Ibid. Voir, page 381, l'entretien de Rodoinus et Hilduin
réparer son oubli. Il le fit amplement; car, si l'on en croit la légende, il enleva de Rome pour ses moines l'un des plus grands saints des Catacombes, S. Sébastien.
Ce désir était encore plus vif dans les pays où le christianisme faisait à peine son apparition. A la fin du viii*^ siècle et au commencement du ix'', grâce à l'extension de l'empire franc, l'Evangile pénétra dans des contrées nouvelles. Les bords du Rhin redevinrent chrétiens, les missionnaires de S. Boniface fondèrent Fulda, ceux de Wala et d'Adalhard Corvey et Hambourg; vers le milieu du ix*^ siècle, S. Anschaire envoyait des missionnaires en Danemark et jusqu'en Suède. Ces nouvelles chrétientés manquaient de reliques ; elles aussi avaient été fondées souvent par des martyrs, mais le nombre n'en était pas assez grand pour fournir des objets de culte et de vénération à leurs jeunes églises. Les nouveaux adeptes avaient besoin de sanctuaires qui leur fissent oublier leurs anciennes idoles; si aucun saint palpable ne les appelait dans les églises, ils pouvaient facilement retourner à leurs dieux. Il semble que cette raison ait frappé l'esprit des missionnaires qui créaient de nouvelles chrétientés en Germanie. Une de leurs préoccupations constantes a été de munir de reliques les monastères et les églises qu'ils fondaient, et de satisfaire la dévotion des fidèles par la multiplication des sanctuaires et des lieux de pèlerinage.
Au viii^ siècle, les moines de Reichenau se procurent des reliques de martyrs apportés de Jérusalem, Génésius et Eugène \ En 815, Eginhard
i. « Reliquias sanctorum mattyrum Genesii et Eugenii de Hieroso-
240 QUESTIONS DHISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE.
fonde le monastère de Mulinheim, et aussitôt il se demande comment il pourra acquérir à son église de vraies reliques venues de Rome [quomodo ad id per centre possem ut aliquid de çeris sanctorum reliquiis, qui Romae requiescunt, adipisci contingeret) ^ ; bientôt après, ont lieu à Mulinheim les translations des Ss. Pierre et Marcellin, Prote et Hyacinthe. En 834, l'évêque Hitto veut donner un nouveau lustre à son siège épiscopal, et il fait transporter de Rome à Freisingen les corps de S. Alexandre et de S. Justin 2. Presque en même temps (838), le monastère de Fulda, qui cependant possédait déjà des restes authentiques de martyrs authentiques, ceux de S. Boniface et des premiers apôtres de la Germanie, s'enrichit de reliques romaines. Raban Maur acquiert pour cette abbaye des ossements de S. Corneille, des Ss. Nérée et Achillée, de S. Calliste et de S'^ Cécile. Il semble que ce couvent reculé de Germanie veuille s'approprier toutes les gloires des Catacombes ^ ! Enfin, en 844, on transfère à Prum les fameux Ss. Chrysanthe et Darie et avec eux quarante-six martyrs ''.
Comme nous le montrent ces exemples, c'est surtout à Rome qu'on allait chercher ces reliques. L'explication en est bien simple. C'est surtout à Rome que se portaient les pèlerinages ; or c'est par les pèlerinages que ces saints objets se répandaient
lymis a negotiatoribus asportalas. » Monumenta Germaniae. Script. XVI, p. 170.
1. Voir Translatio Ss. Marcellini et Pétri. Monumenta Germaniae. Scriptorum XVi, pp. 238-339.
2. Voir Monumenta Germaniae historien. Scriptorum XVi, p. 280.
3. Monumenta Germaniae historica. Scriptorum XV'i, pp. 333-339.