SOTE^ DE VOYAGE
Ajouter un livrc de plus a la pile enorme dc ceux qui ont ete publics depuis trentc ans sur « rEducation de la d^mocratie am6ricaine » serait du temps perdu el une chose absolument vaine, pour bien des raisons. Dabord la plupart dos grands ouvrages qui existent d^j^ sur ce sujet, dans loutes les langues, ont 6t^ fails avec beaucoup de conscience*. Ensuite, etsauf exceplion, personne ne les lit : j'eu ai rarcment vu des exemplaires coup<^s, meme dans les biblioUieques ou il semble quails devraient etre le plus souvent consultt^s ; ils appartiennent k la fiimille, de jour en jour plus nombreuse, des livres qui ne sont lus que par ceux qui les ^crivent. Enfin il est impossible qu'un traits sur ce sujet soil pleinement satisfaisant : les institutions scolaires sont, aux Etats-Unis, en voie de formation, trop varices et trop inslables pour que les gens du pays eux-mc^mes soient en mesure d'en rendre un
* Voir plus haut, p. 98, note.
!24 ^jCESTIONS D HISTOIRE ET D ENSEIGNEMENT
coniple exacl, complel el irrecusable. Vn preis d'Uuiversile, un ties hommes les plus coni]>t1 dWmeriipie on maliere (reducalion, m'ecrit qu son cliarjrorail pas : « On ne saurait rien dire do i ral a pro[)os (ie noire syslome d*educalion, a quo aflirnialions conlrairos, et presijue aussi vraios j)uissonl i^lro opposoos. » A plus forte- raison les ct gers; qui ne font que passer, si penetrants qii'ori suppose, en sonl-ils ineapables. On I'a bien vu dernier, lorsque Ie millionnairo anglais A. Mo jugea bon d'expedier aux Elals-Unis, a ses frais, commission de vingl-six specialistes pour y etud chacun dans sa partie, les precedes deducation aurait ete facile a chacun des « Moselv Commisi ners » de composer, apres quelques semaines sejour, un gros livre, avec les banalites courantes des statisliques puisees dans les volumineux rappo du Bureau federal de Teducation k Washington ; ti sagement, ils s'en sont bien gardes, sachanl da van que cola n'aurait pas valu Ie papier; ils ont, tout sii plement, rapporte leurs impressions personnellcs mais ces impressions, toutes « autorisees », sont mc veilleusement contradictoires ^ ct j'ai cntendu expi
* Les impressions rapportees par ces commissaires se trouvei clans les Reports of the Mosely educational Commission to ll United States of America (Londres, 1904).
* Exemples. Les b^timents scolaires sont tr6s superieurs an Etats-Unis k ce qu'ils sont en Angleterre (p. 311); ils ne son pas superieurs (p. 9). L'enseignement prive n'augmente pai aux d6pens de Tenseignement public (p. 316); il augment( (p. 331). « With the pup*' ~ ' * "iasm for learning is intense
mer 1^-bas Topinion qu'aucun des membres de la Commission Mosely n'avait 6te au fond des choses. — Tout cela n'est pas encourageant.
J ai, moi aussi, passe quelques semaines aux Etats- Unis, h Tautomne dc 1904. Et j*ai regards des 6coles en essayant de controler, sur quelques points essentiels, les impressions d'autrui, dont j'avais pris prt^alablement connaissance.
Les Mosely Commissioners 6taient partis avec un questionnaire precis, qui pent se r^sumer ainsi : « Estce que, en matiere d*6ducalion, le peuple des Etats- Unis a quelque chose h apprcndrc ou h sugg6rer au peuple anglais ^ ? » L'exp6ricnce des Etats-Unis k cet 6gard oiTre, en elTet, rint6r6t le plus vif a I'Angleterre contemporaine qui est en train de r6organiser, ou plulot d'organiser pour la premiere fois, chez elle, I'instruction publique en un sens d6mocratique. Les Etats- I'ln's ont, en matiere d'^ducation, h resoudre des probl^mes que Tancien Continent ne connait pas : les societ^s europeennes n'ont point, comme la soci6t6 am^ricaine, k ^duquer des millions de n(?gres, ni k uliliser I'^cole pour assimiler au plus vite des hordes
n my examination of schools of (iifforent ly|>os and profuioncy. I never stumbled across a really idle boy » (p. 171) ; o 1 did not discover that American students are any more willing to read studiously than ours are » (p. 17). Gf. ci-dessous, p. 193, 1%.
* Tcxte du (pieslionnaire : « 1. The development of individuality in the primary schools ; 2. The social and intellectual elTects of the wide distribution of secondary instruction ; 3. The effect of specific instruction given in business methods, in applied sciences. »
sans cesse renouvelc^es d'immigranis ; nous n avons m^me pas Tid^e, en Europe, des difficult^s qui doiveni se presenter dans une ville comme Chicago, ou Ton parlo quarante langues diff^rentes et qui est a la fois une des plus grandes villes irlandaises, allemandes, tcheques et polonaises du monde. Mais, abstraction faite des problemes sp^citiqucment « am6ricains », dont r^quivalent n'existe pas en de(^k de TAtlantique, il y en a beaucoup qui se posent maintenant en Angleterre comme ils se sont pos6s jadis en Am^rique : bien des usages am^ricains repr^sentent revolution tr^s avanc^e, dans un milieu d^mocratique, de germes primitivement communs a toutes les soci6t6s anglosaxonnes, qui sont encore latents ou a demi-d6velopp6s dans le « vieux pays * ». — Les autres Europ^ens ont, depuis longtemps, d'autres traditions ; et nous n'avons pas, par consequent, a atlendre d'une visite aux Etats-Unis autant d'enseignements directs que les Anglais. Mais comment n'y aurait-il pas, pour nous aussi, dans les 6coles de la plus grande des d6mocraties, des spectacles curieux, instructifs ou stimulants ?
* « The new Education Act opens the field for some really useful work to be achieved by a Commission like the present one... The Act has been worked out on lines somewhat similar to those followed in the United States... 1 venture, therefore, to think that this Commission comes at a very opportune moment and should largely help to mould public opinion in regard to points upon which it needs enlightenment ». [Report of the Mosely Educational Cotnmision, p. in.)
LA DEMOGRATIE AMERIGAINE A FOI EN L'EDUGATION
Tout le monde le dit. G*est ce qui frappe le plus les touristes. Le professeur Rhys, d'Oxford, un des rapporteurs de la Commission Mosely, s'exprime ainsi k ce sujet : .« Au cours de notre tourn^e, rien ne nous fit plus d*impression que I'enthousiasme des citoyens, de tous les citoyens, pour Teducation. Non seulement c'est la conviction de tous ceux qui pensent qu'un peuple maitre de ses destinies doit etre instruit, pour que la stability politique et sociale soit pr^serv^e; mais la foi dans la n6cessit6 de I'^ducation a p6netr6 les masses au point que les 6coles du soir regorgent dans toutes les grandes villes... Gette foi s'affirme par les taxes que les communaut^s s'imposent volontairement pour bdtir et entretenir des 6coles, et par des dons princicrs. Les palais scolaires sont un des traits les plus notables de I'architecture urbaine aux Etats- Unis; les cadeaux des milliardaires aux Universit^s donnent le vcrtige. Or, I'int^rdt que les choses inspirent se mesure assez bien k I'empressement que Ion montre k les payer... » Dix autres commissaires (Convent de meme : « Le pli^nomene le plus suggestif est I'int^r^t extraordinaire que toute la population, du haut en bas, prcnd [i Teducation, et la soif quelle en a. » lis ajoutent : « Quel contrastc avoc TAngleterre, ou les hautes classes se demandent encore jusqu a quel point rinstruction est un bienfait pour les humbles et ou les classes inKrieures et moyennes restent, en majority,
128 guESTioNS d'histoire et d'enseignement
satisfaites de leur ignorance traditionnell^. » De son c6t6, la Convention de la National Educational Association des Etats-Unis, tenue k Saint-Louis en 1904, a dccr6te : « Nous Klicitons les organisateurs de la « Louisiana Purchase Exhibition » d'avoir attribu6 la premiere place a i'Education parmi les manifestations de I'activit^ humaine; ils ont agi, de la sorte,en harmonie aved'esprit de notre democratic... »
II n'y a pas, en r6sum6, d'opinion plus repandue parmi les etrangers qui ont visits I'Amerique, et dans Ic pays meme, que celle-ci : la foi dans T^ducation est, aux Etats-Unis, universelle et incomparable. On allegue, d'ordinaire, comme indices ou comme preuves : les palais scolaires; les budgets des Etats et des villesou les frais de Tinstructioh publique s'^levent parfois k la moitie des d6penses totales; les Iib6ralit6s des Carnegie, des Rockefeller et de leurs 6mules ; Taffluence des Aleves aux 6coles secondaires pubHques et aux Creoles techniques et la multiplication de ces 6coles ; la presence, dans les Universit^s, de jeunes gens sans ressources qui, tout en 6tudiant, exercent, pour vivre, des m6ticrs manuels ; I'abondance de la litt^rature p6dagogique, etc. On conclut, g6neralement, cndisant que la grandeur dupeuple am6ricain est sans doute liee, en partie, a son zele pour I'instruction.
Qu'est-ce qu'il en faut penser"?
