‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 37 sur 94 · DoELLiNGER, Dokiiincnte, p · texte numérisé non relu

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MORALE DES ALDIGEOIS. 85

tomavit ibi dictas hereticas n. Une autre fois, elle rencontra dans la maison d'Ermengarde le ministre Linars et son acolyte, ainsi que deux femmes acolytes, « et ipse, dit le registre, flebotomavit ihi dictas hereticas ». Les ministres... se faisaient aussi saigner souvent. Plusieurs dépositions le prouvent. Le ministre Arnaud étant à Laurac, avec son compagnon, dans la maison de Pierre Roger, on appela Raymond de Cailhau, parent de B. Marty, évêque hérétique, et, dit le registre, « j^asit et flehotomavit eos ^ » .

Suppression de la famille. — l\ est inutile d'insister longuement sur les conséquences antisociales d'une doctrine aussi absolue. Elle ne tendait à rien moins qu'à supprimer l'un des éléments essentiels de toute société, la famille, en faisant de l'ensemble de l'humanité une vaste congrégation religieuse sans lendemain. En attendant l'avènement de cet état de choses, qui devait sortir du triomphe des idées cathares, les Parfaits brisaient peu à peu, par suite des progrès de leur apostolat, les liens familiaux déjà formés. Quiconque voulait être sauvé devant se soumettre à la loi inexorable de la chasteté rigoureuse, le mari quittait la femme, la femme le mari; les parents abandonnaient les enfants et les enfants fuyaient un foyer domestique qui ne leur inspirait que de l'horreur; car l'hérésie leur enseignait « que personne ne saurait se sauver en restant avec son père et sa mère^ ». Et ainsi dispa-

\. Du MÈGE, op. cit., p. 18.

2. Somme, p. 132. « Quod homo non potest salvari cum pâtre et matre. • C'est une propos lion également enseignée par toutes les sectes cathares.

raissait, avec la famille, sa raison d'être, toute la morale domestique.

On a fait, sans doute, un reproche semblable au christianisme lui-même : lui aussi, à en croire certains de ses ennemis, tendrait à la ruine de la famille et de l'humanité tout entière par l'idéal de virginité monastique qu'il offre à chacun. Il y a cependant une différence essentielle sur ce point entre le christianisme et le catharisme. Tandis que ce dernier faisait de la chasteté la condition sine qua non du salut que tout homme doit rechercher, l'Église n'en fait qu'un idéal particulier capable de séduire seulement une élite et nullement nécessaire pour arriver au ciel. Dès lors, tandis que les Cathares proscrivaient absolument tout mariage, les chrétiens en font la loi de la grande masse, la virginité absolue n'étant réservée qu'à de rares exceptions, et ils le déclarent non seulement licite, mais encore juste et saint « matrimonium temporale sanctum etjustum ^ ». Enfin, le quatrième commandement du Décalogue est le principe de cette morale domestique à laquelle l'Église donne une attention toute particulière. On ne saurait donc établir la moindre parité entre la doctrine chrétienne qui sanctifie la famille, en lui attribuant une origine divine et en lui donnant des lois surnaturelles, et la doctrine albigeoise qui la déclarait satanique et la supprimait radicalement.

Leur intolérance. — Cette haine de la famille n'était d'ailleurs chez les Parfaits qu'une forme particulière de leur aversion pour tout ce qui était étran-

\. Cf. sur ce point l'opposition entre la doctrine catliolique et la doctrine cathare, telle qu'elle est esquissée dans la Summa conlra hsereticos. Somme, pp. 96-99.

ger à leur secte. Ils s'interdisaient toute relation avec quiconque ne pensait pas comme eux, si ce n'est lorsqu'ils croyaient possible de les gagner à leurs croyances, et ils faisaient la même recommandation à leurs croyants. Au jour de l'examen de conscience ou apparelhamentum, qui se présentait tous les mois, ils leur demandaient un compte sévère des rapports qu'ils avaient pu avoir avec les infidèleé. Et cela se comprend : ils ne considéraient comme leur semblable, leur prochain que celui qui, comme eux, était devenu, par le consolamentum, un fils de Dieu ; quant aux autres qui étaient restés dans le monde diabolique, ils appartenaient en quelque sorte à une autre race et étaient des inconnus, pour ne pas dire des ennemis. Voilà pourquoi ils leur refusaient rigoureusement aide et assistance. « Les aumônes, disaient-ils, devaient être réservées aux bons^ » et par ce mot ils se désignaient eux-mêmes et leurs adhérents. Raynier Sacchoni dit qu'ils n'en faisaient jamais aux étrangers, « eleemosynas nnllas faciunl extraneis ». Il y avait cependant un cas où ils les prodiguaient, c'était lorsqu'ils espéraient par là déterminer la conversion de ceux qui écoutaient leurs prédications. « Tanta est hœreticis cura de auditoribus suis quod non cessant discurrere et congregare eleemosynas ut de ipsis sustentent suas pauperes et alliciant alios socios suas ad credendum 2. » Mais qui ne voit qu'alors l'aumône était un moyen d'apostolat beaucoup plus qu'autre chose? Le fonctionnement de ces causes de conversions ne

1. Somme, p. 132. « Quod elemosine non debent dari nisi bonis.

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