‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 87 sur 94 · Pour tout ce passage voir M. G. Scriptorum XV*, p · texte numérisé non relu

Pour tout ce passage voir M. G. Scriptorum XV*, p

Deusdona qui est habile, et ne veut pas passer pour un commerçant vulgaire, ne se livre pas dès l'abord ; il hésite, laisse naître l'espérance, puis déclare qu'il ne saurait répondre à une pareille question; il cherche à piquer la curiosité de son interlocuteur et à exciter ses désirs par l'incertitude où il le laisse. Quand il a enfin produit les sentiments voulus [cum me de hac re sollicitum simul et curiosiun esse animadvertit)^ qu'il a fait naître chez son interlocuteur une convoitise qui demande à se satisfaire atout prix, il renvoie au lendemain les explications; mais les désirs qu'il a provoqués, deviennent d'autant plus forts qu'ils ont plus de chances de se réaliser. Eginhard lui adresse de nouveau et avec plus d'instance la même question, et Deusdona, voyant que l'on a mordu à l'hameçon, se livre enfin, et présente un mémoire rédigé au préalable, un vrai prospectus, où l'on verra que pour un petit secours et le don d'un mulet, il procurera les corps saints qui lui sont demandés. Le manuscrit étant préparé d'avance, nous voyons bien que les hésitations de Deusdona étaient feintes ; elles n'étaient que pure comédie destinée à amorcer le client.

C'est à la suite de ce premier voyage qu'eut lieu à Mulinheim la translation des Ss. Pierre et Marcellin. Eginhard lui-même l'a racontée. Il envoya à Rome, avec Deusdona, son propre notaire, Ratleicus, qui pri t si bien en main les intérêts de son maître, qu'au lieu de quelques reliques, il lui apporta les corps de ces deux grands martyrs romains. Avant de repartir pour son pays, Deusdona prit d'autres commandes. Depuis la translation si solennelle de S. Sébastien à Saint-Médard de Soissons, la passion

d'Hilduin pour les reliques était connue de tous; notre diacre ne pouvait pas manquer de le voir, et de lui offrir ses services. 11 alla donc d'Aix-la-Chapelle à Soissons, et promit à l'abbé de Saint-Médard de lui faire parvenir le corps de S. Tiburce, un des saints de la voie Lavicane * .

Cette première expédition de Deusdona ne dut pas être pour lui une source de déceptions, puisqu'elle se répéta plusieurs fois. Un ou deux ans après, nous le retrouvons en voyage. Vers 830, il repasse les Alpes, arrive dans le pays des Alamans, et va offrir de ses reliques à un curé de village, dans un pagus que l'auteur du récit appelle Turichgau; il laissa là une partie du corps de S. Alexandre 2. Mais il venait surtout voir ces dignitaires ecclésiastiques de la cour impériale qui, comme Hilduin, pouvaient disposer d'une grande influence et de non moins fortes sommes d'argent; il voulait se rencontrer avec ces grands évêques qui présidaient en Germanie au développement de chrétientés déjà riches et florissantes. 11 pouvait d'autant mieux entrer en relations avec eux, que depuis la translation des Ss. Pierre et Marcellin, il était devenu l'ami d'Eginhard [eratenim ei familiaris) ^. Aussi est-ce à Mulinheim qu'il va d'abord ; il dépose ses reliques dans l'église du couvent, et se met immédiatement en rapports avec ceux qui peuvent lui en demander.

Précisément en ce temps-là, Raban Maur, abbé de Fulda, avait envoyé à Mayence, auprès de l'archevêque, Otgarius, un de ses moines. Il semble

\.M. G. Scriptorum XYl. p. 240.

i. Ibid., p. 330.

Page 1