Douais, Atmales du Midi, op. cit., p
diction en se rappelant qu'ily avait deux sortes d'hérétiques, les croyants qui donnaient leur sympathie à la doctrine cathare et subissaient incomplètement son influence, et les Parfaits qui devaient rigoureusement la suivre. Du moment que les croyants n'avaient pas encore reçu l'initiation complète, ils n'étaient pas soumis à la stricte virginité, et à la rigueur, ils pouvaient vivre avec une femme. Mais il y avait avantage pour les Parfaits que ce fût une concubine plutôt qu'une épouse légitime, parce que le lien qui unissait le croyant à cette personne pouvait plus facilement se rompre le jour où le Croyant, pour devenir Parfait, devait renoncer à jamais aux plaisirs de la chair. Tout commerce sexuel était mauvais, mais celui qui pouvait le plus se tolérer, ce n'était pas le mariage mais bien le concubinat. Et c'est là ce qui explique cette sorte de prédilection étrange qu'avaient les Parfaits pour les concubines et les bâtards de leurs croyants.
Chasteté rigoureuse des Parfaits. — Cela ne les empêchait pas eux-mêmes de pratiquer la plus stricte chasteté. En 1321, les cathares d'Ax avaient coutume de prendre chez eux des femmes pour faire croire qu'étant mariés, ils n'étaient pas hérétiques, « quia homines videntes quod mulieres secum habent, credunt quod sint eorum uxores, et sic non existimantur heretici ». Mais jamais, dit le témoin qui parle, ils n'avaient de relations avec elles ; s'il leur arrivait seulement de leur toucher la main, ils se condamnaient au jeûne le plus rigoureux pendant trois jours et trois nuits. Lorsqu'ils voyageaient avec la compagne qu'ils faisaient passer pourleur femme, ils demandaient deux lits ; dans les auberges, afin de
8i QUESTIONS D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE.
mieux dépister les soupçons, ils partageaient parfois le même, mais ils dormaient habillés en ayant soin de ne jamais se frôler, v^ponehant se in uno lecto, tamen induti ita quod unus alium in nuda carne non tangchaO ». Cette appréhension de la femme était telle chez les Parfaits qu'il leur était absolument interdit d'en toucher une, fût-ce du bout du doigt, fût-elle la plus vénérable et la plus vieille des Parfaites. Lorsqu'ils conféraient à une femme le consolamentum, au moment de l'imposition des mains, leur rituel leur recommandait de tenir leur main audessus de sa tête, en ayant bien soin de ne pas l'y poser. Ce n'était pas seulement l'acte de chair qui souillait l'âme, mais le plus simple attouchement. Et voilà bien ce qui nous prouve que les rapports sexuels étaient rigoureusement interdits non seulement parce qu'ils propageaient la race humaine, mais aussi parce que matérialisant l'âme par des jouissances corporelles, ils la maintenaient sous la domination de Satan.
La saignée. — Pour dompter leur corps et le soumettre plus facilement à cette vie d'absolue chasteté, les cathares observaient les jeûnes et les abstinences rigoureuses dont nous avons parlé plus haut. C'était pour eux un moyen d'affaiblir et de briser en quelque sorte leur tempérament. Si cela ne suffisait pas et si l'ardeur du sang faisait encore bouillonner en eux le désir, ils recouraient à la saignée. « Na Richa, femme d'en Azalbert et mère du prédicant Raymond du Mas, dit qu'elle vit dans ce lieu et chez W. de Canastbru deux femmes hérétiques et que « flebo-