ORGANISATION DES ETUDES
Nous avons en Europe une id6e assez nette de ce qu'est I'enseignement primaire, Tenseignement secondaire, I'enseignement sup^rieur, et des differences entreces trois degres de I'enseignement public. 11 n'en etait pas ainsi au moyen dge. Et, dans les pays de langue anglaise, les choses sont demeurees jusqu'a nos jours, sur ce point, dans une confusion presque m^di^vale.
En Europe, la coordination des degres de I'enseignement public, primaire, secondaire et superieur, n'est pas un probleme pressant. On cherche, il est vrai, k faire en sorte que la transition du primaire au secondaire soit de plus en plus facile K On discute pour
' Notamment en supprimant, au programme des classes. preparatoires de nos lycees, tout ce qui n'est pas au programme
l'educatjon aux etats-unis 169
savoir si les lyc^ens barbus, (c v6t6rans » de premiere ou de math^matiques sp6ciales, ne seraient pas mieux k r University. Mais c*est tout.
Dans les pays de langue anglaise, au contraire, la question de la> a coordination » est en premiere ligne a Tordre du jour de la politique scolaire. L'Anglelerre est si arri^r^e k cet 6gard que quelques observateurs anglais admirent TAm^rique d'avoir trouv6 la solution du probl^me *. Mais c'est de quoi les Am6ricains euxm^mes ne se flattent pas encore. lis ont conscience de se d6battre, ici, dans une situation qui n'est pas satisfaisante, que I'histoire leur a faite, dont ils n'esperent pas sortir de si tdt et dont voici, en peu de mots, les elements.
II y avait, autrefois, aux Etats-Unis comme dans TEurope du meme temps, des 6coles primaires publiques et des « colleges w, fondations privies, ou Ion cnseignait les humanites. Oril est arriv6 que beaucoup de colleges se sont d^velopp^s par en haut ou par en bas. Geux qui se sont d6velopp6s par en bas se sont annexe des « 6coles pr^paratoires ». Geux qui se sont d6velopp(5s par en haut sont devenus des « Universit6s » : la plupart des Universit^s americaines sont
lies 6coles primaires correspondantes. Co quine va certainement pas sans quelques consequences f^cheuses : Tenseignement des langues vivantes, par excmple, commence maintenant Irop tard.
* Reports of the Mosely educational Commission (1904), p. 98. « America is undoubtedly far in advance of this country in that its educaUon is graded and coordinated from the Kindergarten to the Universitv... »
des colleges sur et autour desquels ont pouss6 toutes sortes de FacuU6s ou d'Ecoles sup6rieures ou professionnelles; elles ressemblent ainsi, tres singuliferement, aux Universit^s du moyen dge o(i les Facult^s sup^rieures ou professionnelles (Th^ologie, Droit, M6' decine) avaient 6t6, pour ainsi dire, superpos^es k la F'acult^ fondamentale des Arts, dont les 6tudiants, de ires jeunes gens, faisaient des 6tudes g6n6rales. Gette forme d'Universit^ qui s'explique historiquement — l'Universit6 dont le coeur est un « college » d'humanit6s — parait si normale aux Am6ricains que lesfondaieurs de nouveaux ^tablissements universitaires I'ont, d'ordinaire, reproduite ; les plus r6centes comme les plus anciennes des Universit6s am^ricaines sont, k la fois, des Universit^s et des lyc^es ou des gymnases ; rUniversit6 de Worcester (Mass.), dont son fondateur avait voulu faire exclusivement une 6cole de hautes etudes, a et6 recemment obligee de s'assurer, comme les autres, une pepiniere d'etudiants en ouvrant, elle aussi, un « college ».
D'un autre cote, les ecoles primaires publiques ont prosp6r6 et nous avons vu* que, pour faciliter aux Aleves de ces 6coles la continuation de leurs 6tudeSj des High Schools ont ete crepes. Un enseignement « secondaire » est donn6, aujourd'hui, dans plus de six mille High Schools. De la, les difficult6s que Ton devine : quelles seront les relations entre Tenseignement secondaire des « Colleges », d'origine tradition-
* Voir plus haut, p. 138 et suiv.
l'eDUCATION AUX ETATS-UNIS 171
nellc, et le nouvel enseignement secondaire des High Schools, lequel est comme une inflorescence sur la lige de renseignement primaire? La high School sera-t-elle pr^paratoire au « College », ou lui fera-t-ellc concurrence ? Comment, s'il y a lieu, s'op6rera le passage de la High School au College ? — Avec ce qui a 6t6 6crit la-dessus, on emplirait une bibliotheque ; et ce n'est pas fini.
Autant qu'un stranger peut en juger, les inconvenients de I'incoordination sefontsentirprincipalement, aux Etats-Unis, sur trois points :
1<> On pourrait croire que la transition de T^cole primaire k r^cole secondaire 'du type High School, qui continue, par definition, T^cole primaire, ne souffre aucune difliculte. Et les enfants passent tres ais^ment, en effet, de Tune ^ Tautre. Mais I'operation se fait pourtant si mal qu'ils y pcrdent, d'habitude, un an ou deux de leur vie. Si, comme tout le monde le constate, TAm^ricain qui sort h dix-huit ans de la High School est en retard d'un an ou deux sur I'Europc^en du mi^me Age qui a fait des 6tudes analogues, c'est, en grande partie, parce que, en Amerique, I'acces aux (!»tudes secondaires n'a pas et6 bien n^gl6. L*6cole primaire dure jusqu'^ quatorze ans, et les 61^ves n'y font rien, pendant les derni^res annt^es qu'ils y passent, qui les prepare aux 6tudos secondaires : il somblerait injuste (invidious), parait-il, dy dilTerencier « vers douze ans, r^ducation de I'enfant qui n'a pas Tintcntion d'aller plus loin que Ti^cole primaire, et celle de ses
camarades, les futurs Aleves de la High School ». Le r^sultat est que 90 pour 100 des enfants de quatorze ans, au sortir de I'^cole primaire, vonta IdiHigh School; mais que, peu habitues k un travail inlellectuel s6rieux et rebules par les connaissances nouvelles dont lis sont aussitdt accabl^s, le tiers d'entre eux se retirent, pour entrer dans la vie, au cours de la premiere ann^e, tandis que les autres, pendant les quatre ans que dure la scolarit6 de la High School, ont unc peine infinie k rattraper le temps perdu ^ Le remade serait evidemment d'introduire des cours facultatifs k I'usage des futurs 6l^ves de la High School dans les deux derni^res ann^es du curriculum primaire ou d'allonger de^ deux ann6es prc^paratoires le curriculum secondaire : la clientele des High Schools quitterait I'ecole primaire a douze ans. Ges solutions ont 6t6, bien entendu, suggerees a sali^t^ ; mais elles n'ont encore 6t6 adoptees que (^k et la.
2** Relations entre le High School et le College. G'est le point le plus delicat.
Si les High Schools bornaient leur ambition, comme elles I'ont fait d'abord, a preparer aux colleges, la marche des etudes serait r6gl6e d'une nianiere tres intelligible. Ecole primaire jusqu'^ quatorze ans ; High School, correspondant aux premiers cycles de I'enseignement secondaire k la fran^aise, jusqu'k dix>huit; College, ou dernier cycle de Tenseignement secondaire, a partir de dix-huit ans, s'etendant sur deux ou trois
' Reports..., pp. 113, 134.
l'eDUCATION AUX IfiTATS-UNIS i73
ann^es, jusqu'au grade (baccalaur^at) qui ouvre Facets de I'Universite propremenl dite. Dans ce syst^me, le rdle de la High ^ScAooi est dedonnerles dements dune culture secondaire a ceux qui n'en demandent pas davantage, et de dispenser les colleges d'entrelenir des 6coles pr^paratoires. Alors la concurrence n'est pas entre la High School et le College^ mais entre la High School et les 6coles pr6paratoires au college, academies priv6es ou preparatory schools des colleges eux-m^mes. Quant au passage de la High School au College, il peut se faire de deux manieres. Ou bien chaque college impose un examen d'immatriculation a Tentr^e de ses cours; c'est ce qui sest pratiqu^ longtemps ; mais les r6sultats furent fdcheux : toute Tactivite des High Schools risquait de se tendre vers la preparation des programmes de I'examend'entree*. Ou bien le certificat d'6tudes deiivr6 par la High School est consider^ comme sufTisant pour Tadmission au College, sous certaines conditions. Ce dernier regime, inaugur^ dans le Michigan d6s 1871, est aujourd'hui fort k la mode sous le nom d' « Accrediting system ». La plu-
* Inconvenients analogues k ceux de notre baccalaureat, mais aggrav^s par la variete des programmes : autant de programmes d'immatriculation que de colleges : « The College examination was the chief end and aim of much of the work offered by our secondary schools. There appeared a marked tendency to substitute a cramming process for real educational procedure. Teachers in secondary schools were too largely turned aside from the independent investigation of the essential problems of secondary education to more petty inquiries as to the exact naturi' of the entrance examinations at certain colleges u (K. li. Brown. The. making of our middle schools^ 1903, p. 371).
174 QUESTIONS d'hISTOIBE Et D*ENSEIGNEMENT
part des colleges universilaires dispensent d6sormais de loute epreuve d'immatriculation les jeunes gens qui ont fait leurs etudes dans les ecoles « accreditees », c'est-k-dire approuvees et surveill6es par eux. Pour obtenir la faveur d'etre. plac6es sur leur lisle d'ecoles accreditees, les High Schools se soumeltent volontiers k rinspection des grands colleges. De la sorte ce sont les 6coles, et non pas les Aleves, qui sont examines ; et les cycles successifs de I'enseignement secondaire se trouvent articul6s sans efforts
Mais il y a college et college. Dans une foule de petits colleges, qui veg^tent, les etudes secondaires ne sont pas d un niveau ^uperieur k celui qu'elles ont ou qu'elles devraient avoir dans une High School convenable. II s'ensuit que les High Schools aspirent, non pas tant a se faire accrediter par les etablissements coliegiaux de second ordre qu*^ les supplanter. En fait, elles ont commence k etre, pour eux, des rivaux tres redoutables.Lorsqu'elles les auront remplaces, ce qui ne saurait tarder, on sera necessairement amene k se demander si la High School perfectionnee n'est pas capable de decharger les grands colleges universilaires eux-memes de ces deux ou trois annees d etudes secondaires dontils font encore preceder les etudes d'Universite, leur veritable, raison d'etre. Le mouvement en ce sens ne peut etre qu'accelere, semble-t-il.
* « The purpose of a well considered accrediting system is to encourage and build up real educational institutions of secon- •dary grade. It has brought over schools into closer sympathy one with anDth8r. » {Ibid., p. 376). Cf. plushaut, p. 161.
l'6dugation AUX ETATS-UNIS 175
par la conviction grandissante qu'il y a lieu d'abr^ger la dur^e totale des 6tudes secondaires : il n'est pas normal, en effei, que, en Am^rique, I'on ait besoin de retenir les jeunes gens jusqu'k vingt et un ou vingtdeux ans pour leur donner la culture secondaire que les jeunes Europeens ont k dix-huit. On pent pr6voir ainsi le temps oti les High Schools feront tout k fait I'office de nos lyc^es ou de pos gymnases. Le president Harper, de TUniversit^ de Chicago, s'exprimait en 1902 comme il suit : « Dans quelques Etats [de rOuest], la High School fait d6j^ le travail de la premiere ann^edu College (freshman year), voire celui de la seconde (sophomore year), avec I'aveu et I'approbation des Universit^s locales. Cette tendance, d6sastreuse pour les colleges, n'en est pas moins tr^s louable. L'avenirest la : the leading High Schools carvying the work to the end of the sophomore year in College. Tout milite en faveur de cette solution, et I'annonce ».
3° Juxtaposition, sinon confusion, du secondaire et du sup6rieur dans les Colleges universitaires ou Universit^s.
G'est ce ph6nomene qui donne aux Universites d'outre-mer leur allure originale. L'^tranger qui traverse les grandcs Universities am^ricaines est surpris par les disparates qui en r6sultent : tout I'outillage de Tenseignement sup6rieur et des classes de lyc6e ; des conferences et des « seminaires » comme k Paris ou k Berlin, et, dans des sallcs voisines, des cours trfes eiementaires ; ici des exercices scientiliques, la des
176 QUESTIONS d'hISTOIRC ET d'eNSEIGNEMENT
exercices scolaires; des professeurs d'Universit6 qui sont des savants et qui sont accables d* « heures » de service comme le sont a peine, en Europe, les maitres de I'enseignement secondaire ; des 6tudiants qui oht des clubs et des societes plus ou moins secretes, dont les jeux publics font la gloire et la popularity de leqr alma matei\ et qui sont, pour ,1a plupart, non des 6tudiants, mais ce que nous appelons des Aleves : la grande majority des h6ros du football et du baseball universitaires, aux Etats-Unis, sont des « freshmen » et des « sophomores », c'est-^-dire I'^quivalent de nos rhetoriciens et de nos philosophes quin'ontpas encore brigue le diplome de lin d'^tudes secondaires. — Mais a quoi bon insister ? Nous avons assez dit dej^ que les principales Universit^s d'Am6rique sont encore sur le c( plan am^ricain », et que ce plan comporte, avec des ecolcs professionnelles et scieqtifiques, un « College » qui leur sert, pour ainsi dire, de support.
