‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 29 sur 94 · Cf. p. Îi · texte numérisé non relu

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2. Practica, 240. «NuUo modo occiderentaliquod animal nec aliquod volatile, quia dicunt et credunt quod inanimalibus brutis et etiam in avibus sint spiritus illi qui recedunt de corporibus liominum, quan non sunt recepti ad seclam et ordinem suum per impositionem manuum ipsorum, secundum ritum eorum. «

voulaient pas les tuer, elles étaient tenues pour hérétiques ou adhérentes à l'hérésie ^ . »

Les Albigeois ne se contentaient pas de suivre leur régime végétarien. Rationnant d'une manière rigoureuse les aliments qui étaient permis, ils se livraient à des jeûnes aussi sévères que répétés. Ils observaient trois carêmes ^ par an : le premier, depuis la fête de Saint Bris jusqu'à Noël, correspondait à peu près au temps de l'Avent augmenté de deux semaines; le second, depuis le dimanche de la Quinquagésime jusqu'à Pâques, coïncidait avec le Carême catholique ; le troisième, que l'Eglise a réduit aux Quatre-Temps d'été, durait pour eux de la Pentecôte à la fête de S. Pierre et de S. Paul. Ils appelaient semaines rigoureuses, la première et la dernière semaine de ces trois Carêmes ; car, pendant leur durée, ils jeûnaient au pain et à l'eau, tandis que, dans les autres semaines de leurs carêmes, le jeûne au pain et à l'eau ne durait que trois jours. En dehors de ces temps particulièrement consacrés à la pénitence, ils observaient le même jeûne trois jours par semaine, dans tout le cours de l'année.

Aucune considération ne leur faisait rompre ces austérités. Ils les pratiquaient strictement non seule -

1. DOAT, 30, p. 54 et 55. « Audivi ego quod gallici catholici sic examinabant hujusmodi herelicos in terra Albigensium : dabant suspectis pullos vel aliaanimalia ad occidendum. Quœ si nollent occidere, eos per hereticos perpendebant vel eorum credentes. »

2. Practica, 239. « Jejunant très quadragesimas in anno, videlicet a festo S. Briciiusque ad Natale, et a dominicain Quinquagesimausque ad Pascha, et a festo Pentecostes usque ad festum apostolorum Pétri et Pauli; et septimanam primam et ultimamcujusliljtet quadragesime vocant septimanam strictam, quia in illa jejunant in pane et aqua; et in aliis autem septimanis tribus diebus jejunant in pane et aqua ; et per totum annum residuum tribus diebus jejunant in pane et aqua in qualibet septimana, nisi sint itinérantes aut infirmi. >

ment dans leurs maisons, mais même parfois lorsque, à pied, et par les pires intempéries, ils faisaient des tournées pastorales chez leurs adhérents. Le notaire royal de la Cour royale d'Albi, Raymond Calvière, racontait qu'étant descendus à une auberge de la ville, les hérétiques n'y avaient rien pris et s'étaient contentés d'y payer le coucher parce que « ce jour-là ils jeûnaient ^ ». On connaissait si bien ces jeûnes et ces abstinences que c'était par ces signes, en quelque sorte spécifiques, qu'on distinguait les hérétiques. « Ce sont, disait-on, de ces bons hommes qui vivent saintement, jeûnent trois jours par semaine et ne mangent jamais de viande ^. »

Venant s'ajouter à un régime presque entièrement végétarien, ces prescriptions rigoureuses ne sauraient entièrement s'expliquer par la répulsion qu'inspiraient aux Cathares l'impureté des viandes et le meurtre des animaux. Elles provenaient aussi de la raison qui les a fait instituer par l'Eglise ellemême. Il s'agissait par une nourriture parcimonieuse et peu substantielle, d'atténuer peu à peu et enfin de supprimer les instincts et les désirs matériels qui entraînent l'homme vers la concupiscence. Affaiblis par ces austérités, les Cathares pouvaient plus facilement conserver la rigoureuse chasteté qu'ils avaient promis de garder, et poursuivre cette prépondérance chaque jour plus grande de l'âme sur le corps qui était le but suprême de leurs efforts.

