Ordonnances, t. I, p
sèment des précédents siècles. Privé de garanties, écrasé par les charges fiscales, entravé dans son commerce par les mesures prohibitives, le marchand prend peur et se retire. La guerre avec la Flandre nous ferme les marchés du Nord et bientôt de l'Angleterre. Les vexations dont souffrent les Italiens les écartent des foires de la Champagne et du roj'aume. En 1347, une ordonnance de Philippe VI les relient par force, mais les transactions sont presque nulles; le commerce se meurt. La peste noire et la guerre achèvent les désastres provoqués par la politique. Ravagé par les bandes anglaises ou les Jacques, le royaume est devenu un mauvais lieu où l'on tue, détrousse, incendie, doù toute sécurité est bannie, où tout échange est impossible. La mer elle-même n'est plus sûre. En l'absence de conventions, Génois, Pisans, Lombards écument les bords de la Méditerranée, pillent les navires et parah'sent le commerce. Aigucs-Mortes et Montpellier sont en décadence; à la fin du quatorzième siècle, Narbonne a perdu les trois quarts de sa population. La longue réserve amassée par les générations anciennes s'est épuisée. Jamais la nation ne fut plus près de sa ruine. Il fallut bien des efforts et des tâtonnements, sous des règnes réparateurs, pour rendre à notre commerce extérieur son ancienne vitalité. Les découvertes du quinzième siècle, non moins que la paix et la sagesse des gouvernants, commencèrent à le rétablir. On revint alors, sous Louis XI, au système des traités et l'activité commerciale se réveilla.
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Mais ti'op de fautes avaient été commises, trop d'années ï)erducs. Le quatorzième siècle nous avait ramenés aux idées de contrainte et de nionopole; dans le désorcLre social, les péages intérieurs s'étaient multipliés, l'instabilité de la monnaie et des échanges avait arrêté les transactions. De ces erreurs économiques, l'ancien régime ne sut pas ou ne put pas entièrement se dégager. Il fallut attendre la fin du dixhuitième siècle et la philosophie pour achever l'œuvre de liberté qu'avait cntre\aie et commencée le moyen âge féodal.
L.\ POLEMIQUE RELIGIEUSE ET LES PUBLICISTES A L'ÉPOTjUE DE GRÉGOIRE Vil'
ON a déjà beaucoup écrit en Allemagne et en France sur Grégoire VII et son temps. Celte époque, si troublée et si féconde, nous intéressera toujours par limportance des questions quelle eut à débattre, l'animation des partis, la grandeur intellectuelle de l'homme qui la domine. Les travaux vieillis de Vogt et de Gfrôrer ont été renouvelés par les études de
1. Mirbt. Die Publizistik im Zeitalter Gregors Vil. 1894. Gieaebrecht. Die Gesetzgebung der romischen Kirche Zur Zelt Gregors VII: Miinch.. H..Ib. 1866. — Bernheira. Zur Geschichte des vjormser Konkordats : Forsch... d... Gesch. 1878. — Meyer v. Knonau. Jahrbûcher unter Heinrich IV. u. V. 1890- 1394. — Willing. Zur Geschichte des Invesdturstreites. 1896. — Heinzelniann. Die Farfenser Streitschrifte. B.. s.. Gesch.. d.., Investiturstreites. 1904. — Rocquain. La Papauté au moyen âge Paris, 1881. — La Gourde Borne et l'esprit de réforme avant Lu- <her ; i. I. La Théocratie. Paris, 1893. — Monumenta Germaniae historica. Libelli de lite imperatorum et po7iti/icum . t. 11. Hanovre, 1892.
détail. Dans ces dernières années, le livre de M. Bernheim sur le Concordat de Worms, les Jukrhucher de M. Meyer V. Knonau sur le règne d'Henri IV, ont complété heureusement les recherches de savants, tels que MM. Meltzer et Giesebrecht. En France, M. Rocquain nous a décrit, dans ses belles études sur la papauté au moyen âge, la genèse du système théocratique. Par tous ces livres, la querelle du Sacerdoce et de l'Empire nous est bien connue. II nous manquait une histoire de la controverse et des idées. Cette histoire, M. Mirbt la faite. C'est là une œuvre originale. L'auteur a étudié les doctrines en présence. Par quels arguments ont-elles justifié leurs prétentions? Par quelles raisons les publicistes ont-ils combattu ou défendu le célibat des prêtres, la simonie, l'investiture, la suprématie pontificale ou l'absolutisme de l'empereur? Nul n'avait encore mis en lumière cette polémique des partis.