Pour etcontre cesyst^me, il ne reste pas d'argument in^dit a faire valoir. — 11 n'est pas bon, certainement, que les memos personnes aient a donner un enseignement « secondaire » et un enseignement ((Sup^rieuD). « N'y a-t-il pas h craindre, a-t-on dit, qu'elles n'apportent dans I'enseignement secondaire les habitudes, des exigences, un gout de T^rudition et des recherches savantes qui ne conviennent qu'^ I'enseignement sup6rieur? » N'est-il pas a craindre plutot, ou surtout, que le superieur soit enerv6 parle voisinage du secondaire ? En fait, beaucoup de professeurs americains (rUniversite n'ont pas laiss6 d'autre bagage litt^raire
l'kducation AUX ETATS-UNIS 177
que des livres de vulgarisation et des manuels ad usum scolarum. Peut-^tre parce que leur temps fut d6vor6 par des besognes scolaires : Tinvestigation originale suppose, non seulement une exertion d'esprit exceptionnelle, mais des loisirs. Peut-^tre parce que Topinion publique, dans les milieux universitaires, attribue plus d'importance k I'habiie distribution du savoir acquis, qui est Tid^al de Tenseignement secondaire, quk la production scientifique et k I'apprentissage des m^thodes qui devraient ^tre consid6r6s comme les fins de I'enseignement sup6rieur. M. H. Munsterberg, Prussien d'origine et d'education, et maintenant professeur k rUniversit6 de Cambridge, Mass., a soutenu tr^s vertemeut cette derniere bypoth^se : « Oui, dit-il, il y a maintenant une science am6ricaine, comme une science allemande ; mais c'est comme quand les Allemands pr^tendent quits jouent, eux aussi, au football ; ils y jouent, bicn silr, mais en veston et sans dter leurs faux cols... C'est que la science [rinvestigation originale et de premiere main] est tenue dans les Universites allemandes pour une n6cessit6, et, dans les Universites americaines, pour un 616ment accessoire, presque pour un luxe. Co fait lui-m6me a des causes plus profondcs. En Amerique, rUniversite n'est guere que la continuation du College universitairc, sans grande difference qualitative : les postgraduates [bacholicrsj ont plus ^ fairc que les undergraduates [freshmen et sophomores] et so sp6cialisent davantagc ; mais ii n"y a rien, dans le Iravoil auquel ils se livrent, qui soit foncieremenl nouvoau
Langlois. Uucst. d'hist. ct d'ens. Xouv. ncrie. i2
i78 QUESTIONS d'hISTOIRE ET d'eNSEIGNEMENT
pour eux. L'Universite est un college plus difficile, mais un college jusqu'au bout... L'esprit dominant dans Ics Universit^s am6ricaines est celui de Tenseignement secondaire *. »
Munsterberg exagere ici pour produire plus d'effet -, mais il a raison au fond : dans les Universit^s am6ricaines, c'est le college, la section la plus ancienne, la plus nombreuse et la plus brillante du corps universilaire, qui, jusqu'^ ces derniers temps, a donn6 le ton, de sorte quele secondaire a, jusqu^un certain point, contamin6 le sup6rieur. II ne faudrait pas voir la, cependant, une raison de plus pour souhaiter que toutes les Universites am^ricaines se d^barrassent bientot de leurs colleges secondaires au profit des H^g^ Schools transform^es; car, a supposer meme que cctte reforme filt imm^diatemcnt possible (et elle ne Test point), elle n'aurait pas ipso facto pour consequence le triomphc de la conception scientifique de Tenseignement sup^rieur.
Gette reforme ne sera pas possible, d'ici a fort longtemps, dans les grandes Universites de I'Est, telles que Harvard, Yale et Columbia, parce que ce sont les colleges de ces Universites qui, apres leur avoir donne naissance, les font vivre. En s'amputant de leurs colleges, les vieilles Universites collegiales perdraient trop : amis, liberalites, prestige, affluence de jeunes
* H. Miinsterberg, Scholarshipy dans American Traits, p. 87 et s. Cf. plus haut, p. 116.
* Voir, ^ litre de correctif, la contrepartie de ces critiques dans I'ouvrage du meme auteur in[itul6 The Americans (1905).
gens. Au reste, les High Schools de l*Est sont parmi celles qui se contentent encore du rdle d'^coles pr6paratoires au « college ».
Gette r6forme, fiit-elle faite, resterait, par elle-m^me, absolument sterile. II y a, dans le Far West, de petites Universit^s qui sont trfes fieres de ne pas avoir de (( college » et qui se croient superieures, pour ce motif, k leurs voisincs, encore fideles au « plan am6ricain ». Gela ne les emp^che pas de leur 6tre, parfois, inKrieures k tous ^gards. Elles se sont coup6 la queue; elles n*ont pas 6t6 transform6es pour autant ; cette operation m^canique ne leur a pas conf<^r6 I'esprit scientilique qui leur manquait. — Le seul principe efficace de regeneration, c'est le developpement dans la soci6te am6ricaine d'un ideal plus compreliensif ct plus relev6 de I'enseignement superieur. L'idcal europ6en de Tenseigncment superieur, con^u comme instrument de progres scienlifique, est d^jk cclui d'une puissante minority, sinon d'une majority, dans le monde universitaire am6ricain. Lorsqu'il y sera solidement 6tabli, un depart se fera de soi-m^me, au sein des Universit6s, entre le secondaire et le sup6rieur. Et m6me ce processus est d6ja commence depuis longtemps ; il est en tres bonne voie ; il s'achevera sans doute plus t6t que les philippiques de Miinsterberg ne le donneraient k penser.
Mais alors, si les Uiiiversites am6ricaines distribuaient un enseignement vraiment superieur, on fait remarquer qu'il n'y aurait plus que des a vantages a ce qu'ellcs gardasscnt leurs « colleges ». Klles sont en mesure
d'olTrir h la clientele coll^giale des bienfaits que celte clientele ne sauraittrouver ailleurs : des cadres d^licieux pour la vie scolaire, des bibliothfeques et des facilit^s de travail incomparable^, un milieu intellectuel et social, des traditions et de grands exemples vivants. Ence cas, c'est, par un juste retour, le sup6rieur qui tonifierait le secondaire. Ce nouvel 6tat de choses nest pas loin d'c^tre, des maintenant, r6alis6 a Harvard.
En r6sum6,le primaire, le secondaire etle sup6rieur qui, en Europe, sont nettement distingu^s, se fondent, aux Etats-Unis, par les bords ; le passage del'un k Tautre selaitpard'obscures transitions insensibles.Cesystfeme, system of sliding scares^ est d^fendu, comme non seulement naturel, mais tres appropri6 et le seul possible dans un pays ou, rien n'6tant d6cret6 d'en haut, les institutions scolaires ^voluentspontanement*. II parait aussi tres democratique : pas de barrieres, une seule avenue qui conduit du kindergarlen aux plus hautes 6tudes sp^culatives, avec des embranchemenls k diverses distances par oii chacun se retire quand il veut^. On reconnait d'autre part qu'il a conduit a
* « In a country where the greatest educational progress comes through the slow raising of the standards of requirements in the social consciousness, the system of sliding scales offers the best chance for healthful development : and the raising of the graduate schools to the plane of real Universities can come only as the fruit of such a system, just as the present graduate school has developed itself naturally by that system out of the average College. » (H. MQnsterberg, o. c, p. 98).
* Eloge de 1' « American aspiration after completeness and
l'^ducation aux ii:tats-unis 481
« quelques incongruit^s ». Mais ces incongruit^s ont 6i6 ou seront corrig6es ; et la tendance g6n6rale est visiblement vers un elat de choses assez analogue h celui qui existe chez nous. Nous n'avons done rien i\ apprendre de ce c6t6.
PROGRAMMES, M^THODES ET Rl5SULTATS
L'histoire des programmes scolaires aux Elats-Unis se resume comme il suit. A Torigine, cours d'6tudes uniformes, impos6s par Tancicnnc tradition europ6enne de la culture « classique >k La n6cessit6 d'introduire des enseignoments nouvcaux pour pourvoir i\ des besoins nouveaux disloque los programmes traditionnels, comme en Europe. Alors deux syst6mcs se prcSsentent : instituer plusieurs cours d'6tudes parallMos, avec des programmes varies, mais imp6ratifs et d6iinis ; ou bien reconnaitre aux 61(^ves le droit de choisir Hbrement, sur la liste des enseignemcnts donn6s k r^cole, ceux qu'il leur convientde suivro : que chacun se fasse h lui-mc^me son programme. Une solution interm6diaire consisterait k laisscr le choix entre des cours d'^tudes dont oertainos matit^rcs seulemcnt seraient obligatoires et Ics autrcs {\ option. En Europe le premier de cestrois systt'^mos a 6X6 adopts d'abord. Aux Etats-Unis le second (free election) a trouvt*' des
ronsecutivencss in the organization of rducalional institutions » dans E. E. Brown, o. c, p. 3G9.
488 QUESTIONS d'hISTOIRR ET d'eNSEIGNEMENT
partisans; mais il adonn^ lieu k des abus qui ont pr6par6 une r6action ; de sorte que Tavenir parait ^tre, en Am^rique comme chez nous, au Iroisifeme^ c'est-^-dire aux cours deludes parali^les, avec droits d'option limit6s.
Les partisans de I'option libre font valoir, on le pense bien, en laveur de cette m6thode quelle permet les initiatives individuelles. a On se contente, dit M. Compayr6, de proposer une grande vari6t6 d'^tudes qui, prises toutes ensemble, constitueraient une veritable encyclopedie ; Tdleve, qui ne peut tout embrasser, se decide, selon ses aptitudes et ses goAts, pour tels ou tels enseignements... Gomme nous sommes loin des regies uniformes et tyranniques qui president en Europe aux 6tudes secondaires ! On trace sans doutc leurchemin aux el^ves, en leur indiquant deux ou trois directions diff^rentes, mais, pour arriver au m^me baccalaureat, ils peuvent k leur gr6 prendre une route ou une autre, concentrer leur attention sur certaines matiferes, en n^gliger d'autres, faire enfin acte de personnalite ; et, par suite, travailler avec plus d'entrain et de competence, reussir mieux dans des etudes qui en majeure partie ne leur sont pas impos^es et qu ils ont spontan6ment pr6ferees a d'autres. Nous n'h6siterons pas a dire que le systeme des cours 6lectifs, qui est plus ou moins pratique dans les 6coles secondaires d'Am6rique, mais qui lest partout dans une certaine mesure, confere k ces 6coles un caractere de vitalit6 auquel ne peuvent pr^tendre les classes de nos lyc^es fran^ais ou, pele m^le, des eleves de toute valeur intel-
l/ EDUCATION AUX tTATS-UNIS 183
lectuelle et de toute destination socialc sont astreints a suivre le m^me regime d'enseignement ^ » Mais un cours d'^tudes, pour 6tre profitable, doit 6tre rationr nel; et n'est-il pas absurde de confier k des enfants, sous le fallacieux pr^texte qu'ils y sont int6ress6s , le soin de combiner eux-m^mes un cours d'6tudes rationnel ? Tel est I'avis dc bien des gens. « Miscellaneous election from a miscellaneous mass of offered courses, voil^, dit M. E. E. Brown, le danger ; un cours d'^tudes pour chaque 6l^ve, si vous voulez, mais que ce soit un cours d'6tudes organique et vraiment digne de ce nom^ ». (( Elective studies, dit le president Harper. S agit-il d'un agencemcnt d'^tudes en groupes de mati^res apparentees ? pas d'objection. Mais nous protestons trfes fermement contre Taffirmation que le programme dress6, pour lui-m^me, par n'importe quel i^l^ve est n6cessairement pr^f^rable a tons Ics programmes 61abor6s par des experts qui ont eu en vue les int^r^ts de la veritable culture. M6me au college universitaire, le freshman etle sophomore se montrent totalement incapables, d'ordinaire, dechoisiravec discretion entre les divers cours : ils se decident pour des motifs pu^rils d'heure ou tel cours a lieu, parce qu'ils ont entendu dire. que tel cours est plus facile, etc.); ils ne se preoccupent presque jamais de choisir des enseignements harmoniqueset complementaires. Disons-en autant des parents et des maitres, dont on pretend que
* G. Gompayr6, Enseignement secondaire (Exposition de Chicago, 1893), p. 14.
* The making of our middle schools, p. 440.
1B4 QUESTIONS d'hISTOIRE RT d'eNSEIGNEMENT
les conseils 6clairi^s att^nuent les perils de Toption libre : les parents sonl tres sujels k se laisser influencer par des lubies passageres; les instructeurs sont naturellement partiaux pour les connaissances qu'ils enseignent* ».
La liberie d'option absolue a €16 discr^dit^e par le bluff : par les 6coles qui, pour jeter de la poudre aux yeux, inscrivaient naguere jusqu'^ Irente ou quarante matores diverses sur la liste de leurs enseignements et qui laissaient le [choix libre entre I'apiculture et le latin, entre le jardinage et les math6matiques, par exemple ; et Ton tend aujourd'hui, aux Etats-Unis, ^pratiquer de plus en plus le regime des cours d'^tudes parallMes, comme en Allemagne et en France. II y a maintenant en Allemagne plusieurs esp^ces de gymnases (classiques, r6aux) ; il y a, dans les lyc6es fran- ^ais, plusieurs combinaisons d'enseignement secondaire k choisir(latin-grec, latin-langues vivantes, latinsciences, sciences-langues vivantes). De m^me, aux Etats-Unis, dans les villes ou il existe plusieurs High Schools, quelques-unes se consacrent exclusivement k une certaine esp^ce d'enseignement secondaire (Commercial High Schools, Manual Training High Schools, etc.); ailleurs, les High Schools offrent chacune plusieurs combinaisons d^fmies : classical course, latin, scientific ou regular course, modern language course , commercial course, teacher' straining course, etc.
II ne faut pas oublier, du reste, que chaque commu-
• H. Harper, Educational progress of the year 1901-1902, p. 357.