1. Douais, Annales du Midi, op. cit. p. 185 : « quia jejunabant illa (lie ».

2. Ibidem. • Quod erant de illis bonis hominibus qui dicebantui heretici, et vivebant bene et sanete, et jejunabant tribus diebus in septimana, et non comedebant carnes. •

Fidélité absolue à la secte. — En prévision des persécutions que leurs doctrines ne pouvaient pas manquer de leur attirer, les différentes sectes cathares exigeaient de leurs adhérents, surtout lorsqu'ils avaient reçu l'initiation complète du consolamentuin, un dévouement et une fidélité à toute épreuve. On ne dissimulait pas aux néophytes qu'en entrant dans la secte ils s'exposaient aux rigueurs de l'Église romaine et de ses Inquisiteurs qui poursuivaient les « bons hommes » comme les juifs avaient poursuivi Jésus et les apôtres ' ; mais on ajoutait que malgré tout, c'était un avantage d'embrasser cette doctrine, parce qu'à travers les persécutions, elle conduisait seule au salut -. On terminait par une description enthousiaste de la gloire qui attendait le martyr dans ce monde et dans l'autre et on démontrait que si terrible qu'elle fût, la mort par le feu, si elle était subie pour la vérité, était la plus belle qui se pût imaginer : « quod non erat ita pulcra mors sicut per ignem ». « Nous menons^ disaient-ils, une vie dure et errante; nous fuyons de ville en ville, pareils à des brebis au milieu des loups; nous souffrons la persécution comme les apôtres et les martyrs ; et pourtant notre vie est sainte et austère; elle se passe en abstinences, en prières, en travaux que rien n'interrompt, mais tout nous est facile parce que nous ne sommes plus de ce monde. » « Nous supportons beaucoup de fatigues, disaient-ils encore,

1. Praclica, p. 241. « Quod ipsi tenent locum apostolorura et quod propler predicta illi de ecclesia Romana, videlicet prelati,clerici et religiosi, persecuntur eos et precipue inquisi tores liereticorum... sicut pharisei persequebantur Cliristum etapostolos ejus. t

2. Ms. 609, p. 12. • Posse salvari i)er ipsos, licet sciiet quod ecclesia persequeretur eos. «

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et faisons grandement pénitence; c'est une vie austère que mènent les amis de Dieu que l'Église persécute... mais pour entrer au paradis il faut qu'il en coûte beaucoup à un homme fait de chair et de sang ^. » Si malgré toutes ces tragiques prévisions, les nouveaux convertis persistaient dans leur désir de devenir des Parfaits par le consolamentum, on leur faisait promettre de ne jamais trahir la foi qu'ils allaient embrasser, fût-ce au prix de la mort la plus horrible : « nec dimitterent sectam hereticorum tnetu mortis ignis vel aquse vel alterius generis mortis^ >■>. Les rites de l'initiation leur rappelaient, à plusieurs reprises, ce grave engagement.

Morale sociale. — Si les Cathares s'en étaient tenus à ces différents préceptes de leur morale individuelle, ils se seraient à peine distingués des chrétiens; car ils ne faisaient qu'exagérer, dans leur farouche intransigeance, certaines pratiques qui se trouvaient déjà dans le Décalogue et dans l'Évangile comme dans les enseignements de leurs docteurs. C'est leur morale sociale qui a attiré tout particulièrement l'attention non seulement de l'Église mais aussi de tous les gouvernements soucieux de se défendre contre leurs négations. En poussant en effet jusqu'à leurs conséquences les plus radicales leurs principes sur la virginité et le serment, les Cathares ruinaient à la fois les institutions fondamentales de la famille et de la société.

Négation du mariage. — Leur théorie du mariage est la conséquence logique de l'idée profondément

-1. DOAT, "i'j, p. 4C.

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