M. Mirbt a étudié depuis longtemps l'époque grégorienne. Nous connaissions déjà l'étendue de sa science, la sûreté de sa critique, l'impartialité de son jugement. Peut-être son livre eût-il gagné à être plus court. L'auteur analyse surtout les ouvrages dont il nous pai'le. Sur chaque question, il nous donne le sentiment de ses auteurs et met en présence les textes, tous les textes. De là, une certaine monotonie. Nous aurions voulu des raccourcis vigoureux, des vues d'ensemble sur les hommes, sur l'époque, sur les systèmes, des chapitres ini peu moins touffus, conduite à la française. Le livre do M. Mirbt est un ré-
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pertoire. Mais tel quel, il a son prix. Nous n'avons qu'à le dépouiller pour montrer lintérct de ses recherches et les services quelles ont rendus.
QUE dans ce grand déliai qui passionna et souleva l'Europe, on eût beaucoup écrit, il suffit pour s en convidncre de considérer le nombre de libelles. M. Mirbt en signale et cite 115, de 1052 à 1112. Il les a divisés en trois classes: les traités antérieurs au pontifical de Grégoire VII, contemporains, postérieurs. Ce classement s'explique. Tout livre de polémique est le reflet des événements; on ne peut donc l'isoler des circonstances qui l'ont fait naître. La controverse suit l'histoire; mais l'histoire dirige la controverse et nous montré qu'un grand mouvement, camme celui du onzième siècle, ne se fait pas tout d'un coup. Il y a eu une évolution dans la conduite de la papauté et des étapes dans la réforme. Pareillement, dans les livres. Avec le temps, les idées se précisent, des problèmes nouveaux se posent et la discussion s'élari-it. Sous Nicolas II et Alexandre II, on ne se divise ^uère que sur la question de la simonie et du mariage des prêtres. Le Liber gratissimus de Pierre Damien, le traité d'Humbert - contre les simoniaqucs, appartiennent à cette période. Avec Grégoire, et à la suite du fameux décret contre les investitures (1075), apparaît la question politique. Impérialistes ou Grégoriens, comme Gui de Ferrare dun côté, Manegold et
Anselme de Lucques, de l'autre, discutent la légitimité de l'investiture, de l'élection du pape, de la déposition d'Henri, les droits du pouvoir séculier et les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Cette polémique qui se continue sous Urbain II est l'époque des intransigeances, des solutions contradictoires, de l'irréductible conflit que perpétue l'antagonisme de deux papes rivaux. Sous Pascal II commencent à s'entrevoir les éléments d'une transaction. On peut suIatc ainsi dans cet espace de soixante ans, toute la trame du grand débat engagé entre le Sacerdoce et l'Empire. La polémique éclaire les faits, comme les faits expliquent la polémique. Les historiens ou chroniqueurs décrivent les événements, les publicistes nous en découvrent l'âme. On voit, en les lisant, par quels états, quelles angoisses, quelles colère^, est passée la conscience chrétienne depuis les origines de la lutte jusqu'à sa fin.
