Raoul Glaber : Histoire, ni, chap. viii
-2. Labde : Concilia, t. X, Acla synodi Atrebatensis.
pas la chasteté, il s'ensuivait les pires des désordres. D'autre part, le Ijut de la secte étant d'arrêter l'œuvre de la création, en empêchant les naissances, on devine les pratiques immorales auxquelles ils se livraient pour enrayer la propagation de la race, lorsque, par suite de la faiblesse humaine, ils s'y étaient prêtés : edula omnia quœ ex coitu nascuntm; éliminant. On comprend qu'au moment de décrire les erreurs des Bogomiles, Anne Comnène ait déclaré ne pas pouvoir le faire, sans blesser la pudeur.
Que l'on ne vienne pas dire que ce sont là des calomnies inventées de toutes pièces par le fanatisme catholique, comme celles que lancèrent les païens contre les premiers chrétiens. Michelet, tout en prenant la défense des Manichéens, reconnaît que ces pratiques honteuses étaient la conséquence logique et nécessaire de leurs doctrines ' : « En eux-mêmes, dans leur propre corruption, ils reconnaissaient la main d'un créateur malfaisant qui s'était joué du monde. Au bon Dieu l'esprit, au mauvais la chair. Celle-ci, il fallait l'immoler. C'est là le grand mystère du manichéisme. Ici se présentait un double chemin : fallait-il la dompter, cette chair, par l'abstinence, fuir le mariage, restreindre la vie, prévenir la naissance et dérober au démon créateur tout ce que lui peut ravir la volonté? Dans ce système^ l'idéal de la vie c'est la mort, et la perfection serait le suicide. Ou bien, faut-il dompter la chair en l'assouvissant, faire taire le monstre, en emplissant sa gueule aboyante, y jeter quelque chose de soi, pour sauver le reste..., au risque d'ij jeter tout et d'y tomber soi-
\. Histoire de France (éd. définitive), t. Il, p. 318.
IIÉHESiE AU MOYEN AGE. 19
même tout entier P » On ne peut pas mieux dire combien cette doctrine de mort était immorale et antisociale, et combien, plus logique que Michelet, le bon roi Robert avait raison de la détester et de la réprimer sévèrement, parce quelle menaçait l'existence de la patrie et de la société tout entière autant que celle de l'Eglise : et ruinam patriœ et animarum metuebat interitum.
Nous serons conduits à la même conclusion si nous étudions les grandes hérésies du xii"^ et du xiii'^ siècles, celles des Arnaldistes, des Cathares, des Vaudois, des Patareset des Albigeois. Elles n'enseignaient pas exactement les mêmes doctrines : dans un savant mémoire, M^"" Douais a pu distinguer, au sein de l'Albigéisme, les Vaudois et les Cathares, et démontrer que les auteurs du xiii^ siècle font entre les uns et les autres une différence *. Toutefois, on a fini par les confondre, surtout dans le midi de la France ; tant il est vrai que beaucoup de croyances étaient communes aux unes et aux autres. Leur influence s'était surtout développée dans le Languedoc et la Lombardie, mais ce serait une erreur de croire qu'elle n'a pas dépassé les limites de ces deux provinces. Ces hérésies se sont répandues dans l'Europe entière et l'Eglise a eu à les combattre partout, dans la France méridionale avec l'Inquisition dominicaine et franciscaine, en Allemagne, en Aragon, en Italie, en Angleterre, dans la France du nord, par l'autorité des Ordinaires et des princes. La plupart des rois, depuis les fils dévoués del'Eglise, tels que saint Louis, jusqu'à ses ennemis politiques, tels que cet empe-