‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 66 sur 94 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Los procès-verbaux de ces deux commissions d'enquête ont été publiés par les Bollandisles, Acla Sanctorum, 4 août, p. G3^2 et suiv.

cher comment S. Dominique avait vécu après son départ de Toulouse, de 1217 à sa mort; l'autre, qui siégea à Toulouse, devait recueillir des témoignages sur la vie apostolique que le saint mena en Languedoc avec ses compagnons, de 1205 à 1216. Nous ne nous occuperons que de ces dernières dépositions, puisqu'elles nous décrivent la vie que mena la petite communauté dominicaine avant le chapitre franciscain de 1218.

L'abbé cistercien de Boulbonne, qui avait pris part à la croisade de Simon de Montfort, déclare qui' S. Dominique était « un amant de la pauvreté » et que ses vêtements étaient grossiers. Cette affirmation est répétée dans les mêmes termes par Guillaume de Vernola et Bernard de Baulhanis. L'abbé de St-Paul de Narbonne, qui avait fréquenté le saint pendant ses prédications, insiste lui aussi sur ce trait de son caractère : « 11 était tellement épris de pauvreté, qu'il refusa les donations qui lui avaient été faites, renonçant aux villae, aux châteaux, aux rentes dont, en divers pays, on avait enrichi l'ordre. Lorsque le sommeil le gagnait en voyage, il se couchait à terre et dormait sur la route. » Un moine de Boulbonne, qui avait quitté l'ordre des Prêcheurs, parce que la règle de la stricte pauvreté l'avait rebuté, Guillaume Claret, ne faisait aucune difficulté de reconnaître que, lorsqu'il accompagnait S. Dominique dans ses courses apostoliques, il vivait avec lui dans le plus grand dénuement : dixit quod pauper erat dum îpse secum iret. Les vêtements que le saint distribuait à ses compagnons et aux pauvres lui avaient été donnés à lui-même.

Etrangers à l'ordre et aux discussions qui purent

l'agiter, ces témoignages confirment celui de Jourdain de Saxe et lui rendent toute sa valeur. Après avoir rapporté les paroles de Diego à Castelnau, Jourdain décrit en ces termes la vie que menèrent, dès 1205, l'évêque dOsma, S. Dominique et leurs compagnons : « Ils allèrent dès lors à pied, sans argent, vivant dans une pauvreté volontaire et annonçant partout les vérités de la îoi, pedites, sine e.vpensis, in volnntaria paupertate fidem annuntiare cœperunt '. »

L'ordre des Prêcheurs naissait donc dans la pauvreté comme celui des Mineurs ; comme saint François, saint Dominique allait à pied, de bourgade en bourgade, sans demeure fixe, demandant à la charité des fidèles, pour lui et les siens, le toit qui devait les abriter, la nourriture qui devait les soutenir, les vêtements qui devaient les couvrir ; et lorsque des âmes généreuses ne se rencontraient pas sur leur chemin, les Prêcheurs, comme les Mineurs, se confiaient à Dieu, vivant de privations et dormant sous la voûte des cieux.

Un passage discret de Jourdain de Saxe semble indiquer que les libéralités des croisés soumirent à de dures épreuves l'esprit de pauvreté des premiers Prêcheurs ^. « On n'avait pas encore édicté la constitution de l'ordre qui interdisait de recevoir des propriétés et de les garder. » Nous voyons en effet Simon de Montfort accorder à saint Dominique des possessions et même des seigneuries. Avec le consentement de ses compagnons, il donna à Dominique, à ses successeurs et à tous ceux qui l'aideraient dans

\. Acta Sanctorum, 4 août, p. î»47.

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