Premierement, iln'est pas n6cessairc de rester longtemps en Am^rique pour constater — ce que Ton aurait tres bien pu supposer a priori^ car c'est dans la nature des choses — que la foi dans I'education n'y est pas
L*feDU€ATION AWX i6tATS-UNIS 129
du tout universelle. On rencontre 1^-bas, comme ici, des aristocrates chagrins qui d6blatferent sur a la faillite deTEcolew.En voici un, entre cent qui Tont fait publiquement : « Nous avons les oreilles rebattues, dit M. Price Collier, de ce que, dans tout I'Etat de Massachusetts, vingt-quatre communes seulement n'ont pas de biblioth^que publique, et de ce que les meilleures chances d'6ducation sont offertes, gratuitement, k tons les enfants. Mais c'est ici comme dans d'autres circopstances de la vie en Am^rique : la th6orie est excellente, les r^sultats pratiques different beaucoup de ce qu'affirment les charlatans de la d6mocratie. 11 y a des prisons, et des criminels, et des maisons de force, et des ivrognes, et des taudis, et des politiciens v6reux dans le Massachusetts comme en France, en Angleterre, en Italic ; et, sans doute, tout autant, proportions gard^es. Quant aux petites villes de chez nous, je n'ai jamais vu, hors d'ltalie, autant d'enfants d6soeuvr6s que Ik : vous les voyez flaner dans lesgares, aux coins des rues, et, selon toute probability, ils ne font pas moins de betises que leurs congenferes des pays ou les bibliotlieques publiques et les 6coles graluites sont moins nombreuses^ ». Mais n6gligeons, si Ion veut, cette minorit6 dissidente -.
* America and the Americans (New York, 1897), p. 148 (Anonyme, mals par M. Price Collirr). Gf. U. Grant White, dans North American Review, dec. 1880, p. 537.
•<cln any country it is possible lo find many persons professing to believe in education, others disbelieving. America is no exception. Probably to every profession of the sort quoted on the one side, a counter quotation could be made on the other.
L*^Gl.Ols. Quesl. d'hisl. ot d'ens. Nouv. sOrie. 9
130 Ot'KSTIONS D^HISTOIRR ET d'eNSEIGNEMENT
Resle a examiner la valeur des indices que la majority prodail a Tappui des theses courantes.
La gen6rosit6 du peuple am^ricain pour ses 6coles est hors de doute, les statistiquesr^tablissent. Cependant, elle ne leur a pas encore assure, contrairement k ce que Ton croirait volontiers, une superiority decisive sur celles de nos contr6es, au point de vue materiel. A New York et dans les autres grandes villes oil les etrangers circulent, les ecoles publiques sont instances dans de tres beaux edifices, dont les municipalitestirent, non sans raison, vanit6; mais ces edifices, quoique tres vastes*, sontpourlaplupart encombres^
Nevertheless, unless those with whom we came in contact were exceptional members of American society, the balance of opinion is very decidedly much more in favour of education than it is with us and much more in favour of it than it was in the same country twenty years ago. » (W. G. Fletcher, dans ies Jleporls de la Commission Mosely, p. 130.)
* Trop vastes. On va construire k New York un skyscrapei* k plus de dix stages qui n'accommodera pas moins de 8 000 6coliers. La surface du terrain k b^tir, Grand Street, est de 175 pieds sur 80. Une autre 6cole el6mentaire de New York re(^oit dej^ 5 000 ecoliers.
* « With an average of 48 pupils to each room in the public schools of Chicago, the work of concentration is still going on. Some of the rooms have as many as sixty pupils, or twenty more than one teacher can teach, and this extraordinary figure may be made the average at the present rate of increase. — Albert G. Lane, district superintendent, is engaged in a survey of District No. 4 with a view to further concentration of pupils in the already over-full schoolrooms of that district. » (Journaux de Chicago, octobre 1904). — v Philadelphia has considerable deficiency of school accommodation. The classes in the schools are larger than in other places ; in one 1 found classes of 60 and 72 ». {Reports of the Mosely Educational Commission, p. 86).
A New York, Chicago, Philadelphie et k la Nouvelle-.Orl6ans
l'kducation aux iStats-unis 431
Et quant aux 6colcs rurales, on se plaint am^rement que dans certaines regions, elles soient loin de satisfaire aux exigences les plus modestes. Cela ne serait rien si le personnel enseignant etait assez nombreux et convenablement r^tribue; mais tel nest pas le cas, ni dans lenseignement primaire, ni dans I'enseignementsecondaire, ni dans Tenseignement superieur. Les salaires des professeurs de tout ordre sont tr^s faibles, et Ton croit que, « si quelque chose n'est pas fait pour rem6dier k cette situation, le pouvoir de T^ducation sur la nation declinera tout a fait. » Les consequences de rinsuffisance des salaires sont, en effet,trcs graves. D'une part, lenseignement est, non pas une profession r^guli^re, mais un pis aller que Ton accepte pour commcncer, et dont les gens liardis s'6vadentauplus vite : quantiti^ d'honimes d'alTaires 6minents ont 6t6 maitres primaires dans leur jeunesse ; le head master dune grande 6cole de New York disait recemment que, sur cent maitres qui cnseignent dans les ^coles secondairespubliques, sept seulement sV r^signent pendant plus de cinq ans (quatre ou cinq ^ perp^tuit^) ; c'est ainsi que, dans TEurope du moyen age, les maitres (^s arts n'enseignaient qu'un temps, jusqua ce qu'ils eussent trouv6 une place dans la hicMvircliie eccl^siastique. D'autre part, les hommes hesitent k enlrer, mt^me provisoirement, dans une carriere si mal payee, et ils Tabandonnent aux jeunes lilies, qui n*ont pas tant
beaucoup d'ecoles sont conduites in double shifts, cVsl-i\-dlre que les enfants sont reparlis en deux equip»»s dont I'une travaille le matin et I'auire Tapr^s-midi seulement. faute de place.
de besoins ni de cordes k leur arc ; voilk pourquoi dans les ecolcs primairesetsecondaires de New York, de Philadelphie et de Boston, les professeurs-femmes sont, relativomont aux professeurs-hommcs, dans la proportion de 75 ^ 25; voilh. pourquoi le latin m^me est couramment enseigne a des gar^ons de dix-huit ans par des demoiselles de vingt-cinq dans les meilleures High Schools. Sur 100 maitres, il y avait dans I'ensemble des 6coles publiques d'Am6rique,57 femmes en 1880 et 72 en 1902 ; il y en a maintenant 91 dans plusieurs Etats de I'Est (New Hampshire, Rhode Island, Connecticut). Les Male Teachers Associations ne manquent pas de pousser des cris d'alarme ; elles se sont r^unies r^cemment k Chicago pour delib^rer sur la question : « How to prevent the effeminisation of our school staffs » ; mais en vain, jusqu'^ present. Ainsi une des habitudes qui passent pour « am6ricaines » par par excellence, I'enseignement non seulement primaire, mais secondaire, des jeunes gens par des femmes, s'explique historiquement, et en fait, par des raisons 6conomiqucs ; les arguments pouretcontre qui ont et6 parfois invoques pour la justifier sont a posteriori^. II n'est done pas surprenant que le president Ch. W. EHot, de Harvard, ait naguere public un mani-
* Voir le Rapport du superintendent d'Indianopolis, cite dans les Reports de la Mosely Commission, p. 94. « There is a demand for more men teachers in the schools, but men will not be found in the rank and file of teachers until the public is ready to pay a good deal more money for the education of children than it is willing to pay now. Elementary schools, for the present at least, will continue to be taught by women ».
l'^ducation AUX ^TATS-UNIS 133
feste sous ce litre : More money for the Public Schools^. Tous les hommes clairvoyants reconnaissent et proclament que le budget de linstruction publique aux Etats-Unis est, en somme, k de brillantes exceptions locales pres, fort au-dessous de ce qu'il devrait dtre.
Gonsid^rons maintenant ces traits si typiques et si pittoresques : les Iib6ralit6s colossales des gens riches en faveur de Colleges ou d'Universit6s et la presence, dans ces m^mes Universites, d'^tudiants pauvres qui gagnent leur pain quotidien a la sueur de leur front. — Les fails sont constants el connus. — Chacun a entendu parler des Universites Johns Hopkins (Baltimore), Clark (Worcester), Leland Stanford (Californie), qui portent le nom de leurs fondateurs. L'Universit6 de Chicago doit la vie au roi du p6trole, J. D. Rockefeller, qui se d6barrasse frc^quemment de quelques millions pour I'agrandir. De 1890 a 1900, la somme annuelle des donations aux Universites nest jamais lombee audessous de 33 millions; elle a atteint 110 millions (1898-99). Les milliardaires am^ricains qui, n'ayant pas de filles, n'aspirent pas h redorcr les blasons de la noblesse europeenne, ont coutume dc rendre ainsi au public une partie de I'argenl qu'ils ont eu la chance de pr^lever sur la communaut^ ; et c'cst une excellente coutume. D'un autre cote, il est Ires vrai que Ton voit, dans un certain nombred'Universil6s am^ricaines, des
• Gh. W. Kliot. More money for the Public Schools. 1903. Cf. le m^me, Amencan contribulions to civilization (Londrcs, 1897;.
i34 QUESTIONS d'iIISTOIRE ET D*ENSEIGNEMENT
etudianls qui, pour vivre en 6ludiant, se sont fails allumeurs de reverberes, employes de telephone, portcurs de journauxj blanchisseurs, agents d'assurance, gardiens denuit, conducteurs de tramways, jardiniers' laveurs dc vaisselle, etc. A Chicago, les 6tudiants h leur aise sont servis, dans le r6fectoire universitaire, par des camarades qu'ils retribuent. Les commissaires anglais dc la Commission Mosely sont tomb^s, naturellcment, en arr6t devant un spectacle si nouveau pour eux; quelques-uns en ont 6t6 un peu cheques' ; d'aulres ont exprim^ leur approbation sans reserves : (( De tels etudiants, dit Tun d'eux, sont le sel de la terre, et la nation est robuste et saine qu^ engendre des Ills aussi virils* ».