Ce ne sont pas seulement les questions qui s'élargissent, c'est aussi l'autorité des écrivains ou des écrits qui s'affermit. A l'origine, ces traités ne reflètent i;uère que la pensée pesonnelle de quelques hommes; parlant sont-ils peu nombreux, isolés les uns des autres. On compte seulement douze traités antérieurs à Grégoire, et ces livres expriment des oj^inions plus qu'mi programme. Dès 1073, au contraire, et surtout ^ous Urbain II, leur caractère se modifie. Rédigés dans l'entourage des papes ou de l'empereur, dans le collège même des cardinaux, ils deviennent vraiment des exposés officiels ou des niaiiifesles. Ils sont
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moins rinlerveiitiou individuelle et spontanée d'un penseur, que l'œuvre d'un parti; ils n'inspirent plus seulement l'opinion, ils s'en inspirent. Aussi leur nombre va grandir comme leur impi)rlance. M. Mirlit en a signalé huit de 1U73 à 1085; soixante-cinq de 1085 à 1112. Rien d'ailleurs n'est fixe dans cette progression. C'est surtout aux années 1076, 1080, 1081, 1081- 1080, 1098, 1112, qu'il faut rapporter la composition de la plupart de ces traités. Presque tous, naturellement, appartiennent à l'Allemagne (55) ou à l'Italie (48), quelques-uns et assez tard, à la France, un seul, peut-être, à l'Espagne. A la fin du onzième siècle, la controverse était bien devenue européenne comme le conflit luimême. Ces remarques suffisent à nous montrer l'influence grandissante des écrivains; chaque parti ne cherchait plus seulement à vaincre, mais à convaincre, et c'était bien devant l'opinion générale du catholicisme qu'avait fini par se plaider le grand débat engagé entre les deux pouvoirs qui prétendaient le dominer.
Faut-il s'étonner que, dans cet ensemble, le plus grand nombre de ces écrits appartienne au parti grégorien? Mais il formait lui-même la portion la plus éclairée, la plus vivante de l'opinion chrétienne. Il était plus instruit, mieux préparé à la lutte des idées; il avait avantage à combattre le régime établi, par la parole ou par la plume, aj'ant contre lui la force, se flattant d'avoir pour lui la tradition, le droit et l'Ecriture. Sans doute aussi, plus d'un écrit favorable à 1 Empire a-t-il disparu. Un parti ne pardonne
guère les contradictions; vainqueur, il les supprime. Nombre de libelles antigrégoriens durent être jetés au feu quand la Réforme eut triomphé. Et de tous ceux qui nous restent, sommes-nous bien sûrs? Il est curieux que la critique allemande, si pénétrante, si avisée, n'ait aucun doute sur l'origine de quelquesuns. Dans ces deux volumes des Monumenta où sont publiés avec tant de soin les écrits de celte controverse, on chercherait en vain une réserve. Un fait pourtant est évident. Si l'on ne peut douter de l'authenticité des écrits du parti impérial, comme ceux de Benzo d'Albe, qui nous ont été conservés par des manuscrits presque contemporains, nous devons examiner avec critique les traitée que seuls ont mis au jour ..des manuscrits très postérieurs. Nous ne connaissons, par exemple, la Defeiisio écrite par Pierre le Gros en faveur d'Henri IV que par un manuscrit ti'ès altéré du seizième siècle. Cela déjà nous met en défiance. Mais que dire du De unitate ecdesiœ conservanda'l Ce traité célèbre a été publié par Hutten qui raconte avoir trouvé à Fulda, en 1519, le manuscrit original « couvert de poussière et écrit en vieux caractères. » Il est fâcheux que ce manuscrit zài disparu et qu'après Hutten, nous n'en trouvions plus aucune trace; il est plus singulier encore que quelques-unes des diatribes proférées contre la papauté et les moines nous rappellent les violences et les idées de Hutten lui-même. En réalité, un travail critique nous obligerait certainement à réviser certains de ces écrits. Ceux qui nous rcs-
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tent cependant suffisent ù nous faire connaiUc les idées du parti impérial et les arguments dont il se sert contre les réformateurs.
On voit donc ce que nous apprend la statistique sur l'histoire des idées. Ouvrons maintenant les écrits eux-mêmes et examinons ce qu'ils sont.
Cette polémique religieuse est aussi variée que féconde. En comparant tous les textes, M. Theiner avait déjà été conduit à un autre classement. Les uns sont de simples recueils de canons, comme la collection de Deusdedit, le Liber canonum contre Henri IV, mais choisis, compilés, interprétés dans 1 intérêt de la cause qu'on veut défendre. Les Grégoriens usent volontiers de cette méthode. Les autres sont des traités de théologie: tels les ouvrages d'Humbert. Le Livre à un ami de Bonizo n'est ([u'une chronique, mais, bien entendu, à allure panég^'rique. Nous possédons également des lettres, de petits poèmes comme celui de Ranger de Lucques sur lanneau et la crosse, des apologies, des pamphlets. Quelques-uns de nos auteurs essayent même de donner un peu d'agrément à leuis écrits par tine compwsition plus savante. Au traité didactique, ils préfèrent le dialogue. Dialogue entre ï l'avocat royal ^ et le <; défenseur de l'Eglise romaine, entre le corrupteur et le correcteur, î le - proposant s et le ï répondant. ^ Ces joutes d arguments, ces renvois de textes, annoncent déjà les procédés chers à la scolastique. Visiblement, on ne se préoccupe pas seulement d'être savant, mais d'être
clair; d'être clair, mais d'être agréable. Le choix des preuves, la méthode de discussion sont presque partout identiques; mais ces artifices de composition ne laissent pas que de mettre une certaine différence dans ces traités. Ils ont dû rompre, pour les contemporains, la monotonie inévitable que faisaient naître les imêmes controverses.
