Somme, p. 13U
devant les tribunaux de l'Inquisition, ils ne se faisaient aucun scrupule de réciter l'article du symbole chrétien qui afiirme avec la vie future, la résurrection des corps ; mais c'était là une de ces ambiguïtés dont ils usaient pour éviter une condamnation et que les Sommes se proposaient de démasquer en précisant la vraie doctrine hérétique. En réalité, quand ils parlaient de la résurrection des corps ils entendaient tout autre chose. « Ils déclarent qu'après sa purification chaque âme reprendra son propre corps, celui qu'elle avait laissé au ciel le jour de sa chute. Ils croient que c'est la résurrection dont parle l'Apôtre (I Cor. xv, 51) : « Omnes quidem resurgi, gemus sed non immutabitur » ; et Job (xix, 26 : « Incarne mea videho Dominum meum^. » Cette rencontre de l'âme avec son corps céleste primitif n'avait rien de commun avec la résurrection de la chair qu'enseigne le Symbole, et c'est avec raison que Bernard Gui faisait rembarquer qu'en fait et malgré toutes leurs arguties, les Cathares « niaient la résurrection des coi-ps humains - ».
Morale chrétienne et morale cathare. — Il y avait donc une opposition irréductible entre la notion cathare de la destinée humaine et celle qu'en avaient les catholiques. Aussi était-ce par une heureuse inconséquence que les Albigeois admettaient la plupart des devoirs individuels qu'impose la morale chrétienne. Au lieu de réduire toute la morale à l'obligation du suicide et de l'inconscience , comme l'eût exigé la plus élémentaire logique, ils obser-