Liber pontificalis, éd. Duchesne, II, p
des martyrs se replie de la campagne sur la ville.
Au milieu de cette désolation, les cimetières pouvaient être facilement pillés ; on pouvait les dépouiller de leurs illustres saints sans trop éveiller l'attention des autorités ecclésiastiques ou de la foule. C'est ce que faisait Deusdona. Grâce aux facilités que devait lui donner sa dignité, grâce à l'abandon où le clergé et les fidèles laissaient les anciennes Catacombes, il pouvait les parcourir et y faire en toute liberté des provisions de reliques. Quand il parle avec Eginhard des saints de Rome, il lui dit qu'il en possède une infinité chez lui: « esse sibi domi plurimas sanctorum reliquias » ^ A la suite de ses recherches dans les galeries abandonnées, il a pu réunir chez lui une infinité de corps saints, que les âmes pieuses de la Gaule et de la Germanie se disputeront au poids de l'or; il a créé, si l'on peut s'exprimer ainsi en un si grave sujet, son entrepôt pour l'exportation.
Ce n'était pas en effet pour satisfaire sa dévotion personnelle que Deusdona avait ainsi recueilli des reliques ; c'était plutôt pour les donner à de pieux habitants de l'empire franc ou à quelque nouveau monastère de la Germanie. L'Italie ne pouvait offrir qu'un faible débouché à son commerce; les objets de dévotion ne lui manquaient pas. « On ne porte pas des chouettes à Athènes », le proverbe était aussi vrai du temps de Deusdona qu'au temps des anciens Grecs. Aussi, notre diacre accomplit une série de voyages au delà des Alpes. Il est fort curieux de l'y suivre et de surprendre ses procédés.