‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 71 sur 94 · Roma sotterranea, t. I. p. 34C-3oO · texte numérisé non relu

Roma sotterranea, t. I. p. 34C-3oO

Dès 1855, M. de Rossi se proposa d'arracher à ce symbolisme ses secrets, en commençant par expliquer, dans son étude De christianis monumentis Î/60V exhlbentibus ' . le sens mystique de la représentation du poisson. L'entreprise était délicate. Catholique sincère et fervent, il devait résister à la tentation de vouloir retrouver sur les murs des catacombes l'enseignement de l'Église moderne ; et, pour le cas où ses recherches confirmeraient l'antiquité de la tradition romaine, il devait leur donner un caractère tellement scientifique que l'esprit le plus prévenu ne put pas se refuser à en admettre les résultats. Sa grande connaissance des Pères de l'Église lui en fournit les moyens. Il s'était aperçu que certaines de leurs allégories correspondaient à certaines peintures des catacombes, avec cette différence toutefois que, chez eux, l'explication accompagnait souvent le sens mystique. 11 ny avait donc qu'à rapprocher les symboles figurés et les métaphores écrites et à demander à celles-ci l'explication de ceux-là. De la sorte, ce n'était plus M. de Rossi qui interprétait les antiques représentations, c'étaient les Pères de l'Église eux-mêmes qui, en donnant le sens de leurs comparaisons mystiques, donnaient en même temps la clef du symbolisme chrétien primitif.

Dès lors, l'archéologie chrétienne nous fit pénétrer dans l'âme des premiers fidèles, nous découvrant leurs^aspirations, leurs espérances et leurs croyances. Ce poisson qui se retrouve si souvent dans les fresques souterraines, sur les sarcophages et les inscriptions, ce n'est pas un simple ornement, comme les

1. Cette élude a paru dans le Spicilegium Solesmense de dom Pitra (Paris, iSM). t. III. p. 544-577.

dauphins du cycle maritime pa'i'en, c'est le poisson des vivants (t/.ôv'Ç î^covtojv), comme l'appelle une inscription ; c'est le poisson sauveur, comme l'appelle une autre inscription (t^Qùi; atoxy^p); c'est Jésus-Christ lui-même, nous dit Tertullien : « Nos pisciculi secundum l-^lt-t nostrum Jesum Christum in aqua nascimur, nec aliter quam in aqua permanendo, salvi sumus. » Par conséquent, lorsque dans l'une des chambres de saint Calixte nous voyons un poisson expirant sur le harpon qui l'a frappé, nous avons, sans aucun doute, sous les yeux le mystère de la Rédemption : l'i/ôùç c'est Jésus-Christ, le harpon c'est la croix. Et lorsque, dans un autre de ces hypogées, nous voyons les apôtres prendre en commun leur repas de pain, de vin et de poisson, il ne s'agit pas seulement du miracle delà multiplication des pains, c'est le poisson sauveur, et vivifiant, c'est Jésus-Christ se donnant en nourriture à ses fidèles, c'est une représentation mystique de l'Eucharistie. Enfin, lorsque dans une autre de ces chambres nous voyons sur un trépied, symbole du sacrifice, le pain et le poisson sur lesquels un homme impose les mains devant une femme qui prie, il est impossible de ne pas reconnaître dans cette scène l'oblation du pain, l'oblation de l'ix^ùc, du Christ en personne, c'est-à-dire le sacrifice de l'Eucharistie,

Jonas englouti par la baleine et rendu à la vie le troisième jour, c'est le Christ mis au tombeau et ressuscitant trois jours après, c'est le symbole de la Résurrection et de l'immortalité. Moïse, le chef de l'ancienne Loi, figure saint Pierre, le chef de la nouvelle, et, lorsqu'il frappe le rocher pour en faire jaillir les eaux qui vont désaltérer son peuple

au milieu du désert, c'est saint Pierre, représentant de Dieu, distribuant à l'Eglise les eaux salutaires de la grâce. Le paralytique guéri et emportant son grabat sur son dos, ou bien le bon Pasteur rapportant sur ses épaules la brebis égarée, c'est le symbole de la rémission des péchés. La palme, signe de victoire, c'est le triomphe définitif du bien sur le mal, c'est l'éternité bienheureuse. Et ainsi, une série de peintures, se succédant depuis le commencement du 11*^ siècle jusqu'à la fin du iv^, rend visibles à nos yeux et en quelque sorte palpables l'apostolicité et la continuité des traditions dogmatiques de rÉglise romaine ' .

Si maintenant nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur l'œuvre de M. de Rossi, archéologue chrétien, ce qui nous frappe le plus c'est son caractère scientifique et sa merveilleuse unité. Depuis les découvertes de la crypte des papes et de saint Corneille jusqu'à la reconstitution de la hiérarchie, de la discipline et des dogmes de l'Eglise primitive, tout s'enchaîne avec la rigueur d'un syllogisme. Les déductions qui ont préparé les découvertes sont si simples qu'on se demande avec étonnement pourquoi l'esprit humain a ainsi tardé à les faire; mais n'en est-il pas de même pour toutes les grandes inventions?

D'ailleurs, la clarté des démonstrations, l'enchaînement logique des déductions cachent sous leur aisance les études les plus approfondies, rendues possibles par une merveilleuse force de travail. Pour reconstituer la topographie des catacombes et de leurs anciens sanctuaires, M. de Rossi dut recher-

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