Presque aussi différents sont les écrivains.
A -vTai dire, tous, sauf un, sont des hommes d'église. De là, au premier aspect, comme im au' de famille; ils parlent la même langue, ont une même mentalité, et, dans le recul de l'histoire, paraissent se confondre. Regardons de plus près, cependant. A côté du moine mystique et passionné, comme Manegold, voici des cardinaux comme Humbert, Beno, Bruno de Segni, mêlés aux affaires, en contact, non seulement avec des textes, mais avec des faits, et qui jettent dans le débat le poids de leurs souvenirs personnels ou de leurs raisons positives. Dans cette grisaille lointaine, se détachent, par moment, des figures en relief. Tel ce cardinal Beno dont la vie est malheureusement si peu connue, partisan, puis adversaire de Grégoire, un des plus ardents sectateurs de Guibert de Ravenne et dont les lettres si admirées plus tard par Mélanchton sont un modèle de discussion serrée, de fougue, de perfidie et d'invectives; à celui-là, la haine inspire l'éloquence. Tel surtout Humbert, le moine bourguignon que son intelligence précoce, son savoir ont tiré du cloître de Moyen-Moutier et élevé aux i)lus grands honneurs. Cardinal évêque de Silva
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Candida. ami personnel de Léon IX, ([ui a lail sa fortune, comme de ses trois successeurs, bibliothécaire de l'Eglise romaine, chargé, en 1054, de la difficile mission denrayer le schisme gi'cc et de prévenir entre Rome et Constiinlinople luie rupture qui devait être définitive, adversaire résolu des idées de Bérenger de Tours et partisan non moins passionné de la réforme ecclésiastique, il se montre, ce qui est rare, à cette ép)oque et de tout temps, à la fois un homme d'action et \ui homme de science, un intellectuel et un politique. 11 est l'esprit le plus encyclopédique du siècle. Il a tout lu. tout absorbé: l'Ecriture, les Pères, les Canons, les lois. Il semble avoir connu le grec et peutêtre écrit en cette langue. Dans ce monde de compilateurs, il prend place enfin comme un philosophe. On a signalé ses emprunts à Scot Erigène, sa théorie de la monade et de la dyade, sa définition de la vie intérieure qui s'épanouit dans la raison, ses distinclious entre la forme et la substance, la quantité et la qualité, sa démonstration de la Trinité par les facultés de l'âme. Et il n'est pas uniquement original par ses idées, mais par sa méthode. Seul peut-être de tous ces écrivains, il aime à procéder par raisonnements et par images; il ne cite pas toujours, parfois il argumente. Lisez, par exemple, le chapitre sur la vénalité des fonctions, où il montre qu'en achetant « l'épiscopat, ^ on achète à la fois les biens et le caractère sacré qui sont inséparables. Il n'est pas possible d'être plus subtil. Humbert est déjà un précurseur de la scolastique. Il annonce la victoire du syllogisme; toute la dialec-
tique de l'école est en germe dans ce curieux esprit. N'exagérons rien pourtant. Quelque intérêt que nous offrent les écrits, la personnalité d'un Beno ou d'un Humbert, ils n'échappent pas au jugement d'ensemble que nous pouvons porter sur leurs contemporains. En réalité, <;ette polémique n'est rien moins qu'une littérature. Si attentifs que soient quelques-uns de ces écrivains à nous montrer leurs connaissances classiques, à mêler Salluste, Cicénon, Boëce à saint Paul, des vers de Lucain à des sentences des psaumes, les uns et les autres ne réussissent pas à nous attacher. Il leur manque d'abord ces qualités propres à l'écrivain, le coloris, le relief, et aussi ce don de soi-même qui, derrière l'auteur, fait entrevoir l'homme. Il y a des caricatures de Grégoire, d'Henri IV; on cliercherait en vain un portrait. Si vives, si puissantes que soient les haines, elles ne savent pas s'exprimer; elles n'éclatent pas, elles dissertent. Combien Grégoire dans ses lettres est supérieur! Seul, peut-être, de tous ses contemporains, il a laissé dans ses écrits une part de son âme!... Ne leur demandons pas davantage de se résumer ou de se restreindre. Très rares sont les formules qui condensent une doctrine ou fixent à jamais un jugement. Leurs idées générales sont noyées dans le flot des citations ou des preuves et ce qui leur manque, c'est surtout l'esprit de réflexion et de critique, la puissance à grouper les faits en idées et des idées en théories. Aucun d'eux ne semble avoir compris l'importance de la querelle qui divisait l'Europe, ni au-dessus des prétentions
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contraires, vu de haut ou de loin, l'organisation nouvelle qwi se préparait.
