‹ Questions d'histoire et d'enseignementChapitre 10 sur 14 · LES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES

II est Evident que les connaissances acquises dans les 6coles — quel qu*en soil le niveau : primaire, secondaire ou sup6rieur — ne sont pas suffisanles par ellesm^mes. EUes ne sont que la condition de la culture g6n6rale et plrofessionnelle que Thomme intelligent se donne pendant le reste de sa vie. Ne parlons ici que de la culture g^nerale, qui est, sans contredit, le plus n^cessaire et le plus agr^able des luxes : c'est par des lectures volontaires qu'elle s'entretient, s'6tend et s'approfondit depuis la sortie des 6coles jusqu'^ la mort. Gela est ^galement vrai du « peuple » et des lettr^s, et aussi des savants, lesquels sont peuple, k ce point de vue, dans tous les domaines oh ils ne sont pas specialises.

Or, la lecture volontaire, cct incomparable instrument de culture, suppose ou reclame trois choses : des loisirs, la volenti d'apprendre et de participer k I'activite intellectuelle de son temps, et de bons livres. Dans la soci6t6 telle qu'ellc est aujourd'hui, il y a

* Article-programme du Bulletin des Bibliotheques populaires dont le premier num6ro a paru en Janvier 1906.

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encore beaucoup de gens, surmen6s par la lutte pour Ic pain quotidien, qui n'ontpas pratiquement le temps oil la force de lire ; mais le nombre dc ces d6sh6rit6s diminue de generation en generation ; et, en tout cas, ceux qui ont des loisirs convenables ont, d^s a present, cess6 d'Ctire rares. Parmi ceux-ci, beaucoup ne lisent guere de livres, il est vrai, parce qu'ils ont pris I'habitude de distractions moins relev6es ; mais la curiosile ot le goilt instinctif des plaisirs intellectuels sont j)ourtant tr6s r6pandus. Ces sentiments nes'amortissent souvent, alors que Ton serait par ailleurs en mcsure de les satisfaire, que faute d aliments appropries, c'est-^-dire de bons livres. On lirait davantage si Ton savait combien il existe et combien il se public sans relache de livres int6ressants, et oCi ils sont.

II faut se rendre compte, en effet, de la situation qui est celle de I'immense majority du public. On lit ce qui tombe sous la main, — au hasard, ou presque. On est expose a ce qu'il ne vous tombe sous la main que des livres rancis ou mediocres, mais lances par la reclame. Se tenir d'line maniere critique aucourant du mouvement litteraire, en prenant ['expression « litterature » au sens le plus large, est une entreprise tr^s difficile pour tout le monde, presque impossible dans la plupart des cas, et dont une foule de personnes n'ont m^me pas la notion. G'est pourquoi tant de livres exccllents vieillissent sans trouver les lecteurs qui en auraient le mieux profits et tant de lecteurs sans connaitre les livres dont ils auraient le plus joui. G'est aussi pourquoi I'ecar* * sans cesse entre la

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