DuciiEsxE, op. cit., p
2. Rituel cathare, op cit., p. xi. « Si crezent esla en lastinencia e li creslia se accordant que li liuvro la oracio. »
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tant un grand nombre de cierges allumés ^ C'était le symbole du baptême du feu qu'on allait conférer au Croyant. Au milieu de la salle, se trouvait une table recouverte d'une nappe blanche sur laquelle on posait le « Texte, » c'est-à-dire le Nouveau Testament. « Avant de commencer la cérémonie, les ministres — c'est-à-dire le Parfait le plus éminent en dignité et les autres Parfaits, ses acolytes, — de même que tous les assistants, se lavaient les mains pour qu'aucune souillure ne troublât la pureté du lieu 2. L'assemblée se rangeait ensuite en cercle , suivant le rang que chacun occupait dans la secte, et en gardant le silence le plus respectueux ; le récipiendaire se plaçait au milieu, à quelque distance de la table servant d'autel ^. »
Nous n'avons pas le texte de l'allocution par laquelle, dans la primitive Eglise, le prêtre inaugurait la cérémonie de la traditio. Il devait sans doute expliquer au catéchumène le sens de l'acte qu'il allait accomplir, lui donner un résumé de la doctrine chrétienne et l'exhorter à se mettre dans les meilleures dispositions spirituelles pour recevoir le Symbole, les Évangiles et le Pater. Le rituel cathare nous a conservé le discours qui était prononcé devant les croyants avant la traditio. Elle remplit exactement le même programme. S'adressant au candidat, que l'on suppose s'appeler Pierre, le Parfait lui disait :
1. • Locantur luminaria copiose in parietibus cunctis, . dit l'allemand Eckbert, dans sa Somme contre les Cathares. « Candelis undi- (|ue accensis, » dit, de son côté, le dominicain français Etienne de Bourbon.
2. Rituel, op. cit., p. xi. • (Li crestia) lavo se las mas, e crezent, s n'i a, eissament. >
3. ScHMiDT, Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois, H, p. i25.
« Pierre ^ , vous devez comprendre que lorsque vous êtes devant l'Église de Dieu, vous êtes devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit 2, comme les divines Écritures le démontrent. Car le Christ a dit dans l'Évangile de saint Matthieu : « En quelque lieu que seront deux ou trois personnes, réunies en mon nom, je suis là au milieu d'elles. » Et dans l'Evangile de saint Jean, il a dit : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous tiendrons à lui et nous demeurerons avec lui. » Et saint Paul dit dans la seconde épître aux Corinthiens : « Vous êtes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l'a dit par Isaïe : « Car j'habiterai en eux et j'irai, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C'est pourquoi sortez du milieu d'eux et séparez-vous en, dit le Seigneur. Et vous ne toucherez pas les choses impures et je vous recevrai. Et je serai ci vous comme un père et vous serez à moi comme des fils et des filles, dit le Seigneur Dieu tout-puissant. » Et en un autre endroit, il dit : « Cherchez la preuve du Christ qui parle en moi. » Et dans la première épître à Timothée, il dit : « Je ^'écris ces choses, espérant venir à toi bientôt. Mais si je tarde, sache de quelle manière il faut te conduire en la maison de Dieu, laquelle est l'Eglise du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité. » Et le même dit aux Hébreux : « Mais le Christ est
1. Le rituel suppose que le postulant se nomme Pierre : « E s'il crezent a nom Peire... »
2. Cette formule n'implique pas ici la croyance au mystère de trois personnes divines égales entre elles et ne formant qu'une seule essence divine, telle que l'enseigne la doctrine catholique de la Trinité. Nous avons vu plus haut que, pour les Cathares, le Père était le seul bon principe, le Fils et le Saint-Esprit n'étant que des anges de nature supérieure, envoyés par lui aux hommes.
