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toute sa rigueur et ils pouvaient passer pour des exemplaires vivants de la perfection. Ils apparaissaient donc comme formant une sorte de clergé. Dès lors, le Consolamentum^ en leur conférant ce caractère quasi sacerdotal, ressemblait à une ordination. Equivalant tour à tour au sacrement du baptême, lorsqu'il initiait les Croyants à leur nouvelle religion, au sacrement de la pénitence, lorsqu'il les purifiait de leurs péchés, au sacrement de l'ordre, lorsqu'il les revêtait d'une dignité sacerdotale, le Consolamentum se ramenait cependant à une cérémonie unique, la communication du Saint-Esprit par l'imposition des mains. Triple dans ses effets, il était simple dans son principe.
Le Saint-Esprit cathare. — Avant de décrire les rites par lesquels le Saint-Esprit se donnait aux initiés, il est nécessaire de le définir; car, par ce nom, les Cathares ne désignaient pas le même être que les catholiques. Pour ces derniers, en effet, le Saint- Esprit, qu'ils appellent aussi le Paraclet, l'Esprit consolateur, l'Esprit principal, est la troisième personne de la sainte Trinité, de même nature que les deux premières, Dieu comme elles, procédant de l'une comme de l'autre, ayant sa personnalité infinie, éternelle et distincte dans l'unité indivisible de la substance divine. Chez les dualistes, ce personnage céleste n'était pas Dieu; carie Père l'avait tiré de lui, comme tous les esprits angéliques, pour lui faire exécuter ses ordres. 11 était même inférieur à Jésus-Christ qui disposait de lui à son gré, puisqu'il l'avait envoyé aux apôtres, comme il le leur avait promis. Et cependant, il était grand et beau, et les Cathares l'associaient dans une même prière au Père lui-même et
à Jésus-Christ, lorsqu'ils répétaient cette formule qui revenait si souvent sur leurs lèvres : « Adoremus Patrem et Filium et Spiritiun Sanctum. » Il était en effet le prince de toutes les milices célestes et c'est à ce titre qu'on le nommait Esprit principal. Sa beauté était ineffable et l'une des joies des anges était de la pouvoir contemplera D'après les Sommes contre l'hérésie, c'est lui qui équivalait dans la théologie cathare au Saint-Esprit des catholiques : « Spiritum principalem dicunt illu?7i esse quem nos Spiritum Sanctum appellamus. »
Mais il n'avait rien de commun avec celui qui était donné à tous les Parfaits par l'imposition des mains. Ils établissaient une distinction entre l'Esprit Principal, d'une part, et de l'autre l'Esprit Paraclet. Chaque créature céleste se composait de deux éléments : une âme et un corps immatériel, placés sous la garde d'un esprit-saint. Il y avait donc autant d'esprits-saints qu'il y avait eu d'anges avant la chute, tandis qu'il n'y avait qu'un esprit principal. Lorsque, par le Consolamentumy une àme déchue était purifiée. Dieu lui envoyait l'esprit bienheureux qu'elle avait laissé au ciel, lorsque, au jour de la chute, elle avait refusé de suivre ses inspirations et s'était séparée de lui. Sa réunion avec lui, après un divorce aussi long que pénible, la réjouissait grandement, et voilà pourquoi ce jour-là son esprit-saint reconquis prenait le nom d'Esprit Consolateur, de Paraclet. « Spiritum par aclitum, id est Consolatorem, dicunt illum quem unaqueque anima recipit, cum in Christo, secundum illorum monitionem, Consola-
\. Somme, p. 120.
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tionem sumit^ . » Le Consolamentum réparait donc les funestes effets de la chute angélique puisque, réunissant ce qu'elle avait séparé, il rendait à l'âme son esprit; et ainsi, les êtres angéliques étant rétablis dans leur dignité et leur beauté première, n'attendaient que la mort pour dépouiller leur corps matériel et reprendre le corps immatériel qui les attendait depuis si longtemps au ciel. Cette réhabilitation de l'âme qui faisait des « consolés » de vrais anges, égarés pour un moment sur la terre, était l'essence même du Consolamentum. Voilà pourquoi la tradition du Saint-Esprit par limposition des mains en était le rite fondamental. Mais autour de lui étaient venus s'ajouter d'autres rites accessoires, pour symboliser l'initiation, l'absolution et la quasiordination que l'Esprit Consolateur apportait au Parfait.
Le Consolamentum, baptême du Saint-Esprit. — Dans sa Practica^ Bernard Gui a surtout vu dans le Consolamentum un baptême spirituel que les Cathares essayaient de substituer au baptême catholique : « confingentes loco baptismi facti in aqua alium spiritualem, quem vocant Consolamentum^ ». En effet, la ressemblance est grande entre l'un et l'autre; et pour la saisir, il faut comparer le Consolamentum cathare non pas au baptême, tel que l'Eglise le confère aujourd'hui aux enfants, en réunissant en une seule cérémonie, aux rites précipités, des cérémonies distinctes autrefois, mais à celui que le christianisme primitif accordait, après de longues et multiples épreuves, à ses catéchumènes.
i. Ibidem.