‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 41 sur 94 · Somme, p · texte numérisé non relu

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contre le mécréant que l'on prête trop aux princes de ce temps. Elle s'inspirait d'une considération que Ton a fort heureusement définie en disant que l'hérésie était alors un crime social autant que religieux ^ .

i. Brutails, les Populations rurales du Roxissillon au moyen âge, p. 296.

LE CONSOLAMENTUM OU INITIATION CATHARE

LE CONSOLAMENTUM OU INITIATION CATHARE

L'initiation cathare. — Le Saint-Esprit cathare. — Le Consoiamenlum, baptême du S. -Esprit. — Le catéchumcnat chrétien et Vabslinenlia cathare. — La tradition du Symbole et du Pater. — U abrenuntiatio . — Le baptême de l'eau et la consignalio. — L'allocution préliminaire. — Le Consolamentum et le sacrement de Pénitence. — L'imposition des mains et du livre. — Le Consolamentum et le sacrement de l'Ordre. — La vêture et le baiser de paix. — Le Consolamentum et les sacrements des mourants. — Conclusion.

Considéré dans sa métaphysique, sa théologie, sa morale et sa hiérarchie, le catharisme nous apparaît bien plus comme un système religieux, ayant sa physionomie propre, que comme une hérésie du christianisme. Aussi, à l'exemple de toutes les religions, il avait sa manière particulière d'honorer la divinité et de lui présenter les hommages des hommes. Ce serait donc l'étudier imparfaitement que de laisser de côté les rites, souvent curieux, de son culte et de sa liturgie. Outre qu'ils sont intéressants par eux-mêmes, ils jettent par leur symbolisme une lumière, souvent fort vive, sur les dogmes et les pratiques de la secte et peuvent nous éclairer sur le problème, aussi obscur qu'important, des origines du catharisme et de ses rapports avec le manichéisme primitif.

Pour les étudier on a des textes précis. Un pre-

mier groupe de renseignements nous est fourni par deux traités théoriques qui, provenant de sources tout à fait opposées, se confirment l'un l'autre. C'est, d'une part, le rituel hérétique ' qui fait suite au Nouveau Testament cathare de la bibliothèque de Lyon. Ecrit au xiii® siècle, dans la langue qui se parlait alors dans les pays de la Garonne, de l'Ariège et de l'Aude, il nous renseigne, d'une manière authentique et en quelque sorte officielle, sur les rites cathares en usage, à cette époque, dans le Haut- Languedoc. C'est, d'autre part, la Practica inquisitionis hxreticœ pravitatis^ qu'au moins sur ces points nul ne récusera, puisque les détails que nous donne cet écrit catholique se trouvent répétés dans le rituel cathare. Nous trouvons un second groupe de renseignements dans les procès-verbaux de l'Inquisition, qui nous décrivent souvent les cérémonies auxquelles les hérétiques avaient pris part. Là, nous saisissons sur le vif les rites dont les deux livres précédents nous décrivent le mécanisme ; à côté de la formule liturgique, nous avons la liturgie en action, de sorte qu'il suffit de confronter les textes puisés à ces différentes sources pour les vérifier, et de combiner ces renseignements pour se faire une idée précise du culte cathare, tel qu'il se pratiquait au xiii" siècle, dans les pays du Languedoc.

L'initiation cathare. — De tous les actes de la

4. Il a été publié, avec le Nouveau Testament, par M. Clédat, dans la Bibliothèque de la Faculté des lettres de Lyon, sous ce titre : Le Nouveau Testament, traduit au XIII' siècle en langue provençale, suivi d'un rituel cathare. Paris, Leroux, 1888, in-8.

2. Practica inquisitionis heretice pravitatis, document publié pour la première fois par M. le chanoine Douais (aujourd'hui évéque de Beauvais), Paris, Picard, 1886, in-4.

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religion cathare, le plus important était celui par lequel le Croj-ant était initié à la nouvelle doctrine et, dépouillant les préjugés et les pratiques malsaines qui l'avaient jusqu'alors maintenu sous le joug de Satan, devenait fils de Dieu. Il s'accomplissait par les rites du Consolamentum. Celui qui avait été « consolé » ou « hérétique » était désormais un Pur ou Cathare et un Parfait.

C'est par le baptême conféré dans les premiers siècles aux adultes (et seulement en cas de danger aux enfants) et aujourd'hui aux nouveau-nés, que l'Elglise reçoit dans son sein ceux qui lui appartiendront désormais. Par ce sacrement, elle les purifie du péché originel qui les condamnait à la mort spirituelle et à la damnation éternelle; elle efface les fautes qu'ils ont pu commettre depuis leur naissance ; elle dépose en leurs âmes les germes de toutes les vérités de la foi et, les faisant participer à toutes les grâces qui conduisent à la vie immortelle, elle les arrache à l'empire de Satan pour les transformer en enfants de Dieu.

Pour les Cathares, le Consolamentum produisait à peu près ^ tous ces effets ; mais il était encore quelque chose de plus. Recevoir le Consolamentum, c'était non seulement se purifier, mais encore faire une solennelle profession de foi et s'engager pour toujours dans un genre de vie tout nouveau. Aussi était-il nécessaire que celui auquel il allait être conféré, eût la pleine connaissance de la doctrine et des pratiques qu'il embrassait, etparcon-

1. Comme les Cathares ne croyaient ni à la grâce ni à la communion des saints, il ne pouvait être question pour eux de communication de grâces.

séquent qu'il fût déjà adulte et en pleine possession de sa raison : « Moj-is est apud eos, disait d'eux le pape Urbain IV \ quod nullum consolentur qui non sit sanse mentis et memoriam habeat ordinatam. » Sans doute, le baptême catholique comporte, lui aussi, des engagements, mais l'Eglise craint si peu de le conférer aux enfants qu'elle fait presque un devoir aux parents de le leur procurer, dès les premiers jours de leur vie. Ce qui distingue sa pratique de celle des Cathares, c'est qu'elle admet la validité d'engagements pris, au nom des nouveaunés, par leurs parrains, tandis que les Cathares la niaient. Ils refusaient absolument de croire « quod per fidem patrinorum sahanlur pueri^ », et exigeaient de chaque « consolé » un engagement individuel et personnel. Le néophyte avait apparemment commis, entre sa naissance et le jour de l'initiation, un grand nombre de fautes, surtout s'il ne devenait Parfait qu'à son lit de mort. Par conséquent, le Consolamentum était une absolution autant qu'une initiation purifiante et il correspondait au sacrement de la pénitence comme à celui du baptême. Enfin nous savons que les « hérétiques » étaient en relations directes avec le dieu bon et que les Croyants qui voulaient arriver peu à peu à le connaître, devaient se servir de leur intermédiaire. Seuls en effet, les initiés avaient le dépôt de cette vérité que, d'après eux, le Christ avait confiée aux apôtres, et qui depuis s'était transmise de génération en génération, jusqu'à eux-mêmes, par l'intermédiaire des Parfaits. Seuls aussi, ils pratiquaient la morale cathare dans

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