L'Et)UCATION AUX 6TAT«-UNIS ^85
naut6 a ses 6coles (ju'elle gouverne Hbrement. Dans chaque 6cole publique les programmes des divers courses (choix des matieres d'enseignement, nombre d'heures r6serv6 k chacune) sont done k la merci des Boards of Education locaux et de leurs superintendents. Les 6tabHssements priv6s font aiissi, cela va de soi, comme ilsi'entendent. D'oii une vari6t6, extraordinaire en apparence, de « plans », de « c^dules », d'arrangements, qui, au premier abord, d^concertent Tobservateur. Toutefois rincoh^rcncc n'est pas si grande qu'on le croirait volontiers. II y a m^mc aujourd'hui, comme le reinarque E. E. Brown, d'^tonnanles similitudes dans la disposition g6n6rale des plans d'^tudes d'un bout k Tautre de I'Union^ — Cela tient k oe que, de divers c6t6s, on a fait effort, en ces derniers temps, pour « unifier » les programnies. Dans quelques Etats de rOuest, toutes les High Schools ont d6]k les m^mes, comme nos lyc6es de France. Toutes les ^colcs « accreditees » par la m^me University tendent a se resscmbler. Le regime en vigueur dans certaines grandes ecoles est imitc par d'autres : c'est ainsi que le sysl^me d'Harvard College, tel qu'il a etc modiiie k Johns Hopkins, est devenu celui de plusieurs colleges universitaires (quatre cours distincts d'^tudes coil^giales : classique, historique, linguistique ct litt^raire, scientifique). Enfin on montre d'ordinaire assez d'empressement k tenir compte des conseils emis par les Conventions d'experts en matiere d'6ducation qui se
• E, K. Brown, o. c, p. 419.
180 QUESTIONS b'hISTOIRE ET d'enSEIGNEMENT
r^unissenl de temps en temps pour d6lib6rer sur les questions de programme, comme le Comity des Dix de 1892 et la North central association of colleges and secondai^ schools. Gette derni^re Association a, en 190i, defini, apr^s les recommandations du College entrance examination Board of the Middle States and Maryland, du Comitd des Douze de V American philological Associationydn Comit6 des Douze de la Modern language Association, du Gomit6 des Sept de V American historical Association, etc., les quinze units courses of study dun cours normal de High School, et determine, parmi ces unites, celles qui doivent ^tre obligatoiros, avec des instructions detaill6es sur les questions k traiter etles methodes convenablcs.
Rien n'autorise a pcnser que les programmes en formation de Tenseignement secondaire am^ricain s'annoncent comme mieux congus que les ndtres, qui sont aussi en experience depuis quelques ann^es seulement. On se dispensera done d'une comparaison fastidieuse et qui n'aboutirait a rien^ Arr^tons-nous sur
* Un mot seulementau siijet des 6iudes o classiques •. On dit communement, en Europe, que la liberie du choix, laiss6e aux jeunes Americains, n'entralne pas la desertion des etudes classiques : les latinistes necessent pas d'etre nombreux; I'enseignement greco -latin est toujours en honneur, « soutenu par I'opinion publique, choy6 par les leaders de Teducation... » (G. Compayr6, 0. c, p. 15). Les Franpais d'aujourd'hui ont et6 qualifies par M. F. Brunetifere de « triples Bouvards et Pecuchets » parce qu'ils abandonnentla culture classique,sous pretexte de progr6s, au moment precis o(i les Americains s'en emparent. — Tr^sbien. Mais est-il vrai qu'ils s'en emparent ?
Un des traits saillants de revolution presente des 6coles secondaires en Am6rique, disait le president Harper en 1902.
L Education Aux etats-unis 487
un seul point, oil les Etats-Unis ont silrement pris I'avance sur tous les autres pays.
Manual Training. — G'est une tr^s vieille id6e, qui reparaft p^riodiquement, que celle du « retour k la nature ». Elle conduit, en pedagogie, k recommander Tunion de T^ducation intellectuelle avec I'apprentissage des travaux manuels. II n'y a pas lieu d'invoquer ici le souvenir des moines du moyen ^ge, agriculteurs
est la tendance k supprimer purement et simplement I'enseignement du grec. « That there exists such a disposition cannot be denied. » (0. c, p. 314). Voiia pour le grcc.
Voici pour le latin. Dn 1890, 34 pour 100 seulement dela populatioq scolaire des High Schools usaient de leur droit d'option pour choisir le latin ; en 1900, 50 pour 100. Gependant le proportion de ceuxqui poussaicnt leurs 6tudes jusqu'au « College », de 14 pour 100 en 1890, n'etait plus que de 11 pour 100 dix ans aprfes. G'est-A-dire que Timmense majorite des el6ves de la High School qui choisissent le latin n'en font pas s6rieusement. A quoi tient done cette recrudescence du latin, dont les chiffres qui pr6c6dent attestent Tinsincerite ? « What keeps these studies alive ?dit M. G. Stanley Hall, president de TUniversite de Worcester : First, their traditional respectability. Children and parents foel they have launched on a higher stage in development when they are known to be students of Latin : especially is this true of Catholics. Again, it is probably the easiest and cheapest of all subjects to teach. Again, college requirements and possibilities are an enormous bribe. » Gf. G. Fletcher, dans Reports^ p. 134 : « 1 believe that the remarkable revival of the study of Latin chiefly comes from disgust at the disappointing results of the smattering of many subjects offered in its stead and the desire to have at least one subject which can be pursued in a business-like fashion ». M. W. T. Harris, commissaire des Etats-Unis pour I'i^ducation, croit, du reste, qu'il suflit d'apprendre le latin pendant huit jours pour en tirer des avantages appreciables : « If you can study Latin only one week, you will have new thoughts that you can never get rid of: you will have new environment ; preaching from the pulpit will mean more. Therefore I do not agree that we must keep Latin for those only who can study it thoroly ».
et lettr6s, car ceux qui travaillaient aux champs et* ceux qui s'exer^aient dans le scriptorium conventuel n'^taient sans doute pas les m^mes. Inutile de remonter plus haul que Rousseau et Pestalozzi. Un coUaborateur de Pestalozzi, Emmanuel Fellenberg, ouvrit en 1806 a Hofwyl (Suisse), une institution oh les 61feves partaj^eaient leur temps entre Tacquisition des connaissances scolaires et les travaux agricoles. L'influence de rinstitut de Hofwyl a 6te tres considerable aux Etats-Unis pendant la premiere moitie du xix® sifecle. Sa m^thode fut mise en vigueur, de 1830 k 1840, dans un assez grand nombre d*6coles am^ricaines, notamment dans les s6minaires confessionnels des wesleyens (Headfield, Maine), des presbyt^riens (Haymount, North Carolina), des baptistes (Wake Forest, North Carolina). Elle p6n6tra m^me, 9k et 1^, dans quelques « colleges )). Mais, vers 1840, Tenthousiasme que le mouvement avait suscit6 s'affaissa. Pourquoi ? on ne le saitpas au juste.
En 1876 une Exposition universelle, dite du Centenaire, se tint a Philadelphie. Dans la section de I'^ducation, les visiteurs de cette exposition renriarquerent beaucoup, parait-il, des objets en bois et en m^tal, executes par des enfants dans des ecoles russes. Et Ton eut alors la preuve que les expositions scolaires servent parfois kquelque chose. LeD"* Calvin A. Woodward partit de la pour pr^cher Taddition du travail manuel sur la liste des enseignements donnas dans les Ecoles secondaires des Etats-Unis et m^me I'ctablissementd'ecolessp^ciales, Manual Training High Schools,
I KDUCATION AUX feTATS-UNIS 189
Oil le travail manuel aurait une place d'honneur. Par ses soins nne Manual Training School s'ouvrit ^ Saint- Louis, Mo., prfes de la Washington University de cette ville (1879). Elle eut un vif succfes. Des 6coIes de m6me genre furent cr<5^es bientot, sur le modele de Saint-Louis, ^ Chicago, Baltimore, Toledo, New York et Eauclaire (Wisconsin), en 1884 ; k Philadelphie en 1885, etc. Des 1882, la National educational Association avait fait de la question du manual training I'objet de deliberations approfondies. En 1895 la legislature du Massachusetts, sur la proposition du State Board of Education, imposa ^ toutes los communautes de 30 000 habitants au moins T obligation d'entretenir Tenseignement des travaux manuels dans une de leurs High Schools. Aujourd'hui les Manual Training High Schools sont tr^s nombreuses ; Tenseignement des travaux manuels figure au programme de 25 pour 100 des autres ecolcs, tant publiques que privecs, et on pent dire qu'il nc se bdtit plus gu^re xiecoles nouvelles sans ateliers pour le travail du bois, du fer, la construction des machines, la typographic, etc. Lcmouvementest encore en progres. Les opinions sont, il est vrai, partag^es sur ce sujet comme sur tous les autres. Le manual training a des enthousiastcs et des.detracteurs. Voici co que Ton entend dire, de part et d'aulre ; il n y a pas le moindre doute qu'on en entendrait dire autant en Europe, si, comme quelques-uns le proposent, Tenseignement du travail manuel y elait acclimate^ dans les ecoles secondaires.
Les amis du manual training souliennent qu'il doit « faire partie int^granle d'une Education lib^rale ». II est avanlagcux k tous les points de vue, physique, mental, moral et social. G'est une m^thode. U exerce la puissance cr^atrice dont I'exercice est le plus sain dcs plaisirs, d6veloppe I'individualit^, vivifie I'enseignement abstrait des livres par le contact avec le reel, donne mieux que quoi que ce soit la notion, et, par consequent, le respect du travail honn^te, et contribueenfm, dans une democratic, ^ couper court aux prejug6s de classe. L'education exclusivement litteraire et scientifique fait des infirmes et des bourgeois ; le travail manuel gu6rit de la maladresse instinctive et inspire une juste estime pour les occupations de la majorite des hommes ^ Accessoirement, il sert a la culture du goOit et il 6veille des vocations artistiques ou mecaniques. II ne s'agit pas, naturellement, de former des ouvriers ni des artistes, ni de preparer des ingenieurs. D'abord, pour ce qui est des ouvriers, les Trade's Unions ne manqueraient pas d'intervenir si I'enseignement manuel des High Schools etait, a quelque degre que cefOit, un commencement d'apprentissage *. Quant aux vrais artistes, ils se ferment tout seuls.
' « Nothing else will give sympathetic insight into the industrial life on which modern Society is built. » (Professeur Hanus, de Cambridge) .
* Aux Etats-Unis les ecoles techniques elles-m6mes ne donnent pas, enprincipe, un enseignement qui dispense d'apprentissage. Les Trade's Unions pretendent les emp6cher « from giving sufficient practice to enable the pupil to acquire dexterity or in any manner do away with the necessity of a regular apprenticeship in the trade ».
L'enseignement des travaux nianuels dans les High Schools n'a pas la moindre fin professionnelle. II se justifie par des raisoris purement p6dagogiques ^. On ajoute que les r^sultats sonl excellents. Le travail manuel enchanle les jeunes gens, et en retient aux 6coles qui, sans cela, les auraient quitlees pr^maturement. Les Aleves qui passent un cinquieme ou un quart de • leur existence k Tatelier ne sont pas inferieurs, pour les 6tudes ordinaires, a ceux qui ne cessent jamais d'user leurs culottes sur les bancs*. Au reste, c'est dans les cercles les plus 6clair6s, dans les « d6partements de p^dagogie » d'Universit^s comme Harvard, Columbia, Chicago, que I'^ducation nouvelle a ses plus chauds partisans. Tous les hommes de progres Tappuient. Les derni^res mefiances subsistent dans les 6coles ou survit Tesprit du pass6.
Telle est la th^orie ; mais les adversaires du manual training font courir le bruit que la pratique laisse fort a d^sirer. En pratique, disent-ils, les High Schools et les Colleges des Etats-Unis sc rc^partissent, ^ ce point de vue, en trois categories : ceux ou Ton ne fait pas du toutde travail manuel (c'est encore la majorile) ; ceux ou Ton n'en fait pas serieusement {where it is played
* a The work in wood and metal is done as purely for its intellectual and moral value as are Latin and Science, because of the opportunilies it affords for general culture ».
' Le principal de la Cleveland University School (ecole privee et cottteuse pour les enfants des gens ^ leur aise) impose les travaux manuels jusqu'A quinze ans ^ tous les el^ves : de quinze k dix-huit ans aux eleves du Scientific Course seulemenl. Son opinion est que « the manual work does not interfere with scholarship u.
192 <^UESTI0NS D HISTOIRR CT B ENSEIGNEMENT
wUh rather than taken seriously) parce que les autorit6s scolajres n' y croient pas et ne feignent de s y int6resser que pour complairc auxcontribuables et^la clien- IMe : ceux ou Ton en fait beaucoup, les Manual Training High Schools. Mais, dans cesderniferes 6coles, on en fait trop. Les etudes principales en souffrent; comment n'en souffriraient-elles pas ? Et on ne sen tient pas toujours, quoiqu'on sen vante, k I'instruction 6lementaire et « d6sint6ress6e » qui, seule, pourrait avoir une valeur Educative ; comment s'y tiendrait-on ? La plupart des maitres sont des praticiens sans Education p^dagogique ; il est fatal que la Manual Training High School incline a prendre peu k peu, plus ou moins, le caract^re d'une 6cole technique ou, tout au moins, d*une ecole plus particuli^rement convenable. pour les jeunesgens qui se destinentaux carri^res techniques ^ D'oii un tres grave inconvenient ; si les jeunes gens qui se destinent aux carrieres industrielles ne font pas leurs etudes secondaires avec les autres, il est k craindre qu'ils passent pour avoir re^u une education moins lib6rale et soient socialement handicapes k ce titre. Reste k savoir enfin si Tenseignement de la Manual Training High. School conslitue en v6rit6 une preparation plus efticace quecclui dels. High School ordinaire pour les carrieres techniques ; on est port6 k le croire, mais les theoriciens du manual training s'en defendent, et il parait bien qu'ils font enseigner en
* Soixante-dix a quatre-vingt-dix pour cent des anciens elfeves de certaines M. T. High Schools entreni ensuite dans I'industrle ou dans les instituts techniques.
l'education ACX ETATS-CNIS 193
eflet, par p^danlisme p6dagogique, beaucoupdechoses inutiles et beaucoup de choses utiles d'une maniere que les Aleves ont a d^sapprendre par la suite.