C'est que leur méthode même les tient à terre. La plupart ne savent plus se dégager de l'armure pesante qui les recouvre. Leur polémique n'est qu'une compilation. Ils ne demandent pas de raisons à la raison. Ils ne cherchent pas des arguments, mais des textes, ou plutôt, c'est dans les textes mêmes qu ils cherchent leurs arguments. Grégoriens ou impérialistes, tous invoquent l'autorité. Mais être le plus fort, c'est avoir pour soi le plus grand nombre d'auteurs. Aussi bien, empruntent-ds à TEcritiire, aux Pères, au droit canon, des pages entières. On cherche une idée; on se heurte à une citation. Il semble que l'auteur mette sa gloire à s'effacer lui-même. Toute sa science est une réminiscence, et quelques-uns de ces écrits, comme le livre de Manegold, par exemple, ne sont qu'une mosaïque. Or. ce qui est piquant, des mêmes formules, les uns ou les autres concluent diversement. Les textes bien connus de l'Evangile sur la primauté de Pierre, sur la séparation des pouvoirs, reviennent plus d'une fois sous leur plume; mais chaque parti les explique à sa façon et conclut en sa faveur. Aucune critique d'ailleurs dans le choix de ces preuves. Ils ne se contentent pas de citer des textes sûrs, mais des textes faux. On se bat à l'aide de pseudo Isidore; partisans de la papauté s'arment des décrétales supposées; partisans del'invcstiture, d'un diplôme fictif d Hadrien à Charlemagne. — Souvent, enfin, les
uns et les autres s'en remettent à l'arbitrage de l'histoire. C'est une autre forme de lautorité. Elle est chère surtout au parti grégorien qui veut prouver la légitimité de ses actes. Le pape et ses légistes s'efforcent-ils notamment de justifier la déposition d'Henri IV? Il est inévitable qu'ils rappellent l'excommunication de Théodose, d'Arcadius, de Louis le Pieux, de Lothaire II, la déchéance du dernier Mérovingien, et beaucoup d'autres faits qu'ils altèrent ou dénaturent. A lem* tour, cest en rappelant l'intervention continuelle du roi dans l'élection des évêques ou des papes, que les impérialistes défendent le droit royal. Chaque parti se réclame à la fois de l'orthodoxie et de la tradition. En réalité, à être si instruit on risque d'être ennuj'eux et nous en voulons à ces écrivains d'un pédantisme qui n'offre plus d'intérêt. C'est précisément ce qu'ils ont dédaigné, le détail, le fait original ou précis, que nous recueillons avec reconnaissance, quand il surnage, comme l'épave de l'histoire, dans ce flot de citations.
Cette littérature ecclésiastique est pourtant une littérature populaire, et voilà sa plus grande originalité. Elle n'est pas faite seulement pour les couvents ou pour les écoles; elle prétend s'adresser à l'opinion. Or, pour la conquérir, il faut des faits frappants, des formules claires, simples, celles que le peuple est capable de retenir, sinon de comprendre. Aussi aux arguments tirés de l'Ecriture ou des canons, .s'ajoutent parfois des preuves moins abstraites. Les