comme un fils dans sa maison, laquelle maison nous sommes. » Que l'esprit de Dieu soit avec les fidèles de Jésus-Christ, le Christ le, démontre ainsi dans l'Evangile de saint Jean : « Sii>ous m'aimez, gardez mes commandements. Et je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur qui soit avec vous éternellement, l'Esprit de vérité que le monde ne peui recevoir; car il ne le voit ni ne le connaît; mais vous le connaîtrez; car il habitera avec vous et avec vous sera. Je ne vous laisserai pas orphelins et je viendrai à vous ». Et dans l'Evangile de saint Matthieu, il dit : « Voici que je suis avec vous toujours, jusqu'à la consommation des siècles. » Et saint Paul dit, dans la première épître aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple du Dieu vivant et que l'esprit de Dieu est en vous? Mais si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, et ce temple, c'est vous. » Le Christ le démontre ainsi dans l'Evangile de saint Matthieu : « Car ce n'est pas vous qui parlez, mais l'esprit de votre père qui parle en vous. » Et saint Jean dit dans l'épître : « En cela nous savons que nous demeuj-ons en lui et lui en nous; car il nous a donné son Esprit. » Et saint Paul dit aux Galates : « Parce que vous êtes fils de Dieu, Dieu a envoyé l'Esprit de son fils en votre cœur, criant : Père, Père ! » Par quoi il faut entendre que votre présentation que vous faites devant les fils de Jésus-Christ, confirme la foi et la prédication de l'Eglise de Dieu, selon que les divines Écritures nous le donnent à entendre. Car le peuple de Dieu s'est séparé anciennement de son Seigneur Dieu. Et il s'est séparé du conseil et de la volonté
de son saint Père par la tromperie des malins esprits et par sa soumission à leur volonté. Et par ces raisons et par beaucoup d'autres, il est donné à entendre que le saint Père veut avoir pitié de son peuple et le recevoir dans la paix et dans la concorde, par l'avènement de son fils Jésus-Christ, et en voici l'occasion. Car vous êtes ici devant les disciples de Jésus- Christ, dans le lieu où habitent spirituellement le Père, le Fils et le Saint-Esprit, comme il est démontré ci-dessus, pour recevoir cette sainte oraison que le Seigneur Jésus-Christ adonnée à ses disciples de façon que vos oraisons et vos prières soient exaucées de notre saint Père. C'est pourquoi vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette sainte oraison, qu'il faut vous repentir de tous vos péchés et pardonner à tous les hommes. Car Notre-Seigneur Jésus-Christ dit : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs péchés, votre Père céleste ne vous pardonnera pas vos propres péchés. » Derechef, il convient que vous vous proposiez en votre cœur de garder cette sainte oraison, tout le temps de votre vie, selon la coutume de l'Église de Dieu, avec chasteté et avec vérité et avec toutes les autres bonnes vertus que Dieu voudra vous donner. C'est pourquoi nous prions le bon Seigneur, qui a donné aux disciples de Jésus-Christ la vertu de recevoir cette sainte oraison avec fermeté, qu'il vous donne aussi la grâce de la recevoir avec fermeté et en l'honneur de lui et de votre salut. Parcite nobis. »
Si cette allocution ne figurait pas dans un rituel cathare \ on pourrait fort bien la croire de source catholique. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont
l. Rituel cathare, p. xii-xv.
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invoqués au même titre, dans les mêmes formules, comme si les Cathares admettaient le dogme chrétien de la Trinité. Les Parfaits prétendaient ensuite tenir le Saint-Esprit des apôtres par une tradition ininterrompue : mais n'est-ce pas aussi la prétention de l'Église ? Ils ajoutaient qu'ainsi Dieu les assistait continuellement. L'Eglise ne parle pas autrement d'elle-même. Enfin, c'est de la même manière qu'un prêtre catholique aurait engagé un néophyte à garder soigneusement les vérités et les pratiques qui lui étaient transmises. En revanche, aucune expression franchement hétérodoxe ou simplement ambiguë; rien qui rappelle, même de loin, le dualisme, ledocétisme, la métempsycose et n'importe laquelle des erreurs manichéennes. C'est là un fait vraiment étrange. Si en effet la cérémonie se passait en présence d'étrangers à la secte, venant peut-être en épier les doctrines, on comprendrait cette affectation d'un langage catholique propre à dépister les adversaires, sans toutefois induire en erreur les initiés. Mais ici, c'était devant des amis, des Croyants, des Parfaits, avec lesquels on pouvait parler à cœur ouvert et sans paraboles, qu'on adressait cette allocution à des néophytes qui eux-mêmes, dans quelques instants, allaient être mis en pleine possession de la vraie doctrine cathare. Encore une fois, pourquoi ce langage volontairement orthodoxe dans la cérémonie hérétique par excellence? On serait tenté de l'expliquer envoyant dans cette allocution une antique formule chrétienne de la tradition du Pater que les manichéens auraient conservée d'âge en âge, avec un soin jaloux, comme si elle exprimait vraiment leurs propres sentiments.