Avant d'aller aux Etats-Unis, j'avais lu les rapports des commissaires anglais de la Commission Mosely (1903) qui, presque tous, s'etaient inleresses tout specialement k la question du manual training. Je les ai relus depuis. Mais leursjugements divergents ne sont pas de nature k fixer les incertitudes que fait naitre Ic conflit des opinions profess^es par les Americains eux-memes. En effet les uns ont admir^ et les autres ontdenigrc le manual training americain. M. Fletcher dit que c'est dans les Manual Training High Schools qu'il a vu les elevcs les plus faibles en mathematiques et en lettrcs. Un autre eslime que ces eleves ne Ic cedent k personne. M. Ripper dit que, partout, les travaux manuels sont enseignes par des maitres enthousiastes et capables. M. Armstrong dit qu'il a constate, partout ailleurs qu ^la M. T. High School de Brooklyn, « des idees vagues au sujet des possibilites du manual training, mais pas d'intelligence reellc ni de competence suflisantc » ; il n'a, en revanche, que des eloges pourl'^colede Brooklyn : « M. Larkin, directcur de celte 6coIe, a r6solu Ic probl5me de fairc scrvir Tenseignement du travail manuel k la culture gen^rale; n'aurais-je retire de mon voyage que le plaisir et Ta vantage d'etre au courant de ses vues, je n'aurais pas perdu mon temps * ». M. Reichel termine une longue 6tude
' A lecole de Brooklyn, les travaux manuels sont gradii^s Laxclois. Quest, d'bist. etd'ens. Nouv. sine. 13
i94 (QUESTIONS D*HISrOinE ET d'eNSEIGNEMENT
par Ics conclusions suivantes : « he manual training n'ad'int6r(^t, au point do vue pcdagogique, comme Element de rcducation g^nerale, que jusque vers quinzo ou seize ans; done, les 3/. T, High Schools, ou il esi de plus en plus pratiqu6 jusqu'au terme dc la scolarite (dix-huit ansj^ d6passent le but^ ». Gitons encore Tavis de M. Groscr : « Je crois que, dans la majorite des cas, les incontestables bienfaits de Tenseignement des travaux manuels pourraient6tre obtenus pard'autres proc6d^s, moins nuisiblcs aux etudes lib6rales ».
II ne m'appartient certes pas d'opiner h mon tour. J'ai vu, k TExposition de Saint-Louis, des objets qui donnent une idee tres favorable de Tenseignement manucl dans beaucoup d'ecoles, surtout dans celles de New York, Minneapolis, Paterson (N.-J.), La Porte (Ind.). J'ai vu des ateliers scolaires, commodes et somptueux, a Chicago et a Philadelphie, ou les jeunes gens paraissaient captives par des travaux dont ils
ajnsi : !'• ann6e, travail du bois ; 2«, travail du fer, forge ; 3«, typographie ; 4«, machines-outils [Reports..., pp. 11, 275).
L'enscignement de la typographie en seconde ann6e est un trait original de cette 6cole : « The introduction of printing as a school subject may appear altogether absurd, but Mr. Larkin gave us dear evidence in proof of its value, ...also on the literary side. When lads are called upon to set up in type and print off something that they have written and to correct the proof, they begin to realise, in a way which is rarely done by the mere writer, how careless they have been in writing... » [Reports..., p. 12).
* Le D' Hancy, inspecieur de Tenseignement manuel k New York, dit : « If the manual training is done effectually on educational principles in the elementary school, it is only needed in the high school as part of a specialised training «.
L EDUCATION i^UX ETATS-UNIS 495
avaient lair de se tirer avec adresse. Personnellement, je n'ai rien de plus h dire. 11 me semble cependant, comme aii professeur Henry E. Armstrong, qu' « il n'y a pas, aujourd'hui, d'exp^rience plus importante a faire dans le domaine de I'^ducation que de determiner la valeur dn manual training dans I'enseignementsecondaire », surtout dans les pays ou les eleves de I'enseignement secondaire n'ontpas d6jkpratiqu6 lestravaux manuels k I'^cole primaire. II est fdcheux que ceux qui ont foi, chez nous, en ce mode d'6ducation, n'aient pas I'occasion de I'essayer sur leurs enfants : j*en connais qui voudraient bien et qui ne savent comment faire. Le travail manuel devrait ^tre une mati^re a option au programme de nos lyc6es. Les objections sont connues : prejug6s sociaux (mais c'est une raison de plus, car il faut les combattre) ; coilt des installations; pasde bons maitres. De ces trois difficultes, il il n'en est qu'une qui soit s^rieuse en Am6rique, la troisi^me. Encore s'att6nue-t-elle tons les jours, grslcc aux institutions qui ont entrepris de former des teachers sp^ciaux, adroits, cultiv6s et munis d'une forte instruction p6dagogique, comme le Teacher's College de Columbia, le Pratt Institute j la Sloyd Training School de Boston, etc.
Passons des programmes auxm^thodes, ou plutdt h Tattitude g^^n6rale des maitrcs, car il ne saurait etre question d'6tudier ici, pour toutes les matieres, les proc6d6s techniques d'enseignement, qui, d'ailleurs, varient autant ou davantage d'^colc am^ricaine a
196 QUESTIONS d'histoire et d^enseignemknt
^icolc am^»ricaino que cI'Europo en Amerique. — Est-il vrai. commc on Ic dit sou vent, que le maitre amerirain, nourri de pedagoirie, afTranchi des roulines traditionnolles. a I'afTQt du progres el toujours pr^t a consid<!^rer Ics idcjos neuvcs, est Ic moins dogmatique des maftres, le plus respeelueux de rindividualite des 6Rives, le plus attentif a remonler a la source psychologique de leurs erreurs, celui qui se donne le plus de peine pour« faire trouver » auxjeunes intelligences ce qu'ailleurs on leur impose k I'etat de verites dogmatiques ? Bref a class leader, not a class driver?
A ce propos, les commissaires de la Commission Mosely sont dcrechcf deconcertants, tant ils se contredisent ouvcrtement.
<( La m6Lliode gen^ralement adoptee implique, dit Tun, un continuel 6cliange d'opinions entre le maitre et r616vc; le maitre ne se borne pas k communiquer dos informations et a s'assurer tant bien que mal qu'il a 6t<^ (!3Coute et compris. Ainsi se developpent cette liardicsse d'6locution et cette liberty d'allures qui caract6riscnt r^colier am6ricain. Mais c'est un labeur 6norme pour les maitres (qui sont presque toujours des maitresses). Et, en outre, les enfants ne prennent pas riiabitudc du travail suivi; ils perdent la faculty de concentrer leur attention *. » « Les Anglais, dit un autre, sont stupefaits, quand ils entrent pour la premiere fois dans une 6cole am^ricaine, d'entendre, au lieu d'une le^on, Ic maitre ou la maitresse qui propose
* Reports f p. iO. .
l'education AUX ETATS-UNIS 197
aux 6coliers des sujets de discussion : il ou elle suggere, 6coute, rectifie. De temps en temps on lit dos livres et des informations sont fournies, mais le principe parait 6tre de laisser Tenfant s'instruire luim6me* ». Un autre encore : « Les m^thodes sont discursives ; la discussion en est la base. II est vrai que la continuelle preoccupation des maitres, qui est de capter Tattention fugace, et la n6cessit6 de voltiger pourcela d'un sujet a I'autre, engendre des habitudes d'esprit techeuses ; mais enfin tout le monde reconnait au moins que I'acquisition de connaissances sp6cifiques n'est pas grand'chose dans Toeuvre de I'^ducaiion ct que I'essentiel est I'^veil de la curiosity critique ; ce syst^me produit des intelligences m^diocrement cultiv6es, mais tres alerLes^)). U en est ainsi tant dans les colleges et dans les Universit6s que dans les 6coles primaires et dans les 6coles secondaires du premier degr6. « La m6thode d'enseignement gen^rale dans les colleges, excepts ceux de rang universitaire, est la recitation: lemons prescrites dans un text-book sur lesquclles T^l^ve est interrog6 ; cbaque question donne lieu h des explications, et des discussions s'engagent* ». Le professeur Rhys, de TUniversit^ d*Oxford, 6crit : « Du haut en bas la m6thode d'ensei-
• Reports, p. 352. Gf. p. 168 : « There is a great deal of elicilalion. Pupils even in classical lessons are taught to ask the reasons why, and their intelligence is drawn out ; facts are not stuffed in ».
» Ibid., p. 174.
» Ibid., p. 243.
198 QUESTIONS D*HISTOIRK ET d'eNSEIGNEMENT
gnement est celle du seminar [allemand]. J'ai vu un pro-, fesseur bien connu, dans un college; il n'avait pas I'air de professer, mais de diriger, primus inter pares, une argumentation subtile h laquellc les membres de la classe prenaienlpart en posant des questions, en criliquant les vues de leurs camarades et en s'exprimant do toute maniere Ic plus librement du monde* ». A rUniversit6 de Yale, « nous observdmes le m^me syst6me d*enseignement par discussion que nous avions d6j^ remarqu6 dans les 6coles : tout est pass6 publiquement au crible dela critique ^ ». G*est au point que les lectures proprement dites ou conferences sont presque sorties de Tusage : « Professeurs d'Universit^ et maitres des colleges con^oivent que leur fonction est de guider les 6tudes de leurs auditeurs, non de leur faire des conferences. Lorsqu'ils en font, c'est pour donner lieu k des quizzes ou conversation classes, ou les 6tudiants sont invites [i examiner avec Ic conferencier ou Tun de ses assistants les divers points de la conference, les lectures propres h edairer les points douteux et a combler les lacunes. Ge systeme, qui devient general, entraine une collaboration feconde desetudiants etdes maitres*^ ». Dans plusicurs Facultes de medecine, les conterences ont 6i6 completemeut remplac^es par des recitations et par des travaux de laboratoire : « 11 y a des professeurs qui n'en ont jamais fait. Dans les « recitations » on est surpris de voir Ic maitre et ses
* Reports, p. 313.
• Ibid., p. 87.
^ Ibid., p. 114.
l'education aux etats-unis i99
auditeurs s'entretenir et s'interroger sur le pied d'6galit^, ou peu s'en faut. Le mailre a toul-a-fait Tair d'etre un membre de sa classe ' ».
En m^me temps d'autres commissaires ont cru remarquer que « r^ducation americaine est encore gouvern^e par des traditions 6minemment acad6miques et conservatrices » ; qu'elle est « 6trangement d^pourvue d'esprit pratique * » ; que les m6thodes sont surann6es, notamment pour Tenseignement des langues {old fashioned, antiquated) : trop de regies et de faits, et pas assez de reflexion^; que, dans les 6coles am^ricaines, les m^diocres et les retardataires sont abandonn^s a leur sort, sans qu'on fasse rien pour les secouer*. On salt d'ailleurs que les « short information courses » ont 6le longtemps et sont encore, quoique le mal ait 6te reconnu, la plaie des High Schools am^ricaines : cours ou Ton pretendait « informer » les jeunes gens, en quelques semaines ou en quelques mois, de ce qu'il est utile de savoir sur unc branche des connaissances humaines, par excmple en chimie ; les petits livres classiques, intitules Fourteen Weeks
* Reports, p. 71.
* Reports, p. 8. Gf. p. 11 : « I came across little evidence that the practical methods of teaching mathematics and geometry which are coming into vogue here [en Anglelerre] are appreciated and the old academic methods of teaching science seem to prevail almost exclusively ».
' Ibid., pp. 133, 168.
* Ibid., p. 137 : « There is not the frequent pulling up to attention, the constant effort to get workout ot the idle and unwilling that there is with us. »
200 gUKSTIONS D HISTOIRE ET D ENSEiGNEMENT
— Fourteen Weeks in Chemisiry ou en n'importe quoi
— donnent une id6e assez exacte de ces cours in^vitablement r6duits k r6nonc6 de ddfinitions et de fails bruts, poids morls pour I'inlelligence. « J'ai enseigne, dit E.-E, Brown, dans la High School d'une petite villa de {'Illinois central. Le cours d'6tudes 6tait de trois ans et comportaitvingt-quatre matieres,loutes obligatoires. La derniere ann6e, les ^Ifeves avaient k 6tudier les sciences naturelles, la science politique, la litt^ralure anglaise, Tastronomie, la physiologic, I'histoire universelle, la psychologic et la chimie, chacune de ces mati^res pendant quelques mois seulement. Nous 6tions deux professeurs. Le cas de cette 6cole n*etait pas du tout exceptionnel * ».
