Practica, p
Le catéchuménat chrétien et Vabstineiitia cathare. — Dans la primitive Eglise, lorsque les institutions du catéchuménat étaient en pleine vigueur, l'initiation chrétienne était précédée de plusieurs formalités. Ceux qui aspiraient au baptême pouvaient en retarder la réception jusqu'à l'article de la mort, et alors on le leur conférait en le réduisant à ses rites essentiels ; ainsi firent, encore au iv'= siècle, les empereurs Constantin et Constance et beaucoup de représentants de la haute aristocratie romaine. De même, les Croyants qui, avant leur dernier soupir, demandaient le Consolamentiim, le recevaient aussitôt, sans passer par les épreuves qui d'habitude le précédaient. Au contraire, les futurs chrétiens qui, en pleine santé et dans la force de l'âge, voulaient être baptisés, devaient se soumettre à une sorte de noviciat préliminaire qui les formait à la doctrine, aux mœurs et aux pratiques chrétiennes. C'était le catéchuménat ^ Les postulants devaient tout d'abord être agréés ou « élus » par les chefs de l'Eglise, comme c'est de nos jours la coutume pour les ordinands. On s'appliquait aussitôt après à purifier une âme qui allait recevoir le dépôt des vérités divines et être présentée à Jésus-Christ pour être marquée de son sceau; chose d'autant plus nécessaire qu'elle était jusqu'alors sous la domination de Satan. Il fallait donc, avant toutes choses, chasser les démons qui habitaient en elle. Cela se faisait par l'exorcisme : sur le front du postulant on imprimait le signe de la croix qui a la vertu de mettre en fuite le diable, et dans sa bouche on plaçait le grain de sel, symbole de
\. Voir l'intéressante description qu'en a faite Ms' Duchesne dans ses Origines du culte chrétien, chapitre ix.
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la pureté. Alors commençait un noviciat sévère pendant lequel les catéchumènes étaient instruits dans la doctrine chrétienne et initiés aux mœurs austères qu'elle comporte. A des jours fixes, s'échelonnant, chaque année, dans la seconde moitié du carême, ils étaient examinés à ce double point de vue. Au cours de ces examens, ou scrutins, ils se prosternaient devant les exorcistes qui, pour les préserver de tout assaut du démon, les marquaient de nouveau du signe de la croix ; puis Tévêque ou un prêtre leur imposait les mains.
Au xiu^ siècle, ces antiques rites de la primitive Eglise avaient disparu depuis longtemps avec le catéchuménat. On les retrouvait dans le Consolamentum. Les Cathares le faisaient, en effet, précéder d'un temps de formation et d'épreuves pendant lequel les élus étaient instruits dans la doctrine hérétique et soumis au régime de vie des Parfaits. C'était le temps de Vabstinentia, ainsi nommé sans doute à cause des abstinences rigoureuses qu'on y pratiquait. Il durait en général une année entière; lorsque, au bout de ce temps, l'épreuve n'était pas jugée décisive, elle pouvait être prolongée pour une nouvelle année. Il y avait aussi des cas de force majeure où la durée annuelle de cette « probatio » pouvait être abrégée. Un certain Guillaume Tardieu raconta, en 1244, aux inquisiteurs^ que, lorsque de simple Croyant il voulut devenir Parfait, il alla trouver à Montségur l'évêque des hérétiques, Bertrand Marty. Celui-ci le confia pour un an à un Parfait du nom de Guillaume Vidal, qui le prit chez lui pour lui faire faire son no-