ALIMENTATION COMPLÉMENTAIRE
Supplément de débit de i l'aqueduc de la Vanne, Eaux du service privé.. < source de Cochepies.... 20 000 > 140 000 1 Dérivation des sources de ^
la Vigne et de Verneuil. 120 000
Total 650 000
L'apport de la dérivation de l'Est (Durteint et Voulzie, Villemer et Saint-Thomas) n'est pas compris dans cette estimation, pas plus que le produitde deux nouvelles usines projetées sur la Seine, lequel ne s'élèvera pas à moins de 70 000 mètres cubes»
ques parties du XVl*^ et du XVII*, du 9 au 20 juin, c'est-à-dire pendant onze jours. En 1886, la même substitution a été opérée dans le VIll® et, en partie seulement dans le XVIP, du 22 juillet au 7 août et du 2 au 23 septembre. Dans la même période, Teau de la Marne prise à Saint-Maur a remplacé celle de la Dhuis, dans quelques quartiers du XX® arrondissement. Ainsi, une partie de la population de Paris a bu, celte année, pendant trente-neuf jours, de Teau de la Seine et de la Marne; celle de TOurcq est consommée en tout temps dans certains quartiers, dans la plupart des casernes et dans quelques hôpitaux. On a peine à le croire lorsqu'on songe à tout ce que charrient ces deux rivières et à l'impureté de leurs eaux. Je me garderai bien d'insister sur ce sujet. Il est de ceux qu'il faut réserver pour les réunions de médecins et d'hygiénistes, devant lesquelles j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de les traiter; il vaut mieux s'en tenir à constater ce desideratum, tout en rendant justice aux efforts de l'administration pour le faire cesser et aux progrès accomplis par elle. On se rendra compte de l'un et de l'autre, si Ton veut bien se rappeler qu'en 1789 Paris n'avait que 7 986 mètres cubes d'eau à distribuer à sa population, tandis qu'un siècle après, il en aura 650 000 mètres cubes. La ration quotidienne de chacun de ses habitants se sera élevée de 13 litres à 300. Au lieu de 85 fontaines de puisage, on en comptera 17 000; au lieu de 455 concessions, il y aura 70000 abonnements. Ces progrès ont demandé bien du temps pour s'accom-
l'hygiène des villes et les budgets MUNIGIP. 149
plîr. L'alimentation de Paris a passé par plusieurs étapes. C'est d'abord le canal de TOurcq projeté en 1785, décidé en 1802, livré vingt ans après et terminé en 1837. C'est en second .lieu le magnifique projet de Belgrand et les beaux ouvrages exécutés par lui de 1854 à 1878. C'est lui qui a conduit à Paris les eaux de la Dhuis en 1866 et celles de la Vanne en 1874. C'est encore lui qui a entrepris la double canalisation, à la faveur de laquelle l'administration peut livrer de l'eau de source à domicile et réserver l'eau de rivière pour la voie publique. L'œuvre de Belgrand se poursuit, et l'ingénieur en chef du service des eaux de Paris, M. Bechmann, nous promet qu'elle sera terminée en 1889. Attendons avec confiance la réalisation de cet engagement *.
La plupart des grandes villes de France et, entre autres, Lyon, Bordeaux, Toulouse et Nantes, sont beaucoup moins bien dotées que Paris sous le rapport de la quantité ; mais, en ce qui tient à la nature des eaux, la plupart des localités de quelque importance sont alimentées aujourd'hui par des sources venant du dehors et amenées en ville, dans des conditions satisfaisantes d'abondance et de pureté. Une foule de villages s'imposent même, comme je l'ai dit.
1. La dérivalion et Tadduclion à Paris des sources de la Vigne et de Verneuil ont rencontré une vive opposition dans les départements de l'Eure et d'Eure-et-Loir où elles sont situées. Le projet de loi présenté à la Chambre des députés le 10 décembre 1889, n'a été voté par elle et par le Sénat qu'en 1890. Les travaux commencés à cette époque dureront trois ans au moins.
i50 QUESTIONS D'HTGIÈNE SOCIALE.
quelques sacrifices pour se procurer ce luxe, le seul que rhygiéne puisse leur conseiller.
La seconde condition qui s*iinpose h toutes les agglomérations humaines, celle de se débarrasser de ses immondices, est plus difficile à remplir. La ques« tion est aussi plus délicate à traiter dans une revue ; aussi me borncrai-je à Teffleurer. C'est pourtant le plus grand desideratum de Thygiène urbaine, dans les villes de France surtout. Si nous sommes en retard sous ce rapport, cela tient à ce qu'on n*est pas encore parvenu à s'entendre sur le point capital, et partout on attend que l'accord se fasse sur les principes, avant d'entrer dans la voie des applications. La question passionne depuis quelques années le camp des hygiénistes et se le partage. Elle a été agitée dans tous les congrès; elle a été portée devant toutes les sociétés savantes que le sujet concerne; elle est pendante devant la commission supérieure de l'assainissement de Paris, instituée par l'arrêté ministériel du 28 septembre 1880, et