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INITIATION CATHARE. 133
églises particulières. L'onction des mains du futur prêtre et de la tête du futur évêque n'a été pratiquée, pendant longtemps, que dans la liturgie gallicane ; la tradition des vêtements sacerdotaux et des insignes de l'épiscopat n'a été en usage qu'après le vi'= siècle. N'est-il pas curieux de constater que la cérémonie essentielle du Consolamentum n'était en somme que la forme la plus ancienne de l'ordination chrétienne?
D'ailleurs, chez les Cathares comme chez les catholiques, l'imposition des mains et du livre se faisait de la même manière. L'évêque consécrateur est assisté d'autres évêques, quand il pose sur la tête de son futur collègue le livre des Evangiles; et dans l'ordination sacerdotale, ce sont tous les prêtres qui, en même temps que l'éyêque, imposent les mains aux ordinands. Et ainsi, c'est de la collectivité de l'épiscopat que l'évêque reçoit ses pouvoirs, comme le prêtre de la collectivité des prêtres en union avec l'évêque. De même chez les Cathares, ce n'était pas seulement l'Ancien qui agissait dans ces deux cas, mais, avec lui, tous les « bons hommes » qui étaient dans l'assistance : « Que l'Ancien prenne le livre, et le mette sur la tête du Croyant, et que les autres bons hommes lui imposent leur main droite. »
La vêture et lebaiser de paix. — La cérémonie du Consolamentum était terminée et le Croyant était devenu Parfait. Son âme avait retrouvé son esprit et, redevenue ange céleste, elle n'attendait que la mort pour laisser sur terre sa dépouille matérielle et reprendre auprès de Dieu le corps immatériel et glorieux qu'au jour de la chute, elle y avait laissé. Toutefois, avant de se séparer, les Parfaits procédaient à deux derniers rites ; et d'abord à la vêture
du « consolé ». Lorsque leur culte était libre, ils donnaient à leur nouveau confrère un vêtement noir; mais quand, au temps de la persécution, il fallut dissimuler tout signe extérieur pouvant attirer les rigueurs de l'Inquisition, on réduisit au strict nécessaire cet uniforme de l'hérésie. Au xiii^ siècle, dans les pays du midi de la France, il se bornait à un cordon de lin ou de laine que les hommes portaient sur la chemise et les femmes sur le corps même, au-dessous des seins, « cordulam cinctani ad carnein niidam subtus mamillas ^ ». C'était comme le scapulairc ou le cordon qui représente, pour les tertiaires catholiques, le vêtement' de l'ordre monastique auquel ils se sont agrégés. Ils étaient, dès lors, hxretici vestiti, et cette expression était synonyme des mots Parfaits et Purs.
La réunion se terminait par le baiser de paix que les Parfaits donnaient à leur nouveau confrère, en l'embrassant deux fois, « bis in ore ex transverso 2 ». Le consolé « rendait ce baiser à celui qui se tenait le plus près de lui » et tous les assistante le recevaient ainsi à la ronde. Si le récipiendaire était une femme, le ministre lui donnait la paix en lui touchant l'épaule avec le livre des Évangiles et le coude avec son coude ^. Elle transmettait ce baiser symbolique de la même manière à son voisin s'il était homme. Tous les hommes finalement se donnaient l'accolade fraternelle entre eux, les femmes entre elles, et l'assemblée se séparait après avoir félicité le frère nouvellement reçu \ .1. DoAT, 2o, 1" ea.