Gertes, il est juste, ici, d'admirer :1a g6n6rosit6 des uris, le courage des autres. Mais d'autres reflexions s'imposent encore, peut-(^tre. Ces phenomenes, qui nous paraissent si bizarres, parce qu'ils n'ont plus lieu chez nous que sous des formes tres attenu^es, s'observaient aussi en Europe il y a quelques siecles. Au moyen Age, il en etait tout de meme a Paris et a Oxford qu'aujourd'hui k Chicago. C'ctait jadis un luxe royal, que leshauts dignitaires ecclesiasliques et les princes laYques se donnaient k Texemple des rois, de fonder dans les Universites des colleges et des chaires. Et un chancelier de I'Universite de Paris au commencement du xni^ siecle parlo, dans un sermon, des ecolicrs
. ' Reports..., p. 180.
* Ibid., p. 34.
l' EDUCATION AUX ETATS-UNIS 135
pauvres de la Faculty des Arts a qui les riches ecoliers de la Faculty de Droit Canon faisaient porter devant eux, dans les rues, lours gros livres, leurs livres qu'ils ne lisaient pas. Ges moeurs ont persiste, en France, jusqu'apr^s la Renaissance. Au t6moignage de Tun des commissaires ecossais de la Commission Mosely, il y en avait encore des traces en Ecosse, ou tant d'usages du moyen dge ont dur6 si longtemps, vers 1880. — Maintenant, que conclure de 1^ ? Faut-il conclure que, au moyen age, la science 6tait fort honoree par les grands de la terre et que la haute culture etait souvent recherchee avec passion? Sans doute. Faut-il conclure en outre que la science 6tait plus honoree et la culture plus recherchee qu'aujourd'hui ? Pas du tout. Et ce serait pareillement une erreur de croirc que les donateurs a la Rockefeller et les etudiantsjournahers accusent chez nos contemporains d'Am6rique plus de foi scientifique et p6dagogique que chez nous. La v6rit6 est tout bonnement que les soci6t6s europ6ennes ont d^passe I'^tat de civilisation ou les grandes donations des particuliers pour rinstruction publique et le paup6risme dans les Universit6s, ph^nom^nes synchroniques, sinon correlatifs, sonten quelque sorte in6vitablcs, tandis que la soci6t6 am^ricaineen est encore, sur ce point-la, aux conditions du moyen ^ge.
Lorsque lespouvoirs publics nefont rien, ou presque rien, pour assurer le service de renscignement superieur, il est necessairement assur6 tant bien que mal par des liberalitds privees, parce qu'il n'y a pas moyen
136 QUESTIONS d'hISTOIRE BT D*ENSEI6NEHENT
qu'une soci6t6, haatement civilis6e, sen passe. Lc public spirit, ou la vanity, ou les preoccupations confessionnelles suppl6ent alors h rinertie de la communaut6. Mais d^s que la communaut^ s'^veille au sentiment de ses devoirs et prend k son compte les grosses d^penses d'installation et d'entretien, lezfele des particuliers s'amortit. Unjour viendra sans doute, en Am6rique comme en Europe, ou le regime des g6n6rosit6s arbitraires, privies, seraremplace, en tant que regime normal, par celui des subventions r6guliferes,publiques. II existe d6jk, aux Etats-Unis, de tr^s belles Universit6s d'Etat, a la charge des contribuables : Ann Arbor, Michigan ; Madison, Wisconsin; Ohio, Indiana, Minnesota, Kansas, Iowa, Missouri, Nebraska, etc. ; celles du Michigan et du Wisconsin sont aussi bien pourvues que les plus riches des Universit6s fondles pendant le dernier quart de siecle par des particuliers (Chicago, Leland Stanford). Quant aux Universit6s privies, de fondation ancienne, dont la prosp6rit6 future est oertaine, comme Harvard, on entrevoit pour elles un avenir semblable au present des vieilles Universit^s d'Angleterre, Oxford et Cambridge, qui, vivant sur le revenu des fondations pass6es, sous le controle de I'Etat, n'attendent presque plus rien, pour leurs besoins nouveaux, de bienfaiteurs a la maniere des W^olsey, des Bodley et des RadcUffe d'autrefois ^
' Voir sur ce point Rhys, /. c, p. 3U : « Witness the great benefactions out of which have grown the Colleges and the University of Oxford, where it now seems impossible to find a
L'jfeDUCATlON AUX 4TATS-UNIS i37
De m^me le paup^risme universitaire n'est pas tant un signe d'enlhousiasme populaire pour la science que la marque d'une organisation d^fectueuse et barbare. Qu'un jeune homme d^licat, c6r6bral et sans ressources, lave la vaisselle, le soir, pour ^tre en mesure de suivre des cours dans la journ^e, cela lui fait honneur; mais cela n'en fait. pas du tout au regime qui Ty oblige. Les pouvoirs publics et les Universit^s se croient tenus, chez nous, de nos jours, k ne pas abandonner les jeunes gens, que leur m^rite et leur pauvret6 recommandent, aux cruaut^s de la lutte pour I'existence, oil beaucoup succomberaient en pure perte *. Les Univer-
benefactor willing to put down the modest sum of £ 50.000 for the building and equipment of a physical laboratory, though we have ready to hand an excellent site, a young professor... and pupils to teach. »
* D6coup6 dans un journal de Boston, octobre 1904 : « Thomas B. Dunn, Student in Vermont University, Burned to Death in Car Batons. — While sleeping in the Forest Hills car barns of the Boston Elevated Railway, this morning. Thomas B.. Dunn, who had been acting as a substitute conductor so that he could earn money with which to finish a course he had begun in the medical department of the University of Vermont, lost his life in a fire which destroyed the barns and caused a damage of$ 170000.
« Please give me as much work as possible », Dunn said to the superintendent of the division when he applied early this summer for a position as substitute conductor, a 1 am going to return to college in the fall and must earn enough to pay my way through. »
The superintendent arranged Dunn's schedule so that he could begin work on one of the first cars in the morning. Determined that he should never miss the first car Dunn has been sleeping in the car barns, and soon after two o'clock this morning, when fire started, he was forgotten. »
138 QUESTIONS d'mISTOIRE ET d'eNSRIGNEMENT
sit6s amdricaines se pr^occupent d^jk d'adoucir le sort de Icurs pauvres (en leur procurant des travaux decents, par des bourses, etc.) ; il est probable qu'un jour viendra oCi, chez elles comme ici, les ^tudiants domestiques, serveurs et cireurs de bottes, ne seront plus qu'un souvenir.
Les meilleures preuves k Tappui des affirmations courantes sur la foi p^dagogique aux Etats-Unis se tirent de I'extension que Tenseignement k tous les degr6s, mais particuli^rement Tenseignement secondaire et I'enseignement technique, ont pris, de nos jours, dans ce pays.
Inutile d'insister sur I'enseignement primaire ou. 6l6mentaire. Les Am6ricains croient k la n6cessit6 de cet enseignement pour les m^mes raisons que nous, lis y croient depuis plus longtemps parce qu'ils ont 6t6, plus t6t, en democratic, et parce que Tecole primaire publique a 6te, de tres bonne heure, chez eux, I'organe indispensable pour nationaliser la descendance des immigrants, « Testomac de la nation qui prepare tout ce qu'on y jette k s'assimiler au corps social)). Remarquons seulementque, en Am^rique, I'enseignement primaire, obligatoire en droit, ne le serait guere, en fait, faute d'organisation coercitive ou de gout pour s'en servir, si les moeurs ne Timposaient pas.
Le ph^nomene capital, c'est le d^veloppement des High Schools, ou « 6coles secondaires )), pubUques, c'est-k-dire entretenues aux frais des contribuables et gratuites comme les ecoles primaires, ou les jeunes
L EDUCATION AUX ETATS-UNIS i39
gens, de Tun et Tautre sexe, resolvent de quatorze k dix-huit ans, un complement d'6ducation g6nerale. La legislation relative aux High Schools varie d'Etat k Etat, mais on peut consid6rer comme typiques celles du Massachusetts et du Kansas. Au Massachusetts, toute communaute (township), quelle que soit sa population, peut etabllr une High School; toute communaute de 500 families doit en entretenir une ou payer rinstruction de ses enfants dans celles du voisinage. Au Kansas, si, dans un comt6 (canton) dont la population d6passe 6.000 habitants, le tiers des electeurs adresse au County Commissioner une petition tendant k la creation d'une High School, la question est soumise de droit au corps electoral tout entier, et la majorite decide ; Taffirmative equivaut au vote d'un certain nombre de centimes additionnels. Le mot d'ordre du Kansas, un desEtats qui se flattent d'etre parmi les plus « avances » en ces matieres, est : « Une ecole secondaire dans chaque comte » (A county high school in every county of Kansas). En consequence le nombre des ecoles secondaires publiques augmente, aux Etats-Unis, tons les ans ; et les statistiques accusent rintensite du mouvement : :2 5:26 High Schools en 1890, 6 005 en 1900, 6 292 en 1902. La clientele de ces ecoles croit cinq fois plus vite que la population. Dans certains Etats (de I'Est) elle s'eieve jusqu'a 2 p. 100 de la population totale. Elle a passe, en dix ans, de 221.000 a 566.000 amos.
