Depudicitia, cli
à fléchir la rigueur des fidèles : « Tu harangues le peuple, tu excites la pitié publique sur le triste sort du suppliant. Bon pasteur, benoît pape, tu racontes la parabole de la brebis perdue pour qu'on te ramène ta bique égarée ; tu promets qu'elle ne s'échappera pas de la bergerie. »
Si maintenant nous nous transportons chez des Cathares, célébrant le Consola me?itum dans un village du Languedoc, au cours du xiii^ siècle, nous retrouvons exactement les mêmes rites, malgré les distances si considérables de temps, de lieu et de doctrines qui les séparaient des Romains, contemporains du pape Calliste. Lorsque l'un des bons hommes a intercédé pour lui, le Croyant fait devant toute l'assemblée l'amende honorable de ses fautes, le Melioramentum; il s'accuse lui-même et prie l'assemblée de lui pardonner, en lui criant : « Parcite nobis. Pour tous les péchés que j'ai pu faire, ou dire, ou penser, ou opérer, je demande pardon à Dieu, àTÉglise et à vous tous. » Et comme les premiers chrétiens, l'ensemble des Cathares pardonnait au pécheur en lui disant : « Par Dieu, et par nous, et par l'I^glise, que vos péchés vous soient pardonnes et nous prions Dieu qu'il vous les pardonne *. » Les Parfaits s'approchaient alors du Croyant et, tenant leurs mains étendues au-dessus de sa tête, ils prononçaient sur lui la formule de l'absolution : « Benedicite, parcite nobis, amen; fiât nobis secundum verbiun tuum! » et ils ajoutaient : « Pater et Filius et Spiritus Sanctns parcat vobis omnia peccata çestra. »
. Rituel cathare, p. xx.
INITIATION CATHARE. 127
La formule du Confiteot\ telle qu'elle est en usage, encore de nos jours, dans l'Eglise catholique, s'applique à merveille à cette cérémonie cathare du melioramentum . La première partie, où le pénitent s'accuse devant Dieu, les anges, les saints et l'Eglise tout entière des fautes qu'il a commises, et les supplie tous de se joindre à lui pour solliciter de Dieu son pardon, correspond exactement à la confession générale que le Croyant faisait de ses péchés devant l'assemblée des Parfaits, qu'il suppliait, lui aussi, d'intercéder en sa faveur. Dans la deuxième partie du Confiteor, l'assemblée des fidèles répond au pénitent, en lui souhaitant le pardon et le salut : « Miserentur tui\ omnipotens Deus et, dimissis peccatis tnis, perducat te ad vitam eternam! » C'est apparemment un vestige de la formule que prononçaient les chrétiens de l'Eglise primitive lorsque, attendris par la pénitence du coupable, ils déclaraient que sa pénitence était suffisante et qu'il méritait de rentrer dans la communion. Elle correspond exactement et presque mot pour mot à la formule par laquelle la réunion des Cathares souhaitait au pénitent son pardon : « Par Dieu et par nous et par l'Eglise, que vos péchés vous soient pardonnes et nous prions Dieu qu'il vous les pardonne. » Enfin, la dernière phrase du Confiteor est la formule de pénitence, que sur les instances de l'assemblée, le prêtre qui la présidait prononçait sur le coupable repentant :.« Indulgentiam, absolutionem et remissionem peccatorum tuorum trihuat tibi omnipotens et misericors Dominas ^ ! » Elle équivaut à celle que, de l'avis de
A. Ibid,, p. XXV.
ses acolytes, l'Ancien des Parfaits adressait aux Croyants : « Pater et Filius et Spiritus Sanctus parcat çobis omnia peccata çestra! » Cette ressemblance si frappante de ces formules et de ces rites n'est-elle pas une preuve en quelque sorte palpable de l'étroite parenté qui existait, du moins pour la forme, entre le melioramentum cathare et l'absolu tion catholique * ?
C'était donc purs de toutes leurs fautes passées que les Croyants allaient recevoir l'Esprit-Saint par le Consolamentum. Les chrétiens ont fait de même dans tous les temps, lorsqu'ils ont été sur le point de paraître devant Dieu, non seulement pour le recevoir dans la communion, mais même simplement pour l'adorer. Avant de célébrer les saints mystères, le prêtre s'accuse de ses péchés et il ne monte à l'autel que lorsque l'assemblée des fidèles a prié Dieu de les lui pardonner. Les fidèles eux-mêmes font, après le prêtre, la confession de leurs propres fautes, et c'est lorsque le prêtre à son tour a prononcé sur eux la formule de l'absolution, qu'ils assistent à l'office divin. Le rite du Confiteor sert de préface à la messe, comme le melioramentum au consolamentum. Certaines liturgies locales ont étendu à d'autres cérémonies cette coutume d'un sens si religieux. Encore aujourd'hui, dans le diocèse de Bayeux, le Saint-Sacrement n'est exposé qu'après la récitation par le prêtre et la foule de la formule du Confiteor. C'est enfin la même idée qui a fait naître l'usage de la redire, même au cours de la messe, lorsque la communion va être distribuée à l'assistance. Assu-