On retire d'une inspection sommaire de quelques ccoles am^ricaines et de conversations, sur place, avec les gens du metier, I'impression que tout ce qui precede est exact et se concilie tres bien. II ne faut pas perdre de vue, en effet, ce que sont les maitres dcs 6coles Clemen taires, des High Schools et m^me des petits colleges : des jeunes hommes et des jeunes femmes (celles-ci en grande majority) qui n'enseignent pas depuis longtemps, qui ne sont pas silrs d'enseigner toujours, pas tres cultiv^s, m^diocrement instruits, qui se sont surtout prepares a leur tdchepar I'etude, si florissante dans leur pays, de la psychologic appliqu^e a Teducation. Leur zclc, que Thabitude n'a pas encore amorti, est souvent admirable ainsi que leur bonne
' E. E. Brown, o. c„ p. 417.
l'^DUCATION AUX 6TATS-UNIS 201
voIont6 k profiler des plusr6cents enseignements dela pedagogic speculative ; de 1^, I'absence d'une routine st6r6otyp6e et I'emploi general des proc^d^s d'61icitaiion, silaborieux pour qui s'en sert. Mais Temploi de ces proc6d6s, pour ^tre pleinement satisfaisant et efficace, suppose, en m^me temps que du courage, une irr^prochable competence et de la superiority d'esprit. Oril arrive que la competence manque, et la superiority d'esprit est, par definition, un don exceptionnel. II est done lout simple : 1® qiie les essais d'application de la psychologic moderne k Teducation aienl parfois quelque chose de pueril ; c'est un phenom^ne que les commissaires de la Commission Mosely n'ont pas note el qui saute, pourtant, aux yeux*; 2** que beaucoup de maitres distribuent, faute d'en savoir davantage, un enseignement vieilli ou vieillot quant au fond. — II me semble que le fait important est, ici, que la methode heuristique est en train de penetrer dans les Colleges et les Facultes universitaires, oii, vu la qualite du personnel enseignant, elle ne prete k aucune objection. C'est un fait tr^s rassurant en ce qu'il donne a penser que lorsque, aux Etats-Unis, le personnel de Tenseignement ciemenlaire sera permanent ct recrute comme Test dej^celui de I'enseigncmentsuperieur, il n'inclinera pas a abandonner les m6thodes
• « Not so many weeks ago I was visiting a grammar-school class in arithmetic, and I saw forty pupils, bright and intelligent, devote a period of forty minutes to one exemple, most of the time being devoted to putting it on the board in a precise and specific fashion. » (N. Murray BuUer, president de Columbia University). — Impressions personnelles.
vivantes pour le train-train de nos classes, trop favorable au repos des professeurs.
II est permis d'affirmer sans impertinence que les r^sultats de renseignement public aux Etats-Unis ne sont pas « brillants », car tout le monde la constate et, 1^-bas, personne ne le regrette. Les ^coles am6ricainesne produisent pas normalement de sujetscomparabies soit a nos anciens laur^ats du « Concours g^n6ral » ou aux ^l^ves de nos « Ecoles du Gouvemement », soit aux scholars, Utulaires de bourses gagn6es au concours, et aux loranglers des Universit^s anglaises. Les jeunes Am6ricains sont de deux ou trois ans en retard sur leurs contemporains d'Europe. La duree des etudes est ires longue (et meme, comme nous I'avons vu, indiiment prolongee) ; nul ne se presse. Rien, k I'^cole, n'excite Temulation : ni a compositions », ni prix, ni examens, ni la perspective de competitions dont il faudrait sortir vainqueur avant un age fixe. En consequence, ni surmenage, ni bourrage, ni 61evage. de betes a primes ; et aussi du laisser-aller, peu d'efforts, et une confiance en soi qui n'est pas toujours 16gitime. N'est-il pas curicux que, dans cette soci6t6 ami^ricaine ou la lutte pour la vie, ou plutdt pour le succes, est, a ce que Ton s'imagine, forcen^e, le monde des ecoles echappe completement aux rudes lois de la concurrence ? La jeunesse d'Europe a connu un pareil ^ge d'or, dans les Universites d'autrefois oil la melhode d'enseignement 6tait aussi I'argumentation discursive, et dont les examens, jamais comp6ti-
tifs, n'6taient pas s^rieux; mais c'est pass6 depuis longtemps. Qu'adviendra-l-il aux Etats-Unis lorsque les conditions de I'existence y seront devenues moins faciles ? La pleine liberie de I'^colier n'est pas compatible, semble-t-il, avec lencombrement des carri^res et la n6cessit6, qui s'ensuit, de bander Tare au plus t6t pour en viser I'entr^e.
MOEURS SGOLAIRES
Les snobs, tr^s nombreux parmi les Fran^ais qui font un tour aux Etats-Unis avec Tarri^re-pensee d'en rapporter des articles de journal ou de revue, ne manquent pas d' « observer » les moeurs scolaires, principalement dans les Universites. Gela nous a valu de copieuses descriptions des parties de baseball ct de football universitaires ; des somptueux gymnases ou les jeunes athletes s'exercent ; et des ar(?nes ou ils pratiquent devant un public enthousiaste. Chacun salt done que, Thiver, le football, jou6 dune mani^re particulierement brutale, et, I'et^, le baseball tiennent, la-bas, une large place dans la vie universitaire, et que les ^tudiants, champions pour ces jeux, dont les faits et gestes sont quotidiennemcnt rapportes dans tous les journaux, acqui^rent une popularity presque 6gale a celle des boxeurs de profession, qui sont les hommes les plus populaires des Etats-Unis. Et chacun sait comment les choscs se passent: comment les athlfeles rembourr^s du football s'administrent de si
204 QUESTIONS d'hISTOIRE ET d'eNSEIGNEMEMT
rudes pouss6es que I'arbitre est oblige a chaque instant de siffler pour qu'on en ramasse un, evanoui par terre * ; comment les amis des 6quipes rivales les encouragent et marquent les points par des vociferations rituelles {organised cheers)^ qui varient d'Universit6 k University, mais qui, nulle part, n'ont rien d*humain. J'avoue que, pour ma part, ce qui m*a le plus frapp6, dans ces spectacles, c'est I'int^r^t passionne que le public y paraissait prendre, car I'agilit^, Tadresse et la force ne s'y d^ploient pas dune manierc agr6able a voir ; mais on pretend qu'il faut s y habituer, comme k I'absinthe ; et nous avons ici aussi, parait-il, des amateurs de ces choses-la.
Est-il besoin d'ajouter que les observateurs dont il s'agit repr^sentent d'ordinaire le goilt de rathl^tisme comme universel dans les Universit6s, voire, par extension, dans toutes les 6coIes des Etats-Unis, et qu'ils I'admirent ? On a dit Ik-dessus de fort belles choses, dont la moindre est que le football am^ricain, image de la guerre, est, pour la bourgeoisie am^ricaine, une' 6cole de courage, d'endurance et de discipline.
II semble, a premiere vue, assez probable que ces affirmations doivent 6tre exactes. Comment le gout de
* Un sar quatre des etudiants d'Harvard qui >se m6lenl de jouer au foot hall est oblige de garder le lit pendant une ou deux semaines par saison, par suite de mauvais coups ; la proportion est beaucoup plus forte parmi ceux qui jouent « s6rieusement ». L'equipe universitaire ne compte pas moins de 49 suppleants pour 11 titulaires, au cours des grandes parties. Les accidents graves ne sont pas rares. On m'a montr6, k Ann Arbor, le plus fidfele spectateur de Tarfene universitaire : c'est un entrepreneur de pompes funfebres.
L EDUCATION AUX F'iTATS-UNIS 205
raihl^tismc ne serait-il pas Ir^s repandu dans un pays de Iradition anglaise etpuritaine, ou le service militaire n'oxiste pas ? Los jeunes gens am^ricains sent d'une race qui a toujours aim6 sincerement les exercices violents, Teffort et la competition ; les moeurs de leur pays, tres sev^res sur certains chapitres, leur interdisent de depenser ais6ment leur Anergic en recreations d'un aulre ordre ; la loi ne leur impose pas, comme aux nolres, le derivatil d*une gymnastique obligatoire k r^ge critique. D'un autre cote, on est porte a croire que Tathietisme est, en effet, une ecole de vertus viriles, car les regies et la discipline de V « entratnement » sont plus penibles que celles de n'importe quel regiment ; et, sur le champ d'exercices, le stoicisme est de rigueur.
Les observateurs superficiels onl done le droit de dire ce qu'ils disent ; leur tort est de generaliser indQment, de ne pas avoir regarde le revers de la medaillc, et surtout d'attribuer h lathletisme, parce que c'est le trait le plus visible et le plus pittoresque des moours scolaires americaincs, une importance exagerec.
lis generalisent indQment. — De cliez un professeur de rUniversite de Chicago, mon hdte, on entendait tous les samedis la formidable clamour du football universitaire dans les arenes voisines ; mais mon h6te qui, du reste, m'y fit conduire, n y etait jamais alle voir. On calcule que, sur les trois millc etudiants d*Harvard, mille ne prennent aucune part active aux divers sports competitifs que patronnent leurs capiarades. Les plus faibles de corps et les plus vigourcux
d'intelligence s*en abstiennent, les tins parce qu'ils ne poiirraient pas S les autrcs parce qu'ils n'ont pas le temps. Aussi bien les champions sont-ils presque toujours recrules dans les rangs des undergraduates, c'ost-a-dire des jeunes gens qui n'ont pas encore franclii le baccalaureates arts, ni, par consequent, abord6 les (Etudes sup^rieures. Et ce serait une erreur de croire qu'ils soient, d'ordinaire, aussi brillants aux examens que sur le turf; les journaux h caricatures ne tarissentpas sur le th^me du heros de football scolaire, monstrueusement matelass6, les yeux poch^s, su^ant sa plume et murmurant : « Je me demande si, apKs tout, il y un / dans which- ».
Le revers de la medaille est plut6t sombre, s'il faut en croire les autorit^s compctentes. — Les grands jeux comiiie le football sont tres coMeux, a cause de r^quipement qui se complique sans cesse et des honoraires dus aux entraineurs (un bon entraineur de football sc paie couramment de dix-huitkvingt mille francs par an). Les frais sont largement converts, il est vrai,
* Dans plusieursetablissements, les f 7*eshmen {nouveaux) sont examines au point de vue medical, et detourn6s, s'il y a lieu, des exercices sportifs qui ne leur conviendraient pas.
* La difference entre les moeurs am6ricaines et les moeurs anglaises est, ici, tres marquee, principalement dans les 6coles pr6paratoires aux Universites, comme les Anglais le voient bien. « In England, a boy gains influence amongst his fellows, not to say greater consideration from his masters, in proportion to his success in the cricket or football field. Games in America are not an organised part of school life as they are in England....'. Influence in the school does not, to any appreciable extent, depend upon athletic success. » (G. Grant, dans Special Reports on Educational Subjects, Xly 2, p. 95.)
l'education aux h:tats-unis 207
par les recettes dues h I'affluence dcs spectateurs payants (car Ics luttes interscolaires sont des spectacles publics, ou les places se paient un bon prix) ; mais la presence de ces spectateurs tend, pour ainsi dire, a « professionnaliscr » les sports universitaires. J emprunte au president Eliot, d'Harvard, I'appr^ciation suivante : « L'6thique du jeu de football^ qui est r^lhique imparfaite de la guerre, ne s'am61iore pas de nos jours ; au contraire. L'observance de Taxiome militaire : attaquer toujours I'ennemi par son point faible, a pour inevitable r^sultat le massacre d^liber^ des convalescents et des bless6s de I'^quipe opposite. Et la violation des regies, si Ton parvient k echapper aux penalit^s, passe g6n6ralement pour un bon tour ». Le president Harper, de Chicago, constate, apres bien d'autres, que, entre les 6quipes ri vales, se d^veloppe un deplorable esprit d'hostilite personnelle : « Je dis que si de tels sentiments sont la suite inevitable de lathietisme intercollegial, plus t6t Tathietisme intercollegial aura vccu, mieux cela vaudra pour tout le monde ». Et Tauleur d*Amei*ica and the Americans est ici, a son ordinaire, encore plus cat6gorique : <c L'exercice physique pour le plaisir d'en prendre, cela n'est pas inconnu en France, en Angleterre, en Allemagne, partout ; mais, dans ce paysci on n'y a de goilt que sil s'^pice d une competition furieuse. 11 s'ensuit une serie indefmie de dissensions, de querelles et de discussions parmi les jeunes gentlemen des ecoles comme parmi les professionnels. Au fait, le football a 616 iou^ dernierement entre ces jeunes gentlemen avec tant de mauvaise humeur, tant d'ac-
cijsalions do mauvaise foi et de Iricherie, lant d'insulies reciproques que Ion en est venu a demander serieuscmcnt la suppression des jeux inlercollegiaux. Tout cela est sans excuse, k moins toutefois que ces jeunes gentlemen ne soicnt pas des gentlemen du tout... »
Mais le principal tort des voyageurs qui ont parl6 des ni(eurs scolaires am^ricaines est d*avoir exag6r6 Timportance des preoccupations athl6tiques, en reduisant leur expos6 k la description des championnats intercoU^giaux, ou en I'y pla^ant au centre*. D'autres faits sont assur^ment plus caract6ristiques.
Et d^abord, la coeducation est sans contredit le ph6nomene capital.
Chez nous, les gar^ons et les fiUes ne sont eduqu^s ensemble que dans les ecoles primaires des petites communes rurales ; l^, tous les enfants sont reunis par economic, mais on consid^rerait comme un progres que I'ecole mixle fut scindee en deux, une pour les garQons et I'autre pour les fdles. Au-dessus de Tecole primaire, la separation des sexes est absolue, jusqu'a rUniversite (enseignement superieur) exclusivement.
