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pessimiste qu'ils se faisaient de la vie ^ . Si elle était, comme ils l'enseignaient, le plus grand des malheurs, il ne fallait pas se contenter de la détruire en soi-même par le suicide ou tout au moins le nirvana; il fallait aussi se garder de la communiquer à de nouveaux êtres que l'on faisait participer au malheur commun de l'humanité, en les appelant à l'existence. Pouvait-on imaginer un acte plus coupable dans ses conséquences que la procréation d'un enfant? Une naissance n'était-elle pas le fait le plus déplorable qui pût se produire? Une âme vivait heureuse dans le royaume de Dieu et voilà que pour satisfaire sa passion, un homme la faisait descendre sur terre dans le royaume de Satan, l'emprisonnait dans un corps impur et elle était condamnée, pendant une ou plusieurs vies mortelles, à se dégager perpétuellement, par un effort constant et douloureux, de cette étreinte écœurante de la chair. En l'appelant ici-bas, que faisait-on sinon lui ravir la vie bienheureuse du Ciel pour lui infliger à la place les travaux forcés de la terre? Par là, on continuait l'œuvre créatrice de Satan !
C'est en cela qu'avait consisté la faute originelle de nos premiers parents. « Ce fruit qui leur fut défendu, enseignait à Toulouse Pierre Garsias, ce fut tout simplement le plaisir de la chair, « delectatio coitus », qu'Adam offrit à la femme ^. »
\. cf. plus haut, p. 51.
2. DOAT, 23, p. 89. « Quod ponium vetitum primis parentibus nil aliud fuit quaui delectatio coitus, et addidit quod ipsum pomum porrexit Adam mulieri. » Comme les Catliares, Garsias ne croyait pas à la chute originelle au paradis. Il emploie tout simplement ici un exemple tiré des enseignements chrétiens, pour mettre à la portée de tous la doctrine albigeoise.
Tout homme doit réparer cette faute première en s'abstenant de toute luxure. Lorsque les Cathares conféraient le consolamentiiin à l'initié et qu'ainsi ils purifiaient son âme pour la sauver, ils lui faisaient souscrire un engagement de chasteté perpétuelle, « quod non aliquam libidineni exerceret toto tem ■ pore viUe sine ».
D'ailleurs les Albigeois ne faisaient pas, comme les chrétiens, une distinction essentielle entre l'état de mariage et le célibat. Ils répétaient sans cesse que l'on péchait avec sa femme comme avec toute autre. Le contrat et le sacrement de mariage n'étaient que la légalisation et la régularisation de la débauche. Dans l'intransigeance farouche de leur chasteté, les Purs du xiii^ siècle trouvèrent la formule qu'ont reprise de nos jours les tenants de l'union libre et du droit au plaisir sexuel : « Matrimoninm est ineretriciurHy matrimonium est lupanar ^ »; « le mariage est un concubinat légal ». Bernard Gui résumait ainsi toute la doctrine des Cathares sur le mariage : « Ils condamnent absolument le mariage entre l'homme et la femme; ils prétendent qu'on y est en état perpétuel de péché; ils nient que le Dieu Bon l'ait jamais institué. Ils déclarent que connaître charnellement sa femme n'est pas une moindre faute qu'un commerce incestueux avec une mère, une fille ou une sœur -. »
Les ministres Albigeois ne cessaient de répéter que le mariage était un état permanent de péché.
\. Ces phrases reviennent à chaque instant dans les dcclaratious des hérétiques. Cf. par exemple ms. OOft, {° 41 v°, et 64. 2. Practica inquisitionis. p. 130.
a matrimonium maliim est ^ » ; et que par conséquent nul ne pouvait se sauver en y restant, « in malrimonio non est salus - ». Sur ce point, leur doctrine était si nette et si unanime que les prédicateurs catholiques étaient obligés de défendre contre eux la légitimité du mariage. Ils multipliaient les textes qui prouvaient « quod in matriinonio salventur homines^vivendo secunduin ipsum, ... matrimonium temporaU' sanctiim etjustum esse^ ». A l'encontre des catholiques et à l'appui de leur thèse, les Cathares alléguaient plusieurs textes du Nouveau Testament glorifiant la virginité. « Les enfants de ce siècle, dit Jésus dans l'Evangile de S. Luc (xx, 33 et 35), épousent des femmes et les femmes des hommes ; mais ceux qui seront jugés dignes d'avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts, ne se marieront pas. >; « 11 est bon à l'homme, dit S. Paul (I Cor. VII, 1), de ne point toucher de femme. » Lorsque, de leur côté, les controversistes catholiques citaient les passages encore plus nombreux où le mariage est non seulement permis, mais loué, les cathares les interprétaient dans un sens spirituel et symbolique, prétendant que le seul mariage permis est la réunion de l'âme avec son esprit céleste par les rites ^ du consolamentum'*.
Ce qu'il y avait de plus grave dans le mariage, c'était de procréer des enfants. Une femme enceinte avait le diable dans son corps. Guillaume Viguier, de Cambiac, ne cessait de prêcher à sa femme l'a-