Cette exhortation préliminaire terminée, « l'Ancien ' disait l'Oraison et le Croyant la suivait » ; ce qui veut dire apparemment que l'Ancien prenait phrase par phrase l'Oraison, en l'expliquant à mesure et la faisant répéter au Croyant, comme cela se pratiquait dans l'Eglise primitive. Enfin, chez les Cathares comme chez les chrétiens, la récitation du Pater était suivie d'une dernière allocution qui contenait la formule même de la traditio. S'adressant au novice, l'Ancien lui disait : « Nous vous livrons cette sainte Oraison afin que vous la receviez de nous, de Dieu et de l'Église et que vous ayez pouvoir de la dire tout le temps de votre vie, le jour et la nuit, seul et en compagnie, et que jamais vous ne mangiez ni ne buviez, sans la dire au préalable. Et si vous y manquiez, il vous en faudrait faire pénitence. » Et le Croyant ajoutait : « Je la reçois de vous et de l'Eglise. »
Après un acte de bon propos dit par le postulant, des prostrations faites devant l'Ancien par lui et toute l'assistance, la cérémonie de la traditio était terminée.
L'ahrenuntiatio. — Immédiatement avant de conférer l'initiation à ses catéchumènes, l'Eglise plaçait une dernière cérémonie préparatoire entre la traditio et le baptême. Au cours du septième scrutin, qui avait lieu le samedi saint, quelques heures à peine avant les rites essentiels du baptême, les postulants recevaient un dernier exorcisme : une fois de plus,
1. Remarquer l'analogie qu'il y a entre l'expression senior, l'Ancien, par laquelle les Cathares désignaient le Parfait qui présidait leurs cérémonies, et celle de presbijter, l'Ancien, par laquelle l'Église pr mitive désigna ses prêtres.
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leur front était marqué du signe de la croix qui met en fuite les démons. Puis le prêtre ouvrait largement leur âme à ces enseignements divins qui allaient la pénétrer par l'ouïe et qu'à son tour elle devrait répandre par la parole : avec le doigt mouillé de salive, il leur touchait les lèvres et les oreilles, en souvenir du sourd-muet auquel, par une opération analogue, le Sauveur avait ouvert les oreilles et délié la langue. Enfin, sur le dos et sur la poitrine, il leur faisait deux onctions d'huile exorcisée, comme pour les préparer aux luttes qu'ils allaient soutenir contre l'Esprit du mal. Fortifiés de toutes manières par ces différents symboles, les candidats étaient mis solennellement en demeure de renoncer, pour toujours, à Satan et à son empire ; et alors s'engageait entre eux et le prêtre ce dialogue :
« Abrenuntias Saianae? — Ahrenuntio.
Et omnibus operihus ejus ? — Abrenuntio.
Et omnibus pompis ejus? — Abrenuntio '. »
Ils récitaient alors le symbole, et après s'être prosternés devant l'archidiacre, ils se retiraient.
Le rituel cathare ne mentionne, avant le consolamentum, aucune cérémonie semblable à celle-là et, si nous devions nous en tenir à cette constatation, il y aurait sur ce point une divergence assez grande entre les rites que nous étudions parallèlement du baptême primitif et du consolamentum cathare. Mais il semble que, sur ce point, le rituel soit incomplet, soit que sa rédaction présente ici une lacune, soit qu'il provienne d'une église cathare ayant abrégé et simplifié les rites du consolamentum, tels qu'ils