Aux Ktats-Unis, sur les 15 990 803 Aleves qui, d'apres
* « Je ne crois pas, a priori, que 1' Europe ait quelquc chose ft apprendre des pedagogues americains. Notre experience est plus vieille que la leur, nos methodes sont plus eprouv6es. Aussi me suis-je tout ft fait desint6ress6 du systfeme scolaire... Les sports m'ont attir6 da vantage. » (G. Huret, En Amirique, 1904, I, p. 133.)
l'edugXtion aux etats-unis 209
la derni^re statistiqae, vont aux 6coles publiques (primaires, secondaires et normales), 18 387 734 sont dans des 6coles oii r^gne le systeme de la coeducation, c'esl-a-dire fr^quentees simultan^ment par des gardens el des iilles. Douze cent mille enfants forment la clientele des ecoles privees du m^me ordre ; 43 pour 100 de ceux-1^ sont soumis aussi k la coeducation. Quant aux Colleges et aux Universites, presque toutes celles de ces institutions qui sont publiques (d'Etat) pratiquent la coeducation; les institutions anciennes, de fondation privee, se refusentgeneralementkradmetlre pour les undergraduates y c'est-k-dire pour les etu»diants qui ach^vent leurs etudes secondaires ; mais, somme toute, 62 pour 100 des undergraduates inscrils dans tous les etablissements coliegiaux et universitaires des Etats-Unis sont, comme on dit, des coeds. — En resume 93 pour 100 de la population scolaire totale vit sous le regime de la coeducation et 7 pour 100 seulement sous le regime de la « segregation », dans des ecoles k Teuropeenne.
Historiquement, ni le regime europeen de la segregation ni le regime americain de la coeducation n'ont ete etablis parcc que, les avantages et les inconvo" nients en ayant ete peses d'avancc, Tun ou I'aulrc fut juge preferable. Que la segregation soit devenuc ot restee Tideal europeen, cela sc comprend tres bien : a Torigine, des ecoles reservees aux gar^ons parce qu'il n'etait pas question d'instruire les fillcs; puis, des ecoles separees pour les filles.L'idee d'unc autre solution ne fut meme pas con^uc, parce que Teducation
La.nci.ois. C!ue8t. d'hisl. d'eiis. Nouv. si^rie. 14
des deux sexes en commun inspire une repugnance instinctive k des esprits nourris de pr6jug6s eccl^siastiqucs comme Font et6, jusqu'^ nos jours, presque tous les esprits. En Am^rique, dans les vieux Etats de I'Atlantique, les choses se sont pass6es au commencement comme en Europe, et specialement comme en Anglcterre, et pour les m^mes raisons : la coeducation n'y tut pratiqu6e que dans les petites 6coles rurales, ainsi que dans les Dame schools d'Angleterre, par mesurc d'6conomie ; mais, au xix® si^cle, les nouvelles communautes de TOuest, singuli^rement affranchies des anciens pr^jug^s, tres respectueuses du droit des femmes et imbues de tendances d^mocratiques, adopt^rent de bonne heure comme id^al la methode qui, ailleurs, n'avait ete jusque-1^ qu'un -pis-aller. Dans I'ouest, les ecoles ei^mentaires ont toujours 6te conduites d'apr^s la m6lhode de la coeducation parce que, d'abord, ii n'y eut pas moyen de faire autrement, et parce que, ensuite, la population estima que cela valait mieux ; enfm, la methode fut tout naturellement etendue aux ecoles secondaires et superieures lorsque le mouvement en faveur de I'education secondaire et "superieure des femmes, inaugure 9a et \k vers 1830, se fut fait sentir dans toutes les regions des Etats-Unis. Tandis que, k I'Est, ce mouvement se traduisait par la fondation de ces « Colleges » prives pour les jeunes filles, symetriques aux Colleges de jeunes gens, dont Vassar College (1861) est le type, les Colleges et les Universites du Nord-Ouest et de I'Ouest, dotes par la liberalite des pouvoirs publics pour assurer le service
l'eDUCATION AUX ETATS-UNIS 211
public de lenseignement secondaire et sup6rieur, furent tout de suite ouverts aux jeunes fiUes comme aux jeunes gens, les uncs ^tant consid6r6es comme en possession des mt^mes droits que les autres. Oberlin College (Ohio), fond6 des 1833, passe pour le premier en date des Colleges co6ducationnels. Depuis lors, non seulement Ic sysl^me d'Oberlin a triomph6 sans effort dans le Nord-Ouest tout en tier, mais il est entr6 en concurrence avec le systeme traditionnel et k I'europ^enne de I'Est, le systeme de Vassar. Quarante-sept ans apres la fondation d'Oberlin, en 1880, plus de la moiti6 des Colleges am^ricains s'^taient d^ja rallies k la politique de I'Ouest (51 pour 100). Et les statistiques posterieures accusent un progres continu dans le m6me sens (65 pour 100 en 1890, 71 pour 100 en 1900). Aujourd'hui la politique de Vassar ne compte plus, m^me dans TEst, comme forteresses en apparence inexpugnables, que quelques 6tablissements riches, c61^bres et consacr^s par la pi6t6 des generations qui les ont traverses. Les plus v6nerables Universit^s resistent encore ^nergiquement; mais elles sont entries dans lavoie des compromis. Leur mot d'ordrc est d^sormais : pas de coeducation, mais une coordinate education, soit que, comme h Brown University (Providence, R.I.) un College de jeunes filles fasse partie integrante de I'Universite ; soit que, comme ^ Harvard, des Colleges de jeunes filles lui soient simplement annexes *.
* ff Coordinate education represents a College for men as a part of a University and a College for women as a part of a Uni*
2iS QUESTIONS D HISTOIRE ET D ENSEIGNEMENT
Tels sont les fails. — Ce n'est pas k dire que le principe m6me de la coeducation n'ait pas d'adversaires aux Etats-Unis. M^me, 6lant en minority, ces adversaires n*en soutiennent ordinairement leur Ih^se qu'avec plus d'ardeur. Faut-il indiquer leurs arguments ? On les devine assez. Quelle faute de donner la m6me Education aux gardens et aux filles, alors que les filles n'ont ni la m^me forme d'esprit, ni la m^me endurance, ni les mt^mes ambitions, ni les m^mes destinies en perspective que les gargons ! Danger d'e£f6miner les gar^ons et de viriliser les filles ^ I'exc^s. Danger que la presence des filles abaisse le niveau des etudes. Danger, selon les humoristes, que les deux sexes perdent leurs illusions Tun sur Tautre, et surtout que les filles soient plus tard d6tourn6es du mariage pour avoir d^couvert trop tdt combien les hommes sont stupides. D'ailleurs, quels que soient les avantages et les inconvenients theoriqucs du syst^me, n'est-il pas Evident que I'application n'en est possible qu'^ certaines conditions : il faut, en particulier, que le niveau de la morality publique soil extraordinaire-
versity. Each college complete in itself, each able -to exist without the other, but both under one general administration, both dwelling in one • scholastic atmosphere, both united in loyalty to the same ideals and joined in pursuit of these ideals by similar methods. Coordinate education is not coeducation, for the men and women do not recite in the same classes. Coordinate education is not separate education, for the teachers of the College for men usually teach also in the College for women ; the libraries are shared in common and the administration of the two is identical. « (G. F. Thwing, president of Western Reserve University, dans Report of the Commissioner of Education for the year 1900-1901, p. 1296).
L EDUCATION Al'X KTATS-UXIS 243
ment haul. Or, dil-on, il est vrai que, dune maniere gen^rale, ses traditions puritaines sauvegrardent a cet 4i^ard la soci^te am^ricaine : les fautes contre la raffle des mcpurs j'sont celles que I'opinion tolere le moins el peut-etre les seules donl elle n'exc use jamais la r^v^lation publique ; cependant la population des grandes villes est, aux Ktats-Unis comme part out, ti^s m6l^e : n'est-il pas legitime que les families hesitent A envoyer leurs jeunes lilies dans des ecoles frt^quent^es par des Ills d'immiCTes orienlaux, Svriens et autres, aux veux luisanls et d'allures inquietantes ? Je n'ai jamais rencontre, pour ma part, de detrac leurs plus passionn^s de la coeducation que ceux qu'il ma ^t^ donn^ d'entendre dans les colleges americains ou elle nest pas pratiqu^e.
Mais les porle-parole de la majority font peu de cas de ces objections. Assuremenl. disenl-ils, on pourrait discutailler a perte de vue pour et contre le principe de la coeducation. Mieux vaut consid^rer les lemons dc Texp^rience. C'est d^j^ un bon point, n'est-ce pas ? pour « la methode am<^ricaine » que sa didusion progressive ; aurait-elle eu tant de succes, ayant eu ;\ triompher de prejuges si enracines, si elle n'avait pas 6te viable ? Mais visitez nos ecoles el regardez autour de vous. La discipline de nos Ecoles a Tam^ricaine n est-elle pas bonne, et infiniment plus facile ill maintenir que dans les ^tablissements a I'europeenne, en raison de la retenue instinctive que la presence des jeunes fdles impose aux garcons? Les mani^res n'y sont-elles pas meilleures ? Les etudes sont-elles inf(6-
2i4 ^^HESTKINS D^HISTOIRE ET d'eNSEIGNEMRNT
rit*urt»< ou sujM'rieures a co qu'ellcs sonl dans les cou- Vi'iits 5c olain'S de Tun ou de I'aulre sexe ? La plupart des j<*unos lilh*s am^ricaines onl elo plus ou nioins elevt'os sous lo rririine de la coeducalion : esl-ce qu'elles sont niuiiis airroablcs que dautres ? La plupart des j<»unes »rens aussi : esl-ce qu'ils soni moins ^nerg^ques? Quant a la diminution du nombre des manages, elle a, pour autanl quelle s'acoentue, des causes bien plus profondes que la coeducation. On a meme soutenu, non sans apparence, que la coeducation tend rait pi utot a lenrayer*. Et, du reste, le nombre des manages ne diminue nullement, ce qui coupe court a tout.
Le Commissaire federal de I'Education a publie, dans ses « Rapporls » de 1891-1892 et de 1900-1901, une foule d opinions emises sur la coeducation americaine et ses r6sultats par des pedagogues et des administrateurs, des professeurs, des medecins, des ecclesiastiques, des gens du monde americains, et aussi par des strangers. G'est un recueil tres curieux en ce qu il montre une fois de plus que, meme sur les questions de fait, des hommes d'egale autorite peuvent affirmer avec une 6gale assurance, les uns blanc, les autres noir. Toutefois, les strangers qui, n'appartenantpas a TEglise catholique ou a dautres Eglises trcs conservatrices, sont exempts dune aversion pr^alable et invincible contre I'Education en commun^, se sont,
* Report of the Commissionev of Education for the year 1900-1901, pp. 1256-7.
' L'aversion est invincible, m6me chez les catholiques americains: « While 1 can ^ ' ' '^ no new argument to jus-
L EDUCATION AUX felATS-UNIS 215
pour la plupart, d6clar6s plus favorables k ce regime apres qu'avant leur s6jour aux Etats-Unis. Telle a 6t6, en particulier, Timpression des experts anglais dontles rapports ont paru r^cemment dans les Special Reports on Educational Subjects du Board of Education de Londres et dans les Reports of the Mosely Educational Commission (1904). Voici quelques appreciations de ces derniers commissaires. « Je disculais, dit M. Armstrong, avec un inspecteur des 6coles de Washington les raisons qui avaient d6cid6 Tadministration locale k abandonner le syst^me des classes mixtes, puis k y revenir ; il me dit que Ton avait trouve trop difficile de maintenirla discipline dans des classes exclusivement compos^es de gar^ons * ». M. Fletcher s'cxprime ainsi : « Les filles sont notablement en avance sur les gar- ^ons, qui ont Fair de les respecter fort, et il semble que la question sexuelle n'existe pas. Nul doute que I'influence des filles, plus diligerites et plus soigneuscs dans les petites choses, soit bonne sur les gar^ons:
tify me in condemning coeducation, the argiinient of propriety
is all sufficient in my judgment While 1 admit that youths
may receive a stimulus to study, and, perchance, a certain refinement if you will, by coeducation, yet do I also perceive dangers which may more than balance such advantages. What these dangers are, parents and educators and others experienced may easily surmise. » (D'. O'Gallaghan, Rector of S*. Augustine's Church. L. c, p. 126o).
• L. c, p. 10. M. Armstrong estime au reste (p. 13) que les mcDurs sont trop douces dans les ecolcs americaines : « The boy in America is not being brought up to punch another's head or to std.nd having his own punched in a healthy and proper manner. There is a strange and indefinable feminine air coming over the men, a tendency towards a common, if I may so call it. sexless tone of thought. »
210 gcESTioNs d'histoire et d'enseignement
ils travailleni mieux pour ne pas (^tre baiius. R^ciproquement, la quality supericurc du travail dcs gardens los mieux dou6s eleve et tonifie celui des fiUes. Si le mc^mc curriculum etait impose k tous les eleves, on pourrait regrettor quo les fillcs fussent accabl6es de matiiTos qui ne Icur conviendraient pas. Mais le systeme (Mectif pare a cette difTiculte : quelques disciplines, qui conviennent ^galement aux deux sexes, sont enseignees en commun; il en est d'autres que soit les fdles, solt los gar^ons, ne choisissent que par exception. Rien no m'a conduit h penser que les filles fussent plus surmen6os que cliez nous, dans nos GMs*High Schools^ yy. « En somme, dit M. Gray, les avantages dc la coeducation Temportent de beaucoup sur les inconv6nients dans les externats, et m^me dans les internats. Mes observations m'ont conduit k penser que la camaraderie entre les sexes produit d'excellents effets - ». « J'ai remarque, dit M. Rathbone, que les adversaires du systeme 6taient tous des gens qui n'avaient pas 6t6 cux-memes Aleves d'apres ce systeme ; et je suis porto a penser que si les femmes en Am^rique savent mieux so tirer d'alTaire et sont plus respectees que chez nous, la coeducation y est pour quelque chose ^. )) c< Sur ce sujct si controversy, dit M. Foster, le touriste de passage ne pout guere exprimer un avis qui ait du poids. Jc pense cependant que nous
« Reports, p. 143.
