois même elle en a reçu une protection plus ou moins avouée. Dès le xii^ siècle, les Manichéens et les Vaudois du Midi de la France comptaient avec raison sur la bienveillance des comtes de Toulouse, des vicomtes de Béziers et de Carcassonne, des comtes de Foix et d'un grand nombre de seigneurs; au commencement du xiii^ siècle, presque toute la noblesse méridionale leur était gagnée et le comte de Foix tenait à honneur d'avoir des relations amicales avec les ministres cathares. En Italie, Frédéric II, après avoir poursuivi l'hérésie avec tant d'acharnement dans plusieurs de ses lois, lui témoigna une certaine faveur quand il entra en guerre ouverte avec le Saint-Siège. Au xiv^ siècle, l'empereur Louis de Bavière se fit le protecteur des fraticelli italiens et ce fut parmi eux qu'il choisit l'antipape Nicolas V. Wicklef fut successivement l'ami d'Edouard III et de Richard II : Michelet l'appelle « l'homme du roi » et il voit dans Jean Huss « l'homme de la noblesse du pays, directeur de la reine, poussé peut-être sous main par le roi Wenceslas, comme Wicklef semble l'avoir été par Edouard III et Richard II, beau-frère de Wenceslas^ ».

Cette faveur accordée par les princes à ces apôtres de la révolte n'a rien qui doive nous étonner. Les

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