Bibl. patrum IV, pars II, p
toucher, dans le paradis, n'est pas autre chose, d'après vous, que la femme qui venait d'être créée. Vous en concluez que le genre humain, qui est sorti tout entier de ce commerce, est né de la fornication et que nul ne peut être sauvé s'il n'est purifié par les prières et les œuvres saintes de ceux qui, parmi vous, sont désignés sous le nom de parfaits. C'est pour cette raison que vous condamnez le mariage et déclarez que les époux qui remplissent leur devoir conjugal forniquent et participent à la désobéissance qui amena la chute d'Adam. Ainsi sont condamnés tous ceux qui, loin de s'unir à vous pour être purifiés, persistent à vivre dans l'état coupable de mariage. Voilà pourquoi vos premiers maîtres se sont appelés Catharistes, c'est-à-dire purificateurs, Cathares, cest-à-dire purs. »
Vers la même année, les évêques de Gascogne réunis à Lombez interrogeaient les Cathares du Midi de la France et ils découvraient chez eux les mêmes erreurs touchant le mariage : « En cinquième lieu, ils leur demandèrent ce qu'ils pensaient du mariage et si le mari et la femme qui avaient consommé leur union pouvaient être sauvés. Ils ne répondirent qu'une chose, c'est que l'union de l'homme et de la femme n'était l'effet que de la luxure et de la fornication. f> Le concile fut tellement effrayé des progrès que faisaient dans le peuple ces doctrines antisociales, qu'il crut nécessaire de rassurer sur ce point les consciences chrétiennes en proclamant la légitimité du mariage et de ses effets. Credimus quod mulier et vir salvantur, licet carnaliter misceantur*. En Italie, la même hérésie propageait les
1, Ladre : Concilia, t. X, p. 1470.
mêmes doctrines, si nous en croyons la Somme que composa contre elle Bonaccorsi de Milan : « Nul ne saurait être sauvé dans l'état de mariage ^ . » Pierre des Vaux-de-Cernay, qui écrivit son histoire des Albigeois pendant la croisade de Simon de Montfort, attribue la même doctrine aux Albigeois du xii"' et duxiii^ siècles ^ : « Le mariage, disent-ils, est un concubinage légal et quiconque donne naissance à des enfants ne saurait être sauvé, sacrum matrimo niiim meretrîcium esse nec aliquem in ipso saWai'i passe praedicabant, filios et filias gêner ando. » Enfin, dans sa Somme contre les Cathares, le dominicain italien Raynier déclarait que s'ils étaient divisés en un grand nombre de sectes, ils s'accordaient tous pour nier la légitimité du mariage^ : « C'est la croyance commune de tous les Cathares que la consommation du mariage est un péché mortel et que ceux qui s'en rendent coupables ne seront pas moins punis que les incestueux et les adultères. » Les prédicateurs de l'hérésie présentaient cet enseignement d'une manière brutale en disant que l'on ne pécherait pas plus avec sa sœur ou sa mère qu'avec toute autre femme.
Ces textes sont formels, ils proviennent de témoignages divers dont les auteurs allemands, français, italiens, n'ont pas pu s'entendre ; leur concordance complète nous est une garantie de leur véracité. Ils nous affirment tous que l'hérésie cathare, sous toutes ses formes, en tous pays, sur les bords
1. Nullum inconjugio salvari posse, D'Achery : Spicilegium, XIII, p. (i3.
2. Hisl. Albigen. (ap. Duchesne, t. V, 554. Hist. Francorum).