A-T-IL COPIÉ SAINT FRANÇOIS
s. DOMINIQUE A-T-IL COPIE S. FRANÇOIS f
Thèse de M. Paul Sabatier. — Pauvreté de l'évèque d'Osma et de ses compag:nons, moj-en d'apostolat. — Témoignages de l'enquête de Bologne sur la pauvreté de S. Dominique.
— S. Dominique refuse des donations, pour maintenir la pauvreté. — Témoignage de Foulque, évèque de Toulouse.
— Donations laites spécialement aux religieuses deProuille.
— bj. Dominique et S. François inspirés séparément par le même idéal de pauvreté évangélique.
Lorsque S. Dominique et S. François vinrent à Rome solliciter du pape Innocent III l'approbation de leur ordre respectif, ils ne se connaissaient pas ; mais, raconte Gérard de Frachet', la Vierge apparut à S. Dominique et lui montra en S, François celui qui devait avec lui relever la vie religieuse. « Le lendemain de cette vision, le fondateur de l'ordre des Prêcheurs reconnut dans une église S. François; il se précipita vers lui et, le serrant dans ses bras : « Tu seras mon compagnon, lui dit-il; tu « marcheras avec moi ; tenons-nous ensemble, nul ne « prévaudra contre nous. » Puis il lui confia la vision qu'il avait eue, et dès lors, ils ne furent plus qu'un
^. Géra^'il de Frachet, Vitae fratrum (éd. Cormier), p. 4. Ce cbroniqueur dominicain écrivait vers 1238.
cœur et qu'une âme dans le Christ. » Depuis, les siècles se sont représenté les deux saints dans cette étreinte fraternelle, tels que fra Angelico les a peints.
Ne pourrait-on pas préciser davantage l'influence qu'ils ont pu exercer l'un sur l'autre? Dans la biographie si attachante, mais trop souvent contestable qu'il a écrite de S. François d'Assise, M. Paul Sabatier s'est posé cette question, et dans son enthousiasme pour le poverello, l'a résolue au détriment de S. Dominique.
S'il trouve juste que l'art et la poésie aient associé inséparablement S. Dominique et S. François, c'est parce que la gloire du premier n'est qu'un reflet de celle du second^. Lorsqu'ils allaient à travers les chemins de l'Ombrie parlant de l'abondance du cœur aux ignorants et aux humbles, ouvrant leur âme à toute la nature, vivant soit d'aumônes, soit du travail de leurs mains, les premiers franciscains pratiquaient vraiment la pauvreté évangélique. Ils n'avaient que mépris pour les livres et les biens de ce monde : une léproserie abandonnée était leur demeure et les élans de leur cœur toute leur science. Tout autre était l'idéal de l'Espagnol qui, vers le même temps, prêchait et argumentait contre les Albigeois. Sa dialectique venait de l'esprit, sa prédication était savante, théologique et partant t/e/7ca/e. Chanoine lui-même, il rêvait de créer des congrégations de chanoines Augustins, vivant honorés dans le monde avec des revenus assurés. Voilà pourquoi, devenu l'ami de Simon de Montfort et des croisés vainqueurs, S. Dominique accepta d'eux des donations, et pour en as-