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toujours nous verrions revenir les mêmes paroles. Cela nous permet de supposer que nous sommes en présence non pas d'expressions particulières à chaque témoin, mais bien d'une vraie formule liturgique en usage chez les Cathares pour les rites du consolamentum.
Nous pouvons donc résumer en ces cinq articles les engagements que prenaient ceux qui voulaient pratiquer dans sa rigueur la morale cathare :
1° Abstinence absolue de toute nourriture animale, à l'exception du poisson.
2° Virginité perpétuelle.
3° Horreur du mensonge.
4° Horreur du serment.
5° Fidélité à toute épreuve à la secte.
Morale individuelle. — De ces cinq articles, trois intéressaient la vie privée des Cathares, c'étaient ceux qui faisaient des devoirs stricts et rigoureux de l'abstinence, de la fidélité à la secte et de la sincérité. Nous ne dirons rien du dernier, parce qu'il ne se distinguait en rien du précepte chrétien.
L'abstinence cathare. — Que les vrais initiés, les Parfaits, aient été tenus toute leur vie à une abstinence complète, c'est ce que nous prouvent un grand nombre de textes. Invité à Albi chez le marchand Golfîer, l'hérétique Guillaume Payen refusa du poulet rôti qu'on lui présenta ; il ne voulut pas même goûter au fromage qu'on lui offrait. Se rappelant sans doute alors que son hôte était cathare, Golfier lui fit servir du poisson et il en mangea ^ La même
1. Douais, Les manuscrits du château de Merville. Annales du Midi, 1890, p. 183 : « dum apponerentur galline assate coram heretico, noluit gustare ; set iicque caseum sibi oblatum. Tandem dictus Guil-
déposition nous montre les hérétiques s'arrêtant dans une auberge et ne demandant que des fruits, en particulier des poires et des noisettes : « coinederunt fructus, scilicet pira et avellanadas. » Lorsqu'ils allaient de village en village chez les adhérents dont ils voulaient réchauffer le zèle, on leur donnait ce qui était nécessaire à leur subsistance ; or ce n'était jamais de la viande, des œufs, de la graisse ou du laitage ; mais des fruits frais ou secs, raisins, figues, noix, amandes, du blé ou des légumes, du vin, du miel, des fouaces ou gâteaux de farine de froment. Ils recevaient aussi du poisson. Il leur était permis de se nourrir des animaux à sang froid '. « Jamais, dit Bernard Gui, ils ne mangent ni viande, ni œufs, ni fromage, ni rien de ce qui provient de la génération; ils ne veulent pas même y toucher^. »
Ils étaient si scrupuleux sur ce précepte de l'abstinence qu'on les reconnaissait à la manière stricte dont ils le gardaient. Manger de la viande était pour le cathare un signe évident d'apostasie et, partons les moyens, les prédicateurs catholiques essayaient de l'obtenir comme un gage certain de conversion. Les deux frères Bernard et Guillaume du Mas-Saintes- Puelles tenaient d'autant plus à l'abjuration de leur mère et de leur sœur que Guillaume était prieur de l'église de ce lieu. Ils l'obtinrent et pour en prendre acte, ils s'empressèrent de leur faire manger de la viande, « dederunt eis carnes ad comedendum -^ ».
lelmus Gollerii fecit apportari pisces et de illiscomedit diclus liereticus ».