PRÉFACE IX
uns aux autres, lui souci minutieux des monographies et du détail, une immense compilation de fiches et un amas prodigieux de petits faits, voilà le travail préliminaire de toute œuvre durable. Aucun nest plus ingrat: je n'en, sais pas de plus passionnant. Il faut avoir longtemps vécu dans les archives pour en comprendre tout le charme. Rien de plus vivant que ces nécropoles. Mutilés, à demi efl'acés. couverts de poussière, nos vieiLX textes ressemblent à ces corps lumineux, enfouis dans le sol, qui gardent leur rayonnement. On les croit morts: ils dorment. Que faut-il pour les éveiller? un regard du jour et des yeux. Sous cette double clarté, ils se colorent, ils palpitent ils parlent. Ce sont les témoins du passé, qui, l'un après l'autre, déposent devant nous. Rois, clercs, magistrats, administrateurs, hommes de guerre, chroniqueurs, poètes, praticiens, notaires, greffiers, basochicns de village ou comptables de domaines, les voici, dans la diversité infinie de leur fonction, de leur caractère, de leur témoignage. Pêle-mêle, ils jettent à nos pieds tout ce qu'ils savent: celui-ci un fait, cet autre, un chiffre; ici, un plaidoyer, une enquête ou une sentence, ailleurs, un inventaire ou un mémoire. Beaucoup se répètent: ne nous lassons pas de les entendre. Quelques-uns se contredisent: à nous de les concilier. N'ajoutons pas surtout à leur silence. Dans ce défilé interminable et parfois monotone,