‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 21 sur 94 · Douais, op. cit., p · texte numérisé non relu

Douais, op. cit., p

pouillât de ces souillures matérielles, elle ne pouvait pas reprendre sa place auprès de Dieu son créateur. Une double destinée l'attendait donc après la mort : pure ou purifiée, elle redevenait cet esprit libre et parfait qu'elle avait été avant ses aventures terrestres et elle retournait directement au ciel ; impure, elle devait chercher un lieu où elle rejetterait ses scories, avant de goûter le bonheur.

Négation de l'enfer et du purgatoire. — Dans une pareille doctrine il n'y avait pas de place pour l'enfer. Le règne de Satan est sur cette terre ; maître de la matière, il ne peut rien sur les esprits qui appartiennent à Dieu et doivent tous lui revenir. Aussi les Albigeois s'élevaient-ils contre le dogme catholique de la damnation éternelle et de l'enfer. A la pensée d'un « Dieu qui aurait créé mille âmes pour en sauver une et damner les autres », Pierre Garsias s'indignait et déclarait « que s'il pouvait le tenir, ce Dieu-là, il le briserait, le déchirerait de ses ongles et ses dents et le traitant d'être perfide et faux, lui cracherait au visage ^ ». Parmi les anges rebelles, c'est à peine si un seul sur mille était exilé de la cour céleste sans espoir de retour '. Car, ajoutait-on, « le Dieu bon, loin de tuer, donne la vie ». Aussi, dans toutes les sectes cathares avaiton coutume de répéter comme des axiomes « quod infernus nichil est... quod anime non dampna-

1. Bibl. nationale, Doat, 22, p. 98. « Quod si teneret illuni Deum qui de mille hominibus ab eo factis, unum salvaret, et onines alios damnaret, ipsum Deum disrumperet et dilaceraret unguibuset dentibus, tanquam perfidum et reputabat ipsum esse falsumet perfidum et spueret in faciem ejus. »

2. /6»d. « Quod angeli qui ceciderunt salvabuntur; non omnes, ut principalis et assessores, sed simplices tantum, ita quod de mille non damnabitur unus. •

buntur ^ ». Le jour où, trompées par le démon, les âmes étaient tombées sur terre, elles avaient laissé dans le ciel leurs corps glorieux; elles devaient finir toutes par le reprendre, en recouvrant le paradis perdu -. Le Christ, disaient-ils encore, est venu rallier les brebis égarées; ces brebis sont les âmes déchues et il les a ramenées toutes : a Venit Filins hominis salvare quod perievat et ovem oinnem reduxit ^. »

C'était, d'autre part, un principe généralement admis chez les Cathares que rien d'impur ne pouvait paraître et encore moins demeurer devant le Dieu bon. Or, lorsque la mort les séparait des corps, rares étaient les âmes qui avaient atteint la perfection. Il était même certain que plusieurs d'entre elles en étaient loin, celles par exemple des pécheurs, des juifs, des catholiques, et de tous les infidèles qui, n'ayant pas reçu la vérité, et n'étant pas purifiées par l'initiation cathare, se trouvaient dans l'état corrompu de l'humanité avant sa régénération. S'il était vrai qu'elles devaient être sauvées un jour, il n'était pas moins certain qu'aussitôt après la mort, elles ne pouvaient pas rentrer dans le Ciel. Il fallait donc admettre pour elles ce temps plus ou moins long d'épreuves et de purification que l'Eglise catholique appelle purgatoire.

Et cependant les Cathares rejetaient le purgatoire avec autant de vigueur que l'enfer! « Ignis purga-

\. Somme contre les Cathares (éd. Douais), p. 13-2. Cf. p. 127. « Dicunt quod anime non dampnabuntur, quia non credunt esse infernum. •

2. Ibid., p. H9. • Dicunt quod quelibet anima tune recipiet suum proprium corpus quod in cein dereliquerunt, quando deceple fuerunt. »

Page 1