‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 39 sur 94 · Practica inquisitionis, p · texte numérisé non relu

Practica inquisitionis, p

nent lieu dans une société qui malgré sa « laïcisation », fait encore intervenir le serment dans les actes les plus importants de la vie sociale. Quels troubles autrement profonds de pareilles doctrines ne devaient-elles pas apporter dans les états du moyen âge où toutes les relations des hommes en- , tre eux, des sujets avec leurs souverains, des vassaux avec leurs suzerains, des bourgeois d'une même ville, des membres d'une même confrérie les "^ uns avec les autres étaient garanties par un serment, où enfin toute autorité tirait du serment sa légitimité. C'était l'un des liens les plus solides du faisceau social que les Manichéens détruisaient ainsi et, en le faisant, ils avaient l'apparence de vrais anarchistes. Suppression des sanctions sociales. — Ils l'étaient vraiment quand ils déniaient à la société le droit de verser le sang et même de tuer pour se défendre contre les ennemis du dedans et du dehors, les malfaiteurs et les envahisseurs. Les cathares prenaient en effet à la lettre et dans son sens le plus rigoureux la parole du Christ déclarant que quiconque tue par Tépée doit périr par l'épée, et ils en déduisaient la prohibition absolue non seulement de l'assassinat, . mais encore de tout meurtre, pour quelque raison que ce fût. En aucun cas, disaient-ils, on ne peut tuer^ « nullo casu occidendum^ ». De ce principe découlaient les plus graves conséquences sociales et dans leur redoutable logique, les Albigeois ne reculaient pas devant elles. Toute guerre, même juste dans ses causes, devenait criminelle par les

\. DOAT, 92, p. 100. « Non est jurandum neque in aliquo casn occidendum. » Somme, p. 133, proposition enseignée par toutes les sectes : « Non licet alicui occidere. »

meurtres qu'elle nécessitait : le soldat défendant sa vie sur le champ de bataille, après s'être armé pour la défense de son pays, était un assassin au même titre que le plus vulgaire des malfaiteurs ; car rien ne pouvait l'autoriser à verser le sang humain. Ce n'était pas une aversion particulière pour la croisade, mais bien leur haine de toute guerre qui faisait dire aux hérétiques « quod predicatores crucis sunt otnnes homicide ^ ». Et ainsi, dès le xiii° siècle, les Néo-Manichéens préludaient aux doctrines de Wicklefetde Jean Huss contre la guerre, aux théories pacifistes de certaines sectes protestantes, aux rêveries antimilitaristes de nos modernes humanitaires.

, Pas plus que le soldat dans l'ardeur de la bataille, le juge et les autres dépositaires de l'autorité publique, sur leurs sièges, n'avaient le droit de prononcer des sentences capitales. « Dieu n'a pas voulu, disait Pierre Garsias, que la justice des hommes pût condamner quelqu'un à mort 2 » ; et lorsque l'un des adeptes de l'hérésie devint consul de Toulouse, il lui rappela la rigueur de ce principe en lui recommandant « quod nullo modo consentiret in judicando in mortem alterius ^ ». Nous reconnaissons encore là les doctrines bien connues de l'auteur de Résurrection. Les hérétiques du xiii^ siècle allaient-ils aussi loin que lui et déniaient-ils à la société tout droit de répression? Il est difficile de l'affirmer : car si la plupart d'entre eux semblaient le dire en proclamant

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