•/6frf.,p.i67.
» Ibid., \h 267.
l'education AUX ETATS-UNIS 217
avons tous et6 frapp6s de ce fait que les relations des gardens et des filles k lecole et hors de I'^cole, des etudianls hommes et femmes dans les Universit^s, des honimes et des femmes dans la vie, soht beaucoup
plus naturelles qu'en Angleterre J'ai entendu dire
que la presence des fdles tendail h rendre le travail moins s6rieux ; mais je ne saurais dire que cette opinion ait 6te confirmee par ce qu'il m'a et6 donne de constater moi-m6me. Les 6coles pour gar^ons seulement de Boston et de Lawrenceville que j'ai visitees m'ont paru ^tre en sommeinf^rieures aux ^coles mixtes, tant pour le z^le des eleves que pour la force des etudes ^ ».
Je n'ajouterai qu'un mot a ces int6ressants t6moignages.Alaquestion dont j'ai ete,comme tout lemonde, assailli en divers lieux : « Croyez-vous en la co6ducation? », j'ai toujours rcpondu oui, h la vive joie des uns (Chicago), a I'^tonnement manifeste des autres (Pennsylvanie). Mais j'y crois sous reserves. II est ccrtainement avantageux dinstruire ensemble des enfants de Tun et I'aulre sexe, des jeunes gens et des jcunes filles bien eleves. Mais I'experienco serait dilTicile a instituer dans les pays oii la majorite des jeunes gens ne sont pas bien (^lev6s — au Perou et au Mexique, par exemple, comme disait le D*" E. E. While dans le National Teacher de 187:2. La coeducation est un bienfait socicil, mais qui doit etre prealablement m6rit6. Que la societe des Etats-Unis se soil montree,
* Reports, p. 113.
la premiere parmi les sociot^s civilis6es — et, jusqu a present, la scule, avcc la Norv^ge et la Finlande — dignc de la pratiqucr, cela lui fait beaucoup d'honneur.
D'autrcs traits encore de la vie scolaire aux Etats- Unis sont dignes d^attention. — G'en est un, tres remarquable, que le goiit d6cid6 des enfants et des jeunes gens am6ricains pour I'^cole. lis aiment k y aller, et ils en gardent d'ordinaire, le meilleur souvenir,
Cela tient assurement, pour une trfes large part, a la d6licieuse libert6 dont ils y jouissent. — En regie g6n^rale, dans les 6coles primaires et secondaires des Etats-Unis, pas de discipline a la fa^on qui nous est familierc, autocratiqucment imposee par le maitre k des 6coliers ironiqucs et sournpis, ses ennemis naturels, et sanctionn^e par des punitions et par des recompenses*. Le maitre qui, comme on sait, est le plus souvent une maitresse, ne compte gu^re, pour maintenirle minimum d'ordre n6cessaire, que surl'int^r^t qui^est capable d'exciter et sur le prix que ses Aleves attaclient k I'instruction. II est quasiment, avec eux, sur le pied d'6galit6 ; il les traite, et ils le traitent, dfes le premier ^ge, en jeunes r6publicains n6s libres. Mais cen'est pas tout : I'ecole est le forum des 6coliers am^ricains, ou ils font leurs premieres armes civiques et sociales, a I'imitalion des grandes personnes.
* Les ch&timents corporels, le « divine right » des ecoliers anglais, sont presque tomb6s en desuetude aux Etats-Unis, m6me dans la Nouvelle-Angleterre.
l'eDUCATION AUX liTATS-UNIS 219
Lors de mon s^jour k Chicago, en octobre 1904, les ecoliers de la Mc Allister Public School 6taieni en greve. lis avaient form6 une « Union » dont les d616gues (pickets) se postaient tous les jours aux alentours de r^cole pour en interdire I'entr^e aux camarades qui, lachement, auraient con^u la pens6e de reprendre le travail. Pas un de ces pickets n'6tait dge de plus de quinzeans. Lesjournaux^taientpleinsde leurs exploits. La gr^ve avait 6t6 d6termin6e par le bruit (mal fond6, paraii-il) que Tune des maitresses adjointes du kindergarten de la Mc Allister School 6tait une personne de couleur*.
A la m^me date, dans la memo ville, les 6coliers de rOak Park High School etdela Hyde Park High School 6taient fort agitcs. Le Board of Education local, tout en reconnaissant qu'il n'avait aucun droit de controlc sur les 6coliers hors des heurcs de classe, s'6tait permis d'infliger certaincs d6ch(5ances k quelques-uns d'entre eux, connus pour leur participation active k des Soci6-
• D6coupe dans un journal : a School boy Pickets. « Union » Pupils at Chicago in Strike Against Teacher. — Fifty boy pickets stationed about the Mc Allister public school here prevented pupils from entering today. Outside the picket cordon a crowd of 700 boys and girls hooted and yelled at the teachers at the school windows. Every young striker wore a badge, to show that he or she belonged to a « union ». Some of Ihe badges were scraps of paper with the word « Union » scrawled across it. Others wore union buttons which their fathers had worn. Many of the strikers carried clubs and threatened violence against any child daring to enter the school yard.
The picketing was the result of a a strike » which was caused by a mistaken belief of the children that an assistant kindergarten teacher was coloured ».
i6s secretes {Greek Letters fraternities). — Personne n'ignorc quo, (lai)s los Universit6s ct Ics Colleges des Ktats-lTnis, il existe des associations d6sign6es par les initiales d'une devise grecque : par exemple Delta Phi, ou bien Alpha Delta Phi. Associations « secretes », mais dont le principal secret est pr6cis6ment la teneur de la devise grecque dont les profanes ne connaissent que les initiales. Associations fraternelles (Frats) qui so recrutent par cooptation, a toules les fins qui, de par le mondc, sontcellesdesfranc-maQonneries de camarades : se sentir les coudes el se distraire en se pr6paranl des amities pour I'avenir. Associations dont plusieurs, comme Delta Phi el Alpha Delta Phi, riches, puissanles et exclusives, ont des logos dans toules les Universit6s de premier ordre et, dans toules les grandes villes, des chapitres permanonts d'anciens membres, qui sont au nombre des clubs les plus estim6s. — Mais ces Societ6s, dont les hotels 6gayent les villes universitaires du Nouveau Monde, ouils ticnnent presque la place des « Collegefi)) et des (c Halls » dans les vieilles Universites anglaises, n'avaient pas pouss6 jusqu'k present de ramifications dans les ecoles sccondaires du cycle inf^rieur {High Schools). II parait que cela commence. — Les ^l^ves males de Hyde Park s'indignaient, en octobre 1904, qu'on cssayat d'empecher leur affiliation a Gamma Sigma, a Omicron Kappa Pi et k d'autres fraternil6s ; les autorit^s r6pondaienl que les promoteurs de ces affiliations 6taienl des 61^ves tr5s m^diocres el que les distractions nocturnes, dans les Fraternity Houses,
L EDUCATION AUX 6tATS-UNIS 221
6taienl de quality douteuse (fumer, boire, etc.) ; nombre de parents, partisans de la liberty quand m^me, ne se g^naient pas, cependant, pour donner tort aux autorit6s. A Oak Park, c'6taient des « s6rorit6s », c'est-^dire les associations de fiUes, qui causaient le plus d^embarras; on les accusait de d6velopper I'esprit d'ostracisme social : des candidates blackboul6es k Delta Beta Phi, k Beta Tau Delta ou k Phi Gamma Upsilon, les trois sororites de I'^cole, en avaient fait des maladies *. Les gens graves hochaient la t^te. Mais tout le monde pr6voyait que rien ne pr^vaudrait en fm de compte contre la pr6cocit6 des 6coliers et des 6coli^res d*Am6rique, et leur passion nationale de singer ce qu'ils voient faire k ceux qui les ont pr6c6des dans la vie.
L'extraordinaire confiance en soi, Tassurance imper-
* Opinion du D' J. -A. Shayler, Grace Episcopal Church : « There are two sides to this question and 1 may have been unfortunate in seeing the worst side. Girls who do not make sororities have in many instances lost interest in their school work. They have many times really been ostracised in a social way, and this evil alone has caused mofe agony to many a girl than I can tell. In one case two sisters attended the school. One of the girls was admitted to a sorority, while the other was less fortunate. The second girl has not ceased to worry about that fact to this day ».
M. Frank R. Bagley, de la Moulten SrM Company, dit : « I can hardly restrain niyself when spoken to about the matter. The sororities produce a claunishness that has ruined many a childish friendship. The pupils of high schools arc entirely too immature to have fraternities. While a college fraternity man myself, I have no sympathy for such organizations in high schools.
« The girls are said to have meeting places in barns and other objectionable places. »
turbable, Tesprit d'ind6pendance et de familiarite d6mocratique, Ic penchant k rassociation sous toutes les formes, principalement sous celles que pratiquent les politiciens, y compris le boycoltage, ce sont la les traits qui caract6risent d6)k I'^colier am6ricain. Rien d'6tonnant, par consequent, k ce que laplupart de ces traits se retrouvent, accentu^s, chez T^tudiant am6ricain. Mais on a si souvent d^crit les aspects ext^rieurs des Colleges et des Universit6s d'outre-mer que j'h^site k parler, apr^s tant d'autres, de la « vie universitaire » auxEtats-Unis. Voyez plutdt ce que les derniers observateurs ont cru devoir encore 6crire sur ce sujet rebattu, us6 jusqu'^ la corde *.
Que dire, en elTet, des associations d'6tudiants am6ricains que tout le monde ne sache? — Le groupement le plus comprehensif, qui est aussi le groupement primitif, est la « class » ou promotion, k laquelle apparticnnent tous ceux qui doivent achever leurs etudes la m^me ann6e. Partout ou I'esprit de « class » est assez d6velopp6, il s'ensuit des rivalit^s entre les promotions successiveset des brimades pour les nouveaux.J'avais lu, avant de passer Teau, que les brimades, jadis Krooes, n'etaient plus aux Ktats-Unis qu'un souvenir, ce que quelques-uns attribuaient aii progres naturel des moeurs et d'autres a I'influence d^bilitante de la coeducation. Mais j'ai pu me convaincre qu'il etait toujours n^cessaire de lutter contre cette survivance
* Par exemple, J. Huret, En Amerique. I, p. 133 et suiv., et H. Bargy, Colleges et Universites aux Etals-UniSy dans la Revue de Paris, aotit 1904.
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du bon vieux temps. Les Universit6s de Philadelphie, de Cornell et de Princeton ont dii prescrire k nouveau, en septembre 1904, Tabolition des brimades, tant secretes que publiques, sous peine d'expulsion ^ . Ailleurs, freshmen et sophomores se sont encore livr6, k la derniere rentr6e, de veritables combats, sous I'oeil bienveillant des juniors et le bdton des policemen -. L'esprit de « class » se traduit, du reste, par des bienfaits plus certains : c'est la coutume des promotions, en divers lieux, de marquer leur gratitude h YAlma mater et de perp6tuer le souvenir de leur passage par des fondations di verses. — En m^me temps, tous les autres modes de groupements imaginables sont realises ici : cercles d'6tudes ou d'exercices et cercles de recreation, clubs d'etudiants de la meme region, de la m^me Faculte ou simplement du m^me monde. A ce
* Voir le discours du president Schurmann k la rentree de Cornell, en septembre 1904. Le nouveau r^glement de Philadelphie oblige les sophomores & declarer parecrit s'ils ont parUcipe k des brimades et A promettre de s'en abstenir desormais.
'Combats qui donnentlieu, dans lapresse sensationnelle A des comptes rendus comme celui-ci : « Columbia Students in bloody battle. — Sophomores defeat freshmen in desperate fight on Southfield. — In one of the most sanguinary class rushes that ever took place at Columbia the Freshmen were repulsed by the Sophomores on South Field to-day. When the fight came to an end the big field resembled a battleground.
Men with half their clothes torn off were lyng insensible on the grass. Those who were able to walk were covered with blood. One man darted wildly off the field with nothing more 6n him than Adam wore. So excited was he over his condition that he did not wait for a barrel or a blanket, but ran straight to his boarding house and created the wildest consternation.
The battle to-day was the culminatioh of the usual annual a rough house » that attends the opening of the class season.
propos, ricn, peut-ctrc, n'est plus notable que la/tendance, tres ace usee dans quelques Universit6s de ce pays 6galitaire, a Tassociation entre jeunes gens du mc^me monde ou de la m^me fortune. La plupart des Universil6s poss^dent de tr^s agr^ables batiments, ou les etudiants sont loges en commun ; on leur donne le vilain nom, qui nest pas parfaitement exact, de dormitories, 11 y a aussi, sous la surveillance des autorit^s universitaires, d'aulres dormitorieSy fondes par des particuliers ou des soci^tes d'6tudiants. Or, le coAt de la vie n*est pas le m^me, tant s'en faut, dans tous ces 6tablisscments : il en est qui ne sont gu^re accessibles qu'aux millionnaires. D'ou il suit que les etudiants qui out des ressources analogues sont amends k vivre ensemble. D'autre part, les Fraternit6s a lettres grecques et les autres Soci6t6s « secr^es » ne s'ouvrent
At the annual sophomore « smoker » last evening the freshmen had rushed in upon the « sophs », and in the fight that followed the police took a hand and clubbed the students out into the street.
Both classes were eager to settle the whole affair to-day. Wlien the sophcmiores walked out on South Field with a torn shirt as tluMr llag and hoisted it in an old oak tree the freshmen wcro (juick to a('co]>t the challenge.
