‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 89 sur 94 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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4. Pour le récit des t'êtes qui eurent lieu à Fulda à l'occasion de ces translations, voir ibid,, pp. 337-339.

les recevoir : à douze stades à l'orient de l'abbaye, sur une montagne élevée, il fit consacrer par le chorévêque de Mayence un petit sanctuaire où il plaça les reliques des saintes Félicité, Concordia, Basilla, Emérentienne, Candida et Eutropia; il y ajouta les vêtements et les dépouilles saintes d'Aquila et Prisca : il les y transporta le 28 septembre. Le 25 octobre, il transféra solennellement au monastère de Holzkiricha, dans le diocèse de Wûrzbourg, les ossements de S. Janvier et de ses compagnons. Les reliques de S'e Cécile, de S. Valérien et de S. Tiburce furent envoyées au monastère de Rathesdorf, qui se trouvait à dix lieues de Fulda, dans le diocèse de Wûrzbourg. Dans chacune de ces églises, Raban Maur fit graver une inscription métrique, rappelant aux fidèles les noms et l'histoire des saints dont les reliques étaient déposées en ces lieux. N'était-ce pas à l'imitation du pape Damase, dont les petits poèmes, recueillis par les pèlerins, étaient déjà répandus dans tout l'Occident chrétien?

Nous nous sommes longuement étendu sur les opérations commerciales du diacre Deusdona; c'est qu'elles nous donnent les détails les plus précis sur la vente des reliques au ix'^ siècle. Sous la direction d'un diacre de l'Eglise romaine, nous voyons fonctionner toute une association, organisée à merveille pour exploiter la dévotion des Francs, et leur faire payer fort cher des corps dont la sainteté était peutêtre sujette à caution. Mais, à côté de ce fonctionnement si régulier d'un commerce irrégulier, il est à présumer que les documents nous signaleraient plusieurs opérations isolées, s'ils étaient plus nombreux. Sans aucun doute, maint Italien peu scrupu-

leux dut dépouiller les cimetières de sa patrie, pour aller échanger contre l'or franc les ossements de ses ancêtres. Nous pouvons en fournir plusieurs exemples. Deux ans après le voyage de Sabbatinus et de Théodore, l'abbaye de Fulda reçut la visite d'un autre clerc italien nommé Félix. 11 venait, lui aussi, offrir des reliques, et naturellement dans sa collection (on pourrait presque dire son assortiment), se trouvaient des ossements de ces bienheureux Saints Corneille, Calliste, Cécile, Agapit, qui étaient si populaires au delà des Alpes et que tout commerçant italien ne manquait pas d'offrir à ses clients.

Nous avons tenu à décrire tout au long cet épisode de l'histoire religieuse du ix*^ siècle, parce que, malgré son caractère bizarre, il nous fait pénétrer dans les âmes franques de cette époque. Il nous montre l'impression religieuse que produisait Rome sur leurs imaginations : à la suite des pèlerinages, cette ville était devenue pour eux une Jérusalem céleste, la ville des saints et des martyrs. Par tous les moyens, même par le vol ou l'achat simoniaque des reliques, ils voulaient détourner sur leur ville ou leur monastère un peu de cette sainteté dont Rome débordait. Ils n'avaient pas même la pensée de discuter l'authenticité des reliques qu'on leur présentait : tant ils croyaient que tout ce qui venait des Catacombes était sacré! Il est fort important de constater le prestige qu'exerçait Rome sur l'Occident chrétien, précisément vers le milieu du ix'' siècle, à l'entrée de cette triste période où la papauté, asservie et corrompue, sembla devoir s'éclipser.

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