Paul Sabatier, Vie de S. François d'Assise, p
SAINT DOMINIQUE. 16â
surer la paisible possession à ses disciples, les plaça sous la sauvegarde du Saint-Siège'.
Mais par une étrange ironie, c'était le mystique qui « comprenait les besoins du siècle et de l'Eglise », tandis que le profond théologien ne rencontrait sur ses pas qu'une indifférence voisine de l'impopularité. Ce fut le chapitre franciscain de 1218 qui ouvrit les yeux à S. Dominique. Il y assista à côté de S. François, et lorsque n'ayant pu réunir autour de lui que quelques disciples, il vit « la joie des franciscains, la sympathie du peuple pour eux, la pauvreté des huttes de la Portioncule », il comprit que la supériorité des Mineurs sur les Prêcheurs venait de leur absolu détachement des biens de ce monde. « Il en fut si ému que, dans un élan d'enthousiasme, il annonça sa résolution d'embrasser la pauvreté monastique... et de transformer son ordre de chanoines de S. Augustin en un ordre de moines mendiants... A partir de cette époque — c'est-à-dire de 1218 — on pourrait dire qu'il est sans cesse occupé à copier S. François... la transformation de sa manière de vivre fut si évidente que plusieurs de ses compagnons s'en émurent et refusèrent de le suivre dans sa nouvelle voie^. »
Voilà donc une série d'affirmations bien précises que l'on peut résumer en ces deux propositions :
1" L'Ordre des Prêcheurs n'est devenu un ordre
1. « La bulle Religiosam Vitam du 30 mars 1218 énumère les possessions des Dominicains. » Ibid., p. 245. « Les historiens de S. Dominique n'ont pas lait bon accueil à ces détails. Mais un point incontestablement acquis par des documents diplomatiques, c'est qu'en 1218, Dominique, à Rome, se faisait donner des privilèges où les propriétés de son ordre étaient indiquées, et qu'en i220, il amenait ses frères à professer la pauvreté. » Paul Sabatier, Ibid., p. 249.