« ('apturo the Hag! » was the yell set up by the « freshies ». The Si>phoiumvs ranged themselves in a circle around the tree. It wjiM agivetl (hat Uu' fight should consist of two halves, the first to last tl\e uiliuiles and the second eight minutes. The juniors coached the freMhmen.
When the >ilgnal was given for the first attack the freshmen nuide a lerrllic rush, but were badly worsted, and at the end of tlu* half they retired with torn clothes. The second half might have passetl for a hand-to-hand encounter between the Japs and the Kussians. As the students struggled about beneath the tree they left a trail of battered and bleeding men, and when time was called each side was glad to stop. »
gen^ralcment qu'aux candidats qui appartiennent k certains milieux sociaux, et leur exclusivisme est pr6cis^ment une de leurs raisons d'etre. La camaraderie 6galitaire, telle que nous I'entendons chez nous, se pratique done [surtout, I^ oh elle se pratique, dans les cercles d'6tudes ou d'exercices, qui se comptenl par centaines, mais qui se divisent, h premi^^re vue, en deux grandes categories. D'abord, les associations athl^tiques, en vue des divers sports (mais il faut noter que tous les sports ne sont pas permis aux petites bourses). En second lieu, les associations pour la culture d'un art, depuis Tart oratoire jusqu'a celui de la mandoline ou du banjo. II a d^j^ €16 question, plus liaut, de Tathl^tisme universitai^re ; contentons-nous de constatcr maintenant que les associations sportives sont, avec les Fraternit6s, les plus florissantes de toutes. Parmi les autres, les soci6tes dart oratoire, ou Ion s'exerce k la parole publique et k la procedure des d^bats parlementaires, ont 6t6 jadis au premier rang; mais elles sont, parait-il, en decadence, quoique le nombre des orateurs, debaiei^s et spellbinders, soit toujours prodigieuxen Am6rique. — Tres singuli(?res, pour le dire en passant, sont les Soci6t6s oratoires ou les discussions, qui ont lieu en langue fran^aise, portent sur des questions de politique frangaise; par les proces-verbaux de quelqucs-unes, qui figuraicnt dans la Section de I'Education k TExposition de Saint-Louis, on pent juger de ce qui s'y passe *.
* Voir Alcee Forlier, La politique francaise conlemporaine,
hxum-Q-.n. Quest, d'bist. et d'cDs. Nouv. s^rie. 15
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Je voudrais encore souli.i^ner, pour finir, une des grandes raisons qui conlribuent, aux Etats-Unis, a ragr^ment de la vie scolaire ; Texcellence des installations mat6rielles, la commodity, la dignity, voire la beaut6 des cadres oCi elle s*6coule d'ordinaire. — Sur ce point, le public europeen est expos6 k entretenir des prejug^s contradictoires. En cfTet, quantity de voyageurs lui ont vant6, avec raison, la magnificence et le calme 61ys6en des cit6s universitaires ; il est expose k croire, en g6n6ralisant k la hdte, que toutes Ics 6coles am6ricaines sont des mcrveillcs comme Harvard, Yale, Columbia etPalo Alto. D'un autre c6l6 il a entendu dire, ou il s'imagine, ce qui n'est pas tout a
jugee paries etudiants americains (La Nouvelle-Orleans, 1902). — Voici la question qui fut mise k I'ordre du jour en 1899, k Harvard : « Que le syst^me actuel de gouvernement republicain en France convient niieux au peuple fran^ais que celui du Second Empire ». Le prix fut remporte par un freshman qui soutint la negative ; neanmoins, les sopkomores r6ussirent k faire voter raffirmative. — Autres th6mes debattus k Baltimore (Johns Hopkins) ct k Palo Alto; « Que la France devrait renoncer k ses possessions territoriales en Asie » ; « Que Casimir Perier a eu raison de donner sa d6mission » ; « Le systfeme frangais d'education est mieux approprie aux besoihs de la France que ne le serait le syst^me aniericain. » L'orateur qui, k propos de ce dernier th6me, soutint avec le plus de succ6s la negative, fit valoir : 1" Que le systfeme actuel a engendre dans toutes les ecoles de France un manque absolu de discipline morale ; 2» qu'il detruit chez le maltre tout esprit d'initiative; 3° que le gouvernement local est le plus puissant facteur en Education ; la centralisation pedagogique [telle qu'elle existe en France] empeche la confiance en soi et diminue la fermete du caract^re national. — « Ue tels debats, conclutM.A. Fortier, de rUniversite Tulane, sont bien fails pour attirer I'attention de la jeunesse universitaire des Ltats-Unis vers la France contemporaine et pour raffermir entre les deux pays les liens d'une sympathie intelligente. »
l'education AUX ETATS-UNIS 227
fait faux, que la vie am6ricaine est bruyantc et inconfortable, en d^pit et peut-^tre k cause des simplifications m6caniques dont elle s'encombrc, et enlaidie par un luxe vulgaire ; il se m6fie. Or, il a tort dans les deux cas. Une experience tres limit^e ma permis de constaterpersonnellementqu'il y a, auxEtals-Unis, des ^coles, mdme des 6coles universitaires, qui sont aussi sombres, laides, sales et attristantes que les pires de nos vieux bagnes d'Europe, en cours de demolition. Mais c'est la, a ce qu*il semble et k ce que tout le monde assure, Texception ; et, partout oii les choses sont bien, elles sont vraiment tr^s bien, non seulement appropri^es, mais de bon goiit et dune irreprochable simplicit6. — Les ecoles 616mentaires urbaines, dont quelques-unes s'empilent dans ces gigantesques casernes en forme de tour que Ton appelle skyscrapers, sont, pour la plupart, mieux 6quip6es que les notres : des revetcments d'ardoises regnent tout autour des classes, a la hauteur convenable, ce qui permet aux enfants de travailler, tons ensemble, au « tableau » ; les murs sont amplement d6cor6s de cartes et de photographies, que Ton prend soin de renouveler sans cesse ; des ouvrages de reference sont places sur des pupitres sp^ciaux, k la disposition des eieves, qui sen servent, Les meilleurcs ecoles ont, d'ailleurs, des bibliothequcs de pret, oCi les livres de premier ordre se trouvent en autant d'exemplaires qu'il est utile. 11 va de soi que I'absence de « cours de recreation » est compcnsee par des gymnases, des piscines et des ateliers. — On ne b^tit, du reste, d'ecoles dans les quartiers populeux que parce
228 QUESTIONS D HISTOIRG £T D*GNSE1GNEMENT
que Ion ne peut pas faire autrement. Les 6coles sup6rieuress'^l^venttoulesaussiloin que possible de la pestilence des foules et du tonnerre des trollevs. Harvard 6tait jadis a la campagne ; cette campagne est maintenant submerg6e par un faubourg de Boston; mais la mar^e des fabriqucs et des maisons a respecte, en le contournant, I'llot universitaire. La nouvclle Universite de Chicago s'cst install^e aux confins de la grande ville et de la plaine sans limiles, dans le quartier des pares que son domaine prolonge. I/Universite de Michigan forme, presque a elle seule, la petite ville, d^licieusement rurale, d'Ann Arbor. Le territoire scolaire a, partout, le cartict^re d'une reserve, d'une oasis, dun bois sacre. Les edifices qui s'y trouvent diss6min6s parmiles arbrcs et les prairies n'ont pas toujours, a Tcxt^rieur, la charmanle noblesse de ceux d'Harvard (en style du temps de Georges) ; il y est souvent abus6 du gothique anglais, gothique pauvre, qui nous fait, a nous, I'effet d'etre, pour ainsi dire, plus moyenageux que medieval ; mais ils ont n6anmoins, pour la plupart. fort bon air, et je n'en ai guere vu qui rappellent les odieuses architectures dont les milliardaires de New York deshonorent la Ginquieme Avenue et les bords de THudson. J'ai visits plusieurs de ces edifices : on ne peut se dcfcndre de comparer le sort des jeunes gens qui frequentent ces clubs vastes, tres . bien tenus, d'une 6l6gance sobre, ou tout est prevu, et ces bibliotheques admirables, ou ils jouissent des plus pr6cieux privileges, a celui de nos etudiants disperses dans les hdtels meubl6s et les cremeries sordides du
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Quartier Latin, sans autre asile que les salles congestionn6es de bibliolheques publiques dont le service laisse a d^sirer. Nous n'avons meme pas la consolation qu'un art plus raffin6 soit applique, chez nous, ^ la decoration int^rieure de \Alma mate)' elle-m^me : il n y a rien, dans les Universit^s d'Amerique, d'aussi grossierement « am^ricain » — au sens ou les Americains eux-m^mes prennent I'^pithete dutchy — que certaines fresques et les dorures de la nouvelle Sorbonne.
11 est naturel que I'^cole, h tons les degr6s, soit aimee aux Etals-Unis, puisque rien n'est 6pargn6 pour la rendre aimable. Et c'est 1^, sans doute, une des lemons que le Nouveau Monde nous donne en mati^re d'education. — La vie en general est incontestablement plus plaisante k vivre en Europe qu'en Am^rique, au moins pour les gens k leur aise. Gependant la jeunessc europ^enne a 6te longtemps 6lev6e dans des 6coIes tristes, sans souci de reslh^lique, de riiygione physique et morale, ni dune pedagogic rationncUc ; la jeunessc americainc se prepare depuis longtemps a un avenir plus rude dans des conditions moins p^nibles. Quoique I'^cole europ6enne ait commence k s'humaniser, I'antique tradition d'indi (Terence intellectualiste a tout ce qui n^t pas la culture de Tesprit, et, notamment, aux questions d'amenagcment pratique, y pcrsiste toujours, plus ou moins ; il me semble que nous avons encore beaucoup k apprendre a cet 6gard.
Toutlemondealules premiers livresde H.-G. Wells, le nouveau Jules Verne anglais, un Jules Verne mieux inform^, dune fantaisie plus puissante, et philosophe. Get ecrivain sest r^cemment propose d' « offrir une ebauche hypothetique de la fa^on dont les choses de ce monde iront au xx® si^cle ». Non pas sous forme de roman, quoi qu'il soil romancier : il n*a pas voulu augmenler le las des fictions dont VA7i SOOO, public il y a cent ans, est le prototype, rarement amusantes, souvent pueriles, et tout h fait ridicules quand on les considere quelque temps apros qu'cllcs ont paru, tant la r6alit6 a d^borde ou contredit les pauvres imaginations qui s'y trouvent. H.-G. Wells a constat6, par experience, que la fiction, n<5cessairement concrete etdcfinie, « ne permet point d'alternatives ind^pendantes » et qu'elle exclut la demonstration ; or, « la prophetie moderne doit etre une branche de la philosophie et suivre exactement la methode scientiliquew. ProphMe moderne, il a substitue a la description arbitrairc du monde futur « une serie d'enquetes loyalcs et de spc-
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culations s6v^remenl coordonnees sur reffort probable de rhumanit6 en presence des necessit^s de lavenir)). De 1^, trois ouvrages tr^s attachants : Anticipations, the Discove7*y of the Future, Mankind in the Making. II est si parfaitement impossible de pr6voip ce que seront les acquisitions nouvelles de la science et les transformations de Tindustrie au xx® siecle que, si M. Wells sen 6tait tenu a raisonner sur ce que seront dans cent ans I'aspect ext6rieur des choses, les proced6s de « locomotion » et la tactique militaire, on ne voit pas comment il aurait pu s'^lever fort au-dessus des autres faiseurs de pronostics. Mais il a un tour d'esprit philosophique, et ce sontles reactions sociales qui I'int^ressent par-dessus tout. 11 a 'un tour d'esprit pratique, et il entrevoit une foule de corrections imm6diates k ce qui est. Ses « Anticipations », commencees comme une s6rie d'enquetes, sont promptement devenues « Texpression d'une th^orie gen6rale, particuliere k I'auteur, mais diffuse dans le milieu ou il vit (I'Angleterre), en accord avec les conditions modernes d'activit^ sociale et politique ». Elles pr^sentent, au juste, rid6al politique et social que H.-G. Wells, tenant compte de ce qui a et6 etde ce qui est, soiten vigueur, soit k r^tat de survivance ou de germe, estime r^ali- •sable. G'est aussi une revision generate des institutions actuelles et des conceptions courantes au point de vue de cet id^al. Et.tout cela est int^ressant parce que H.-G. Wells est un Anglais comme on est port6 a croire qu'il n'y en a pas beaucoup : intelligent (au sens fraa- ^ais du mot), absolument exempt de prejug6s et de
H.-G. WELLS SUR l'^DUCATION 233
cant, avec une hardiesse de pens6e, une liberty d'allures et une force de redaction et d'invective qui sont rares n'importe ou.
En esquissant la doctrine et le plan spacieux de son Utopie, ou, comme il dit, de la Nouvelle R^publique {the New Republic), Tauteur de Mankind in the Making di^ik amen6 k disserter surplus d'un probleme dont il connaissait mal les donn^es positives. En certaines mati^res son incompetence atteint, il I'avoue en riant, des proportions remarquables et « v6ritablement distingu6es ». G'est le cas, en particulier, pour quelques parties de sa « Th^orie de TEducation ». Mais les id^es sur r^ducation n'en sont pas moins ce qu'il y a de plus frappant, et peut-Mre de plus utile, dans la philosophie de Wells. Elles sont, comme on va voir, tr^s dignes d'attention. Au reste, ce n'est pas la premiere fois que, en fait de pedagogic, les apergus dun homme totalement stranger a la pratique professionnelle, mais habitu6 k raisonner, clairvoyant et sincere, valent mieux que la litt6rature technique, celle des gensdu metier, pour inviter a penser ^ Et puis, c'est moins ennuyeux.