Boretius, t I, p
LES COLONIES AOniCOI.KS 59
récolte ou de vendre ses produits, il ne peut éteindre sa dette. Il engage sa terre pour travailler et pour vivre; il l'abandonne pour se libérer.
Cest ainsi que, peu à i>cu," la concentration des icrres défrichées se fait en quelques mains. En 837, nous voyons dans un diplôme de Pépin, que les émigrants établis auprès de la Grasse ont donné à l'abbaye les lots quils avaient reçus et défrichés ^. Pépin confirme cette donation. Cannes, Montolieu, possèdent également des terres cultivées par des Espagnols fugitifs. Sans doute, ces terres ont été réunies au couvent par la cession de leurs possesseurs. En. 875, un différend s'élève entre l'église d'Elne et un certain Auval. Ce dernier réclame pour le roi et le comte les services des aprisionnaires établis près du cloître Saint-Félix. 11 est probaI>le que ces hommes ont autrefois été des cultivateurs libres. L'église les revendique pour siens et fait reconnaître son droit. Là encore, le petit lot s'est confondu avec la grande propriété -.
Il en est de même pour les terres possédées par des laïques. En 844, Charles le Chauve confirme aux Espagnols établis dans les villae d'Espiran et d'Alignan les aprisions qu'ils ont faites. Ces villae sont alors
1. H. L., t. II, n" 95. « Conccdimus... ut quidquid Spani pnediclo monasterio dederunt de hoc quod ex eremo traxerunt quem adprisionem vocant et per prfeceptuin genitoris nostri... tenere videntur. j (3 septembre 837.)
2. Id., ibid., n" 189 : « Ut saepe dictus locus per bénéficia vel adprisionem comiti regalem servitium persolvi debeatvel homines loci illius commanentes. >
divisées en plusieurs lots. A la fin du neuvième siècle, ces partages ne se retrouvent plus. Les deux domaines sont réunis entre les mains d'un seul maître, Rainard. Celui-ci les reçoit à titre de propriété de Charles le Simple. Les anciens aprisionnaires ont disparu, le grand domaine sest reformé i.
Si nous pouvions faire l'histoire des fiscs royaux partagés par Charlemagne et Louis le Pieux, il serait facUe de constater des faits analogues. Ces faits ne sont eux-mêmes que l'application de cette loi générale: la disparition des libres et la concentration des terres entre les mains des seigneurs. En vain, la royauté avait pris sous sa sauvegarde les petits cultivateurs. Il eût fallu pour les défendre d'autres mesures, plus énergiques, plus efficaces. Et elle-même favorisait l'extension des grands domaines. En permettant aux monastères, aux laïques riches et influents d'étendre leur adprisio, Louis le Pieux et Charles le Chauve travaillent à former leur puissance territoriale -. En leur reconnaissant le droit