Get etat de choses est nouveau, car I'originc n'en remonle gu^re k plus de trcntc ans, et il est, d'ail-
leurs, sous nos yeux, en plein progr^s ^ Jusque vers 1870, rMucation secondaire n*6tait encore donn^e, aux Elats-Unis comme en Angleterre, que dans des 6tablissements priv^s, Colleges ou v Academies », de valeur trfes in^gale. C'est en 1874 seulement que la Gour Supreme du Michigan, slatuant sur la plain te de quelques contribuables qui protestaient contre I'^tablissement dune Public High School dans le district n® 1 de Kalamazoo, proclama, pour la premiere fois, le principe que rien, dans la Constitution des fitats-Unis, ne s'oppose k ce que les communaut6s votent r6gulierement des taxes pour defrayer des 6coles secondaires. II n'y a meme pas plus de sept ans que le Board of Education de la Cit6 de New York a ete autoris6 k d^pcnser de I'argent public pour I'enlretien de High Schools. « Les progr^s accomplis en si peu de temps sont Tindice de la conviction splendide et du zele avcc lesquels loeuvre a 6t6 entreprise et la marque certaine dc la foi du peuple tout entier dans I'education secondaire : il en veut, puisqu'il paye pour 2. ))
Les raisons de cet 6tat de choses sont tres claires. Lorsque la Cour Supreme du Missouri eut a se prononcer, en 1883, dans une affaire analogue au cc Kalamazoo Case » de 1874^ elle s'appuya, pour juger dans
* Voir E. Ellsworth Brown, The making of our middle schools, an account of the development of secondary education in the United States. New-York, 1903.
* T. G. Foster, dans les Reports de la Commission Mosely, p. 107.
l'^ducation AUX ifeTATS-UmS 141
le in^me sens que la Cour du Michigan, sur I'article de la Gonstilulion qui dit : « La soci6t6 doit pourvoira letablissement d'un syst^me complet d*^coles gratuites, ou tous les enfants puissent recevoir, en commun, une bonne Education scolaire {a good common school education) ». Mais qu*est-ce qu'une bonne education scolaire ? G'est au peuple, d^clara la Cour, qu'il appartient de le determiner. Or, puisque le peuple am6ricain multiplie les Public High Schools ^ c*est apparemment qu'il ne consid^re pas Tenseignement elementaire (jusqu'a quatorze ans) comme une Education suffisante. L'enseignement primaire ne suffit pas, k son avis, poiir preparer les esprits aux 6tudes sup6rieures ou techniques : il y faut ajouter I'enseignement « secondaire)), de quatorze k dix-huit, c'est-^-dire une sieste de- quatre ans, consacr6e au perfectionnement de la culture g^ncrale. Le peuple am6ricain croit done, desormais, comme nous, qu'un cours d'etudes secondaires est I'avenue normale aux hautcs etudes, sp6culatives et professiorinelles, et aux dostineos brillantes. Mais, s'il en est ainsi, il n'admet pas que personne, qui le desire et qui en est digne, soit priv6 de ce bienfait, par la fautc de la communaute, dans une democratic ou tout le monde a le droit d'etre ambitieux ct en use. Les causes du zb\c pour I'Education, en tant qu'il se traduit par le mouvoment en faveur des High Schools y sont, en somme, aux Ktats- Unis : 1° I'ambition universelle, que Topinion publique encourage ; 2® la conviction grandissante que , dans les luttes de I'avenir, des Etudes prolongEes seroni,
(le plus en plus, une des conditions du succes.
Boaucoup d'Am^ricains sont Ires fiers do leurs High Schools et des progres merveilleux, mesur6s par la stalistique, de leur enseignement secondaire graluit, qu'ils d^clarent unique au monde. C'est, dit-on, « la plus democratique et la plus originale de nos institutions scolaires ».
D autre part, quelques Am^ricains font, k tort ou a raison, des objections, nonpas tant avec I'espoird'enrayer un mouvenient qui parait irresistible que pour le plaisir de se croire ou de se montrer plus clairvoyants que le vulgaire. — En inaugurant r6cole secondaire graluite, le pcuple am^ricain, disent-ils, est persuade qu'il donne un grand exemple. Mais, dans sa politique a cot 6gard, ce qu'il y a de bon n'est pas nouveau et cc qu'il y a de nouveau n'est pas bon. II est bon que la communaute s'impose .pour ^tablir et entretenir des ecoles secondaires publiques, qui ne/eraient pas leurs frais ; mais les Etats europeens, comme TAllemagne et la France, consentent depuis longtemps de lourds sacrifices pour I'enseignement secondaire public ; at on fait lacomparaison de leurs depenses pour cet objet avec celles des Etats-Unis ? II est bon que les enfants intelligents, si humble que soit la condition de leurs parents, aient I'occasion de s'instruire; mais, pour cela, la gratuite de Tenseignement secondaire pour tous, riches et pauvres, intelligents et m6diocres, n'est pas le meilleur moyen ; il existe en Europe un systeme de bourses qui, sans avoir aucun des inconvenients de 1-a gratuity, en a tousles avantages, grdce k son elasti-
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cit6 qui le rend ind6finiment extensible. — R^pliquet-on, comme on n'y manque pas : « Le grand avantage social de la gratuite, c'estde rapprocher surles m^mcs bancs toute lajeunesse du pays, sans distinction de classe : le fils du president de la R^publique k cdt6 du fils de son cocher » ? La r6ponseesttr^s facile. D'abord il n'est pas vrai que les distinctions cr66es par les differences de fortune tendent a s'att^nuer aux Etats- Unis depuis qu*il y existe des 6coles secondaires gratuites. C'est le contraire qui paraft certain : « II y a un demi-si^cle tous ^taient 61ev6s ensemble, les riches et ceux qui ne I'^taient guere. Mais, maintenant, c'est chang6 : les 6colcs publiques ne sont presque plus fr^quent^es que par les pauvres gens ; les personncs k leur aise envoient leurs enfants dans des 6coles privies, dont quelques-unes sont sur le plan des grands internals anglais et tout k fait inaccessibles aux pelites bourses. Cette aristocratic des 6coles privies d^daigne la democratic des 6coles publiques et la democratic des 6coles publiques soup^onne, et souvent jalouse, Taristocratie des 6coles privies. On ne so rencontre plus; on ne se connait pas*... » Ensuito il n*y a rien dinoui k ce que le fils du president de la Republique
' America and the Americans, p. 134. Le profcsseur Miinslerbergdit la m6me chose, Amencan TraiiSy ch. v. M, Armstrong Siuss'i^ Reports de la Mosely Commission, p. 11. Les journaux democratiques sont pleins de recriminations contre « I'arislocralie des ecoles priveesw ; voir, dans le Chicago Evening Amencan du 17 octobre 1904, une violente diatribe contre un haul fonctionnaire de la Cite de New York qui envoie ses enfants di Tecole privfee.
dcs Etats-Unis soil, k la High School de Washington, le condisciple d'enfanls sans fortune : le roi Louis-Philippe faisait conduire de m^me les siens, il y a quatrevingts ans, h un lyc^e de Paris oCi ils 6taient exposes k coudoyer les premiers venus ; les nouvelles High Schools d*Am6rique ne sont pas plus « d^mocratiques » que les vicux lyc6es de France oCi tant de generations ont fait I'apprentissage de r6galit6 et qui ont permis k tant d'enfants bien dou6s, nes dans une situation modeste, de s'6lever aux premiers rangs. — Enfin Tenseignement secondaire n'est un bienfait que s'il est donn6 dans de bonnes conditions k des individus capables den profiter; sinon, c*est du temps perdu et un danger public. Or, la majorite des Am6ricains, avec I'ardeur inconsid^ree des neophytes, semble Tavoir oubli^. Ils ne se demandent pas, par exemple, s'il est legitime d'instituer partout un enseignement secondaire gratuit, alors que leur enseignement primaire est encore mal dot6; nis'il est possible de doter convenablement, d'embl6e, cet enseignement secondaire ; ni, suppose (et c'est le cas) que le personnel du nouvel enseignement secondaire soit encore trop mal pay6 pour etre de choix, si cet enseignement pent avoir, en v^rite, relTicacite qu'on en attend. Le latin et le grec sont enseign^s, entre autres choses, dans les High Schools : mais s'ils le sont peu et mal, de sorte qu'aucune culture profonde de I'intelligence n'en resulted, k quoibon ? A quoi bon, surtout, pour les esprits
' n An informed writer says that this fetich (the baby Latin
l'education AUX ETATS-UNIS 145
de quality ordinaire qui ne sont pas en 6tat de supplier, par leur activity propre, k rinsuffisance de la nourriture qui leur est offerte? En attirant ariificiellement les m6diocres dans les 6coles secondaires par Tappet de la gratuity, on risque de creer en Am^rique des perils jusqu*k present inconnus : Y over education, rinepte orgueil dela demi-culture, un proletariat intellectuel*. La vie se charge, heureusement, d'att6nuer les effets de Timpr^voyance publique : un grand nombre de jeunes gens (45 pour 100 k New York, paraitil) comprennent, d^s la premiere ann^e de la High School, qu*ils ne sont pas n6s pour les etudes, sen d6goQtent, ou, s^ils sont vraiment tres pauvres, se voient forces de les interrompre pour gagner leur pain ; ils s'en vont, et c'est pourquoi, remarquons-le, la clientde des High Schools se compose dans les classes sup^rieures, de plus de filles que de gar^'ons. Mais il reste toujours assez de na'ifs, convaincus que r « Education » vaut toujours, quelle quelle soit et par elle-m^me, pour s'astreindre, contre Minerve, aux quatre ans du cours d'6tudes secondaire. Ceux-1^ atteignent Tage de dix-huit ans sans etre parvenus au niveau des baclieliers d'Europe ; il leur faudra ctudicr deux ans encore, pour y arriver, dans un « college » universitaire. Et voil^, certainemcnt, la preuvc la plus
and Greek taught in our high schools) no more revives nnlique culture than the soil is fertilized by the smell of the dung-cart driven over it.,. » (G. Stanley Hai.l, dans les Addresses and Proceedings de la (( National Educational Association o, 190i. p. 260.)
* Reports, p. 192 : a We have yet to see how America is going to deal with the problem of the half educated. »
Iju<oloi8, Ouesl. d'liisl. cl d'cus. Nouv. seric. 10
146 guesTiONS d/histoii^e et d'ei^seignement
6clatante de la foi des Am^ricains dans r^ducation : ils y croient au point de d6penser pour elle, non seulement de Fargent, mais leur temps, qu'ils disent si pr6cieux; eux, les hustlers par excellence, lorsqu'il a agit d'6ducation, ils ne sont jamais presses. — En resume, I'opinion des critiques am^ricains les plus s6veres sur I'enseignement secondaire de leur pays est qu'il est loin de valoir, meme au point de vue social, cclui de TEurope continentale. « A I'absolue gratuity pres, I'enseignement secondaire public de I'Eufope continentale realise des k present ce dout les Etats-Unis sont en train de se donner I'^quivalent ou I'apparcnce au milieu d'une agitation indicible. »
Quant a I'enseignement technique, les commiss^^ives de la Commission Mosely se sont tr^s sp6cialement preoccupes de savoir ce qu'il vaut et ce qu'on en pense aux Etats-Unis. Ils constatent que, sur ce point, les theses cheres aux races anglo-saxonnes ont longtemps pr^valu en Am6rique comme en Angleterre : tons les metiers doivent s'apprendre comme celui de forgeron, en forgeant, par le procede de I'apprentissage ; la meilleure 6cole est celle de la vie ; I'dducation gen$rale est un luxe ; I'^nergie et I'exp^rience sont n6cessaires et suffisantes ; etc. En Am6rique, comme en Angleterre, les chefs d'industrie se sont mefi^s longtemps des ouvriers qui se pr6sentaient avec le dipldme d'une 6cole d'Arts et Metiers et des ingenieurs qui se pr6valaient dune scolarite prolong^e pres d'une University ou d'un Institut technologique ; quelques-uns
l'education AUX ETATS-UNIS 147
sen m^fienl encored Mais cela passe. « Le Pennsylvania Railway a r^eemment decide de n'employer que des ing6nieurs gradu^s; aux Baldwin Locomotive Works, ceux qui parviennent aux situations sup6rieures sont d'ordinaire des « College men ». Les Ecoles technologiques ont peine li suffire a la demande, tant leurs anciens eleves sont recherch6s sur le marche du travail. Le systeme traditionnel de I'apprentissage {articled pupils) a presque complfetement disparu^. » <c Les Am^ricains ont une fa^on k eux de consid^rer beaucoup de choses au point de vue m6canique. Une intelligence parfaitement appropri^e h certains travaux est^ k leur sens, comparable a un mecanisme d^licat. Or, ils regardent d^sormais les 6coles techniques comme des esp^ces d'ateliers ou les faculi6s de I'esprit peuvent etre tremp^es et agencees comme les ni6taux le sont ailleurs en vue d'un effet d6termin6. Les « capitaines » actuels de Tindustrie am^ricaine n'ont pas eu, pour la plupart, d'^ducation pr^alable, mais ils en exigent des debutants, car il a 6te d6montr6 que Ting^nieur des 6coles sp6ciales vaut mieux que le contremaitre sorti du rang pour les postes de confiance et d'initiative^. » — Ges manieres de voir, dej^ s6culaires dans TEurope continentale, oti Ton en connait a fond, par experience, le fort et le faible, sont encore parses, en Am^riquc, des attraits
* Reports, p. 184.
« Rapport de W. P. Grosbr, du Parliamentary Industry Committee, ibid. J p. 187 et s.
' R. Rlair, ibid., p. 57. Gf. p. x.
148 QUESTIONS D HlSTOlRIi: KT d'eNSEIGNCMENT
(Ic la nouveautd : un « capitaine » d'industrie en atiribuait dernierement Torigine au « record » 6tabli par un ancien eiudianl de TEcole polytechnique de Zurich qui, entre les ann^es 1880 el 1890, d6montra, parune carri^re tres rapide et tres brillante, la valeur des connaissances th^oriques qu'il avail acquises avant d'entrer en apprentissage. La ferveur de la foi des Am^ricains dans I'^ducalion technique, qui va jusqu'^ la faire durer deux ou Irois ans de plus que chez nous *, s'explique done comme leur enthousiasme pour Tenseignemenl secondaire : ils n'y sont pas encore habilu^s.
Lc dernier el le plus repandu des lieux communs sur 1 education aux Elals-Unis esl que, comme le maitre d'ecole allemand a gagne les balailles de Sadowa et de Sedan, c'est I'excellence de ses 6coles qui est la cause de la grandeur du peuple am^ricain. Mais le bon sens des observaleurs anglais de 1903 en a fail justice. « On exagere, dit Tun d'eux ; en fail, la vivacite qui caraclcrise les Am^ricains esl conditionnec par le milieu plulol que par I'educalion scolaire : le pays a 6t6 colonist par des hommes aven-
' « It is remarkable that a people supposed to be practical, like the Americans, should be prepared to devote so long a period to study I am almost led to doubt whether, in matters
of education, our American cousins may justly be regarded as a practical people. A course^ of study prolonged to an age bordering on 30 rather than 20 implies a most serious limitation on the period during which the individual exercises independence. » (H. E. Armstkong, ib., p. d8.)
l/^.DUCATION AUX ^TATS-UNIS 149
lureux, d'une haute valeur morale ; il a attire pendant des generations les plus hardis des Europeens ; la lutte contre la nature a, pendant des si^cles, d^veloppe renergie et favoris6 I'esprit d'entreprise... » « Ses dcoles, dit un autre, n*ont pas fait du peuple americain ce qu'il est ; il ne leur doit ni son 6nergie, ni son esprit d'entreprise, ni sa force de travail, ni ses merveilleuses ressources naturelles ». « L'education, dit un troisi^me, n'est pas, dans ce pays-ci, la cause de la prosp6rite industrielle. D'abord, les grands progres de I'education aux Etats-Unis ne datent que d'une quinzaine d'ann^es, et la prosp6rit6 est ant^rieure ; elle est due k des hommes qui n'avaient pas d'instruction pr^alable. L'immensit6 des ressources naturelles, une population clairsemee, et, par consequent, obligee de fairc face aux difficultes eiementaires de la vie, ont sauvegarde Tcnergie et Toptimisme d'un peuple qui, d'ailleurs, s'etait recrutc aux dcpens des plus nobles. Pour ce peuple, le travail, de I'esp^ce la plus rude, fut une n6cessit6 quotidienne, mais le travail sain qui se traduit par des resultats positifs et qui vaut des recompenses immediates. » Le Rapport final et collectif des Mosely Commissioners ajoute : « La foi dans leducation a ete, dans le passe, non pas la cause, mais rcfTet de la prosperite americaine ». Le president Roosevelt, recevant ces momes commissaires a la Maison Blanche, au commencement do leur tournee, lour avait declare, de son c6te, tres sensement : « L'education n'a pas fait TAmerique ; mais je pretends que main-
<50 QUESTIONS d'hISTOIRC ET d'eNSEIGNEMENT
tenant, sans T^ducation, TAm^rique serait perdue ». L'^ducation n'a pas fait rAm^rique ; c*est lorsque TAmerique aM6 faite sous Taction de forces infiniment complexes que la fermentation p6dagogique k laquelle nous assistons s'y est produite. Cette fermentation, tres active, le paratt d'autant plus, k distance, que les phases initiales d'un ph^nom^ne analogue sont terminees, chez nous, depuis longtemps. Mais elle est surtout instructive comme sympt6me. Comme symptdme de la tendance gen6rale qui sc manifeste, maintenant que les conditions de la vie aux Etats-Unis se rapprochent de ce qu elles sont en Europe, au parall6lisme ou k la conformity des institutions am6ricaines et europ6ennes. — « Desormais, sans T^ducation, I'Amerique serait perdue. » Sans doute, sans doute ; mais quel chef d'Etat europ6en, depuis cent ans, parlant de son propre pays, n'aurait pas dit la m^me chose ?
DECENTRALISATION ET LIBERTE
Les Frangais, gens du monde, qui vont aux Etats- Unis, en reviennent d'ordinaire avec des paroles am^res pour notre systeme d'administration scolaire. Lk-bas, disent-ils, ni uniformite, ni centralisation, ni tyrannic de I'Etat ; I'initiative locale et I'initiative priv6e ont libre jeu; pas de bureaucratic qui lie les maitres par des programmes imperatifs; les droits du pere de • famille sont respectes; etc. lis concluent en soupirant apres la liberty comme en Am6rique. Qui est-ce qui
L'feDUCATION AUX JStATS-UNlS 151
n'a pas lu ou entendu ces banalit^s, ou ne devine aisement comment M. Paul Bourget, M. Ferdinand Brunei ti^re et les personnes qui sont dans un 6tat d'esprit analogue ont dH les d^velopper?
En presence de cetle litl6t*ature, il semble qu'il n6 soil pas inutile de rappeler quelques faits i^l^mentaines.
D'abord, il ne faut pas prendre au pied de la lettre Taffirmation qu'il n'y a point, en Am^rique, un systeme d'administration scolaire. L'uniformit6 dusysteme en vigueur, pour 6tre spontan6e, et non pas impos6e d'en haut (par le Gouvernement f6d6ral), n'en est pas moins remarquable. Dans son livre sur Vinslruction publique aux Eiats-UniSi public en 1872, G. Hippeau ^crivait d6j^ : « En comparant les r^glements adopt6s par chaque Elat de TUnion, on s'apergoit que I'ind^pendance absolue dans laquelle ils se trouvent les uns k regard des autres n'a nullement pour consequence le d^sordre et la confusion. » Les commissaires de la Commission Mosely le r^p^tent en 4904 : « Public Education in the States has already sliaped itself into a system, rapidly taking a well defined form. »
Le regime en vigueur dans toute 1' Union reconnait k I'Etat {k chaque Etat) des droits assez 6tcndus en mati^re d'instruction publique. Des 1647, la « Gour g6n6rale » de la Golonie du Massachusets passa un Act pour obliger toute communaute {township) de cinquante families k entretenir une 6cole. De nos jours TEtat exige de m6me que les townships fassent leur
152 Ot'ESTIONS d'hISTOIRE ET d'eNSEIGNEMENT
devoir k cet egard*; determine legislativement les pouvoirs du Comite qui, dans chaque township, preside a 1 'administration des 6coles; et exerce sur ces ecolcs unc surveillance plus ou moins active. Rien n'emp^che, d'ailleurs, les Etats de fonder eux-m^nnes des 6coles : la plupart des Etats dc TUnion ont fond6 et d^fraient, dans les m^mes conditions que TEtat fran- ^ais ou I'Etat allemand, des Colleges d'agriculture, des Universites ou des Ecoles normales^.
Pour s'occuper des ^tablissements scolaires que I'Etat les force k entretenir et de ceux qu'elles ont cre6s par surcrpit, les communes instituent, conform6ment aux prescriptions de la loi, des Comit^s sp^ciaux (Boards of Education), dont les membres sont 6lus. Et c'cst le Board of Education qui choisit, dans chaque localite, le « surintendant » etles autres fonctionnaires qui administrent, en toute liberty ou peu s'en faut, le service local de I'instruction publique. — II est done vrai que I'administration scolaire, aux Etats-Unis, est tres « d6centralis6e ». Mais decentralisation n'est pas n^ccssairement, comme on atoujours I'airde le croire, synonyme de liberty ou de lib^ralisme.
* Gf. plus haut, p. 139. On reproche k beaucoup d'Etats dene pas I'exiger avec assez d'energie : « The most serious defect of our educational system is that most States do not sufficiently insist that the localities shall provide schools of a high character, with properly trained teachers. » (A. Bushnell Hart, Actual Government, N. Y., 1904, p. 540).
* Les Etats de TUnion d6pensent par an pour Tinstruction publique une somme globale de 44 millions, et les localites 184 millions de dollars. Soit 3 dollars et demi par t6te d'habit?int.
l'ii:ducation AUX ETATS-UNIS 153
Daris les communes de second ordre et dans quelques grandes villes comine Boston, les membres du Board of Education sont 6lus direclement par lescontribuables. Dans les grandes villes, comme New York, Washington, Philadelphie et Chicago, ils sont choisis par le maire seul, assists d'autres officicrs municipaux. 11 va sans dire que le premier de ces deux systemes passe pour le plus d^mocratique et, par consequent, pour le plus « americain » ; et que le second a 6t6 imagin6 pour assurer la presence permanente dans les Boards d'hommes particuli^rement 6minents ou cornpatents. — ' Un tr^s agreable et tr^s exact roman de Robert Grant, Unleavened Bread (1900), met en sc^ne une campagne 6lectorale dans la petite ville de Benhani sur le point de savoir si le School Board local continuera, ounon, d'etre ^lu directement. « Mes amis, dit un des personnages, nous sommes r6unis ce soir pour protester centre le dessein d*enlever au peuple souverain decette ville un de ses plus chers privileges, le droit de decider qui doit dirigerla politique de notre syst^me d'ecoles publiques, cet heritage inestimable des Am6ricains n^s libres. » Finalement, la question estport^edevant la legislature de TEtat. L'attorney des partisans d'un appointed Board plaide que le comit6 scolaire de Benham, tel qu'il a existe jusqu'alors, est un corps informe de vingt-quatre membres : I'habitude s'est etablie d'y nommcr les politicicns qui d6butent dans la carri^re ; il se compose d'ambitieux sans competence speciale. Mais cctte plaidoierie sonne mal aux oreilles de la commission legislative : « Voulez-vous
154 QUESTIONS D*HIStOIRR ET d'eNSEIGNEMENT
dire, interroge un des commissaires, que les 6coles de cet Etat ne sont pas parmi les meilleures, sinon les meilleures du monde? » — « Je reconnais, r^pond prudemmenl ratlorney, les m^rites de notre syst^me, mais j en vois aussi les d^fauts. » N6anmoins, sa caiise est perdue. L'avocat du parti contraire ach^ve la d6route des r6formateurs pan un discours d'autant plus adroit qu'il est « trfes mod6r6 » : « L'assembl^e ne favorisera certainement pas le passage d'un bill qui tendrait a priver T^lecteur intelligent d'une de ses plus pr6cieuses prerogatives; il n'en est pas moins hcureux que I'attention publique ait 6ie attiree ainsi sur la necessite de choisir avec le plus grand soin les membres du School Board. Nous disons k nos adversaires : Oui, nous sommes avec vous pour d^sirer que le haut office de gardien de nos 6coles publiques ne soit confix qu'k des hommes de m6rite, conform^ment aux traditions de nos anc^tres; mais si vous cherchez, foulant aux pieds ces traditions, k imposer h cette communaute une methode 6trangere, qui ne pent alleguer d'autre justification qu*une defiance deguisee des theories d^mocratiques et du peuple am6ricain, alors je m'eieve et je suis stir que cette assembl^e s'elevera avec moi contre vous ^ )j!
* M. Anderton, membre anglais de la Commission Mosely, tient de m6me pour la methode d6mocratique. II est choqu6 de Telection k deux degres qui se pratique ^ New York et ^ Chicago : « It strikes one from England as very strange that in America the people should be satisfied with such an antidemocratic method of constituting the authority having charge of educatioti ». Reports..., p. 3.
l/lfcOUCATION AUX 6TATS-UNIS 155
Un School Board, qu*il ^mane du suffrage universel au premier ou au second degr6, peut, ou bien avoir la pretention de a diriger » lui-m^mc les ^coles locales, ou d^l^guer une partie de ses pouvoirs. II n'est pas sans exemple, tant s'en faut, que des Boards^, se pr6yalant du mandal illimit6 qui leur a 6t6 confi6 par des «c eiecteurs intelligents », se croient qualifies pour se m^ler de tout ce qui concerne les ecoles, et multiplient k cet effet les « commissions executives » [executive sub-committees). Mais, d'ordinaire, on a 6t6 amen^, par la force des choses, k reconnattre que, en principe, le Board doit se r^server la decision dans les questions g^n^rales et de finances, et confier I'administration scolaire proprement dite (school management) k des fonctionnaircs sp6ciaux, liicrarchis6s sous un chef.
<( Les details de Fadministration scolaire, dit M. A. Bushnell Hart, sont k regler par des administrateurs, liommes du metier, absolument comme ceux de I'administration des chemins de fer sont regies par des ing^nieurs de profession. De mon experience personnelle dans un School Board urbain, je conclus que les Boards feraientbien de so confiner dans l^tudo de certains problomes (introduction de nouvellos branches d*6tudes dans les programmes, creation de nouveaux types d'^cole, developpement dos Kindergarten et des Manual Training Schools , 6tablissement de methodes convenables pour verifier I'aptitude des maitres); aux experts revient le reste, c'est-a-dire Tarrangement des programmes, la construction des maisons d'6cole, le
!56 QUESTIONS d'hISTOIBE ET d'eNSEIGNEMENT
choix dii mobilier el des livres scolaires, etc.* » — En fait, le chef de la hierarchic administrative, institu6 par le Boards qui porte Ic titre de « Superintendent », dispose le plus sou vent d'un pouvoir autocratique. Car c'est lui qui choisit les maitres ; de lui dependent les promotions; le personnel est dans sa main. Et, s'il est habile et <^nergique — s'il a, comme on dit, de Tautorite — il fait du Board tout ce qu'il veut. Les Anglais de la Commission Mosely ont constate cet 6tat de choses avec la plus vive surprise. « Le gouvernement des surintendants am6ricains, dit le rev. A. W. Jephson, membre du School Board de Londres, est pratiquement absolu. Je ne suis pas certain que le peuple anglais s'accommoderait d'un pareil regime. II a des avantages : unite de direction, direction par un expert, discipline du personnel, etc. [Les avantages de la tyrannic, si le tyran est un bon tyran.] Mais il a les. inconv^nients ordinaires de Tautocratie et d^courage les bonnes volont6s particulieres. » « Le grand inconvenient que je vois a ce systeme, dit, de son c6t6, M. Shepheard, president du Technical Education Board du London County Council, est que I'^ducation aux Etats-Unis est ainsi dirig^e par des fonctionnaires pay^s, dont c'est le metier^ » M. M. E. Sadler conclut : € On constate en Am^rique la force ascendante des tendances k la centralisation et a I'absolutisme d'experts commissionn^s ad hoc dans les questions d'^du-
* A. Bushnell Hart, Actual Government, p. 551 .
* Reports... p. 211, 253. Cf. p. 124.
l'edugation AUX ETATS-UNIS 157
cation, a cause des n6cessit6s administratives, et parce que le syst^me contraire de radministration directe des 6coles par les 61us du suffrage universel a 6chou6. Dans plusieurs grandes vilLes am^ricaines, le surintendant est roi. Chose singuli^re s'il se d^veloppait, comme il semble, sur le sol des Etats-Unis, une forme nouvelle de gouvernement local : I'autocratie d'experts investis d'une dictature a temps*. »
II ne suffit pas, en v6rit6, que Tadministration do I'instruction publique soit locale, au lieu d'6tre nationale, pour que tout soit pour le mieux. On m6dit, ici, de Tomnipotence de notre bureaucratic d'Etat. Mais, apr^s tout, le regime fran^ais et allemand supprime radicalement ou attenue beaucoup une foule d'abus possibles et qui se voient ailleurs. — Les enormes budgets de Tinstruction publique sontvot6setemploy6s regulierement, en France et en Allemagne; aux Etats- Unis, le president Eliot, faisant r^cemment I'^loge des ecolcs de Saint-Louis (Missouri), attribuait Icur prosperity a cette circonstance exceptionncUe quelc Board
* Special Reports on Educational Subjects^ XI, ii (1902), p. 462. — Ge regime est, du reste, en parfait accord avec I'esprit general des institutions americaines, qui preffere nettement, du haut en bas, le gouvernement dictatorial par des individus responsables au gouvernement anonyme des assemblees : « The State, or City departments of education, the universities, colleges or high schools, all alike are controlled to an extraordinary degree by the president or director, the theory being that the strong government of one carefully selected man is superior to the best possible government of committees. » (T.-G. Foster, dans Reports,,., p. 125).
local peut compter sup des revenus reguliers*; elrien n'est plus commun, dans les journaux am^ricains, que de virulentes accusations au sujet de la dilapidation des « school funds »^, — Ici, Imfluence des politicians sur les ^coles est relativement faible, car les maitres ont des droits et des garanties. Que ceux qui trouvent ces droits et ces garanties insuffisanies cornparent leur sort a celui des maitres am6ricains, engages pour un temps, et k la merci des exigences ou des intrigues locales. On entend dire Ik-bas que la discipline scolaire souffre de ce que les 6l^ves savent tr^s bien que le maitre peut 6tre renvoy^ du jour au lendemain lorsqu'il ne plait pas au public dont leurs parents font partie ; et que si Fenseignement n'est pas encore aux Etats-Unis une profession r^guliere, ce n'est pas seulement a cause de I'insuffisance des salaires : c'est parce que I'absence de s6curit6 et d'ind^pendance en
* « Your board is in a position to exercise foresight in the matter of expenditures, to an extent not true elsewhere. They know what the income will be, and can depend upon it for next
year after ; so that they can look ahead You have wisely
given your board absolute control of the schools, with a school fund fixed at so many mills of taxation upon every dollar of taxable wealth, so that they can depend upon a stability of income. Where else is there such independence of action? Certainly not in New England or the Eastern cities. »
* Extrait d'un journal de Chicago, oct. 1904 : « The reason for this hurtful action toward the pupils on the part of the School Board is the lack of money in the school fund. The tax dodgers have been highly successful in evading their responsability to the public schools. Another cause of loss to this educational fund, which should be held sacred from looting in every form, is the method employed by State's Attorney D*** to make himself a rich man out of fees while in office* »
d^goAte*. — Les professeurs frangais se plaignent parfois des programmes qui leur sont imposes et de I'autorit6 qu'exercent sur eux des administrateurs, inspecteurs, proviseurs, etc., plus ou moins bien choisis dans leurs rangs par la favour minist^rielle, Mais, k New York , le nombre des supei'visors (inspecteurs) sous les ordres du surintendant est « absurdement grand »; il n*est pas permis de s'6carter des programmes approuv6s par le surintendant ni d'adoptcr des livres de classe qui ne soienipas sur sa liste. L*iniliative des direcleurs d'^coles {headmasters) cuxm^mes est plus restreinte qu'en Europe^. Tout est conduit militairement. — II n'y a pas, comme on sait, de tyrannies plus lourdes que les petites tyrannies locales *.
Les admirateurs des institutions am^ricaines, qui
les admirent parce qu'ils ne les connaissent guere
et surtout parce qu'ils d6testent les notres, ou
T5krce qu'ils ne dirigent pas les ndtrcs, sont bion
oblig<^s, lorsqu'on les invite a regarder de pr^s, d'ac-
* Reports, p. 12, 168. Gf., au sujet de i'influence des politicieiis sur les ecoles, The Forums oct.-dec. 1903.
• Ibid., p. 3, 13 : « As they work to a common programme, both the freedom of the high schools and the responsibility of their directors is limited in a way althogether unknown here [en Anglelerre], perhaps to an unfortunate extent... »
■ Voir, au sujet de I'administration des ecoles americaines, des School BoardSy des surintendants, de I'intervention des politiciens, etc.. le livre de W. E. Chancellor, qui vient de paraltre : American Schools^ their administration and supervisiori (Londres, 1905).
corder tout ce qui pr^c^de ; mais ils se retranchent aussitdt dans des positions qu'ils croient plus fortes.
— La decentralisation, telle qii'elle existeen Am6rique, ne permet-elle pas plus de variety que chez nous? Les programmes sont imp6ratifs; mais, par cela m^me qu'ils ne sont pas 6dict6s pour le pays tout entier, ils sont sans doute mieux appropri6s aux besoins locaux. D'autre part, en admettant que la liberty ne soit pas plus grande que chez nous dans Venseignement public, la liberty de I'enseignem.ent priv6 est complete ; et c'est I'essentiel. Ghaque confession (c'est 1^ le point, comme on sait) peut ouvrir des 6coles et enseigner k sa guise, sans controle. Que ne peut-on pas attendre d'un pays qui jouit d'un bienfait si inestimable?
La premiere de ces deux positions nouvelles. est extr^mement forte : il est trop clair, en effet, que la decentralisation — comme la centralisation, du reste
— a aussi des avantages. L'id^al serait de concilier ce qu'il y a de bon dans les deux systemes. Mais c'est k quoi, precis6ment. Ton travaille de nos jours en Am^rique comme en Europe. Dans I'Europe continentale, ou c'est la centralisation qui est traditionnelle, on commence k tolerer, etmeme k encourager, des experiences et des adaptations locales, et k accorder aux ecoles unecertaine autonomic. Aux Etats-Unis, 6u toute ia tradition nationale est dans le sens oppos6, on commence a ouvrir les yeux aux inconvenients d'un mor- 'cellement excessif et k imaginer des proc6des d'unification. Le principal de ces proc6d6s est sans doute Y Accrediting system que la plus ancienne et la plus
florissante des Universit^s d'Etal, celle du Michigan (Ann Arbor), met en pratique depuis trente ans avec succ^s et qui, adopts successivement par la plupart des Universit^s du Centre et de TOuest, se r^pand maintenant dans I'Est, de sorte qu'il parait destine a s'universaliser. V Accrediting system permet d'imposer certaines exigences communes aux etablissements secondaires, autonomes, qui pr^parent des 61^ves aux 6tudes universitaires. L'Universit6 de Michigan dispense, depuis 1872, de tout examen d'immatriculation les (^tudiants qui lui arri vent avec un certificat d'^tudes d^livr^ par une 6cole « accr^dit^e »; ma is TUniversit^ n' « accr6dite » que les 6coles ou le niveau des etudes est honorable et qui lui permettent de s'en convaincre par des inspections r^guli^res. En 6change des privileges qui r6sultent pour elles de cette esp^ce d'affiliationS rUniversit^ oblige ainsi les 6coles k se con former k des regies identiqucs, pour le bien des etudes. Le r6sultat, dans les Etats oil V Accrediting system a 6t6 mis en vigueur, est que tons les 6tablissements accr6dit6s ont pris un air de famillc ct que « tout le syst^me d'6ducation a 6te singulierement unifie et fortiri6 )). « De la sorte il est loisible aux hommes les plus intelligents des Universit^s americaincs de dinger Tcruvre des ^coles secondaires et de lui donner, pour
* L'immatriculation des anclens 61^ves sans examen n'est pas le seul avantage qui resulle de raffiliation : les scholarships (bourses) universitaires ne sont plus donnees au concours, mats reparties entre les 6coles accreditees par TUniversite au prorata du nombre de leurs el^ves.
i.Aiir.LOis. OiiPsL d'hisl. el d'ens. Noiiv. 8<^rie. 41
ainsi dire, sa forme*. » — Dans le Minnesota, les 6coles qui d^sircnt 6trc plac6es sur la liste « accr6dit6e » soni inspectees par des fonclionnaires sp6ciaux {High School inspectors), d6sign^s, non par TUniversit^ de I'Etat, mais par un State High School Board dont le president de I'Universit^ de I'Etat est le pr6sident-n6. — II est a notep, en outre, que V Accrediting system s'6tend, non seulement en surface, dans tous les pays de I'Union, mais en profondeur : la NofHh Central Association of Colleges and Secondary Schools a nomm6 en 1901 une commission pour ^laborer un plan « de nature h procurer un degr6 d'uniformite raisonnable » dans les 6coles qui pr^parent aux « Colleges » secondaires : a I'exemple des Universit^s, les Colleges qui font partie de cette Association n'admettront d^sormais sans examen que les anciens Aleves d'^coles accreditees; et ne seront accreditees que les ecoles qui pratiqueront un cours d'etudes defmi. Au sentiment des pedagogues americains, cette decision prise par ['Association of Colleges est un des ev6nements les plus caracteristiques de ces dernieres annees^. —
' Reports..., p. 117, 241, 288, 319.
* « I believe that this movement of the North Central Association defining units of study and the way in which these should be pursued, together with the simplification and unification of high school inspection by the various Universities and Colleges, will prove the most important uplift given the high school for many a day. It will furnish something systematic and scientific which will form a guide for all schoolmen to follow » (A. -8. Whitney, cite par le president Harper, dans les Addresses and Proceedings of the National Educational Association, 1902, p. 360). — Sur les antecedents et rhistorique du mouvement, voir
l'^uucation AUX ETATS-UNIS 163
Tout concourt ainsi k d^montrer que les Am^ricains aspirent h so d^barrasser, autant que possible, de la decentralisation qu'on leur envic, ou plutdt h en corriger les effets, qui sont fdchcux.
Quant ^ la a liberty de I'enseignement )>, au sens pr6cis.de cette expression dans la politique frangaise, elle est k peu pr6s illimit^e aux Etats-Unis. N'importe qui peut enseigner n'importe quoi, s'il trouve des Aleves; les pbuvoirs publics, qui ont leurs 6coIes, se d6sint6ressent de cette concurrence. Et ce n'est pas ici le lieu d'examiner si cette attitude est bonne ou mauvaise, imprudente ou sage. Mais quelques faits sont k m6diter.
1° Un parti considerable, aux Etats-Unis, regrette que la liberty de renscigncment soit excessive dans ce pays. «Aucune communaute am6ricaine n'a, jusqu'ici, adopts le syst^me fran^ais de dcmander quelques garanties aux gens qui font metier d'enseigner... II serait pourtant raisonnable que I'Etat, qui delivre des licences aux droguistes, exigeat des maitres qui enseignent dans les 6tablissements priv6s des preuves de capacity... G est exag^rer aussi I'application des principes que de souffrir Tetablissement d'^coles ei^mentaires privies 0(1 Tenseignement est donn6 dans une autre langue que I'anglais. » (A. BuslincU Hart, Actual Government, p. 540.)
2** U faut faire des distinctions parmi les 6coles « privies ».
K. E. Brown, The making of our middle schools ew (NYork, i903). chap. xvii.
A l*est des Alleghanies, il y a beaucoup d*6coIes secondaires de ce genre. Cela s'explique hisloriquement, parce que, dans celte region, les pouvoirs publics n'ont cntretenu longtemps que des 6coles 616mcntaires ou primaires; des lors il 6tait inevitable que des ecoles secondaires ou sup^rieures fussent fondles par des particuliers ou par des associations : par des gens riches et z616s pour la haute culture, qui firent des donations (endowed schools); par des sp6culateurs qui virent 1^ une operation lucrative ; enfin par des associations religieuses, avec des intentions de propagande confessionnelle. Toutes ces 6coles subsistent aujourd'hui h c6t6 des 6coles publiques qui ont surgi depuis, non seulement parce que leur pass6 les a, pour ainsi dire, consacrees, mais parce qu'elles ont encore des raisons d'etre : elle sont payantes, parfois tres coiltcuses, et les gens qui ont de I'argent les pr6- Kreraient d6ja, pource seul motif, k la public school d^mocratique ; elles ofTrent en outre aux families k leur aise des avantages positifs que la meilleure des public schools ne saurait presenter : I'internat k la campagne ; soins sp6ciaux pour les enfants d6licats ou arri6r6s; personnel mieux pay6 que celui des 6coles publiques et par consequent choisi, d'ou niveau d'6tudes sup6rieur. Les plus florissants des etablissements secondaires aux Etats-Unis, ceux que Ton fait visiter de preference aux etrangers, sont les grandes Boarding Schools de I'Est, qui ont des ressources personnelles et dont les fonctionnaires ne sont pas k la nomination desautorites. La plupart de ces etablissements ont, tou-
lefois, un caractfere semi-public, en ce que les Gouvernements leur ont conKr^ des chartes et leur viennent en aide par des. exemptions totales ou partielles d'impots.
Mais le cas des grandes Boarding Schools de I'Est n'est pas du tout le m^me que celui des 6coles jonmaires libres, infiniment moins connues, dont on constate Texistence dans toutes les regions des Etats-Unis. Gelles-ci n'ont pas 6t6 6tablies k I'origine pour comblerdes lacunes, car il y en a aussl dans les communaut^s nouvelles de I'Ouest, comme celles de TOklahoma, dont le premier soin, lorsqu'elles naquirent, fut de se bdlir des 6coles primaires publiques. Elles n'ont pas de caractere commercial puisque, gratuites comme les 6coles publiques, elles coiltent cher et ne rapporterit rien a ceux qui les entretiennent. Le personnel n'en est pas plus choisi que celui des 6coles publiques, ^tant encore plus mal pay6 ; et tout le monde reconnait, au contraire, qu'il est inf^rieur. 11 s'agit done, il ne peuts'agir que de propagande religieuse. Gertaines sectes considerent, en cffet, Tecole publique comme funeste pour la foi de leurs ouailles; et ce sentiment est assez vif pour les conduire a s'imposer des sacrifices tres lourds. Les membres de ces sectes acquittent, comme tout le monde, les taxes scolaires publiques, et contribuent, en outre, de leur plein gr6, aux frais de leurs 6coles confessionnellcs, d'ou tous les « gentils » sont exclus.
Le peuplc am^ricain a tol6re tres volontiers, jusqu' ici, les 6coles primaires confessionnellcs. 11 est un
peu choqu6, certainement, dans sa naive satisfaction de lui-m^me, que V « 6cole publique am6ricaine » inspire des scrupules de conscience k des citoyens am6ricains. Cette 6cole est neutre ; il n'y est jamais question de religion; la Bible m6me y est interdite, crainte de choquer les Eglises qui n'en pratiquent pas la lecture. La neutrality absolue n'est-elle done pas le seul sysleme qui, dans un pays ou les sectes sont innombrables, soitpropre^ ne blesserpersonne? Mais, apres tout, les gens sont bien libres. S'ils croient leur foi si fragile que Icurs enfants aient besoin, pour la conserver, de ne point apprendre k lire et k 6crire sous des maitres qui ne la partagent pas ou qui ne I'enseignent pas, c*est leur affaire; ccla n'a d'inconv^nients que pour eux^. — Ajoutons que les 6coles primaires confessionncllcs sont relativement peu nombreuses. Deux ou trois sectes seulement en ont : TEglise catholique romaine, la haute Eglise 6piscopale et FEglise luth6riennc. Elles n'enlevent aux 6coles publiques quun treizifeme environ de la jeunesse nationale. La concurrence parait sans danger et le d6chet insignifiant^.
• Qui se proposerait detudier k fond la question des ecoles confessionnelles aux Etats-Unis devrait tenir compte d'un tr6s curieux pamphlet dirige contre ces 6coles par un pr6tre catholique dissident : J. J. Crowley, The parochial School. A curse to the Churchy a menace to the Nation (Chicago, 1905).
• Et puis on n'y pense pas. L'exposition des 6coles priv6es des litats-Unis k TExposition de Saint-Louis a 6t6 une surprise: « The display [des 6coles lutheriennes] is noteworthy as a reminder of the existence of .an influential organization of denominational schools concerning which the country at large is but little informed ». [The Forum, oct. 1904, p. 260.)
l'edugation aux etats-unis 167
Gependant, de deux choses Tune : oule catholicisme, ralliant autour de lui les aulres Eglises sacerdolales, deviendra aux Etats-Unis la puissance formidable que quelques-uns entrevoient d6ji* ; ou il restera k Petal de minority tenue en ^choc. Dans le second cas, il n'y a pas de raison pour que le peuple am^ricain ne laisse point, k I'avenir comme par le pass6, les 6coles primaires confessionnelles courir leurs chances, v6g6ter ou mourir de leur belle mort. Si I'autre hypothese sc r^alisait, nul ne pense 1^-bas et personne ne doit penser ici que le peuple am^ricain verrait sans s'6mouvoir les 6coles confessionnelles ^touffer I'^cole publique ou pr^tendre, comme quelques-uncs Tont d^jk fait timidement*, k partager avec elle I'argent des taxes scolaires. La liberty de renseignement existe aux Etats- Unis ; mais les lois et les moeurs interdisent absolument aux pouvoirs publics de subventionner lenseignement de la religion et des 6coles destinies a prot^ger des croyances religicuses, quelles qu'elles soient. Liberty? oui, tant qu^clle est sans danger; mais, sous couleur de liberte, participation aux privileges legitimes de Tenseignement public? jamais.
Un derniermot. Les « Colleges » et les «Universit6s » qui ont ^16 fond^s jadis par des denominations religieuses, surtout dans la region de TEst, se sont
* Cette hypothese est generalement consideree comme absurdo par les Americains. Mais ies etrangers clairvoyants sont d'un autre avis. Voir, par exemple, Ic sentiment du professeur Rhys (de rUniversit^ dOxford). dans Reports, p. 316.
* Special Repor Is on Educational Subjects, XI, p. 453.
168 QUESTIONS D HISTOIRE £T d'eNSEIGNEMENT
d6pouill6es peuapeu, plus ou moins, de tout exclusivisme confessionnel, k Texception de rUniversit6 catholique de Washington. Ges 6tablissements sont maintenant ou verts k tout le monde. Aucun test n'est impost aux maitres qui y enseignent (si ce n'est dans les FacuU6s de th^ologie, ou e'est bien naturel). La plus r^ccnle des Universit^s de ce genre, celle de Chicago, est bapliste ; mais toutes les croyances y sont admises et profess6es jusqu'al'agnosticismc inclusivement; elle est m6me anath^matis^e, pour ce motif, par les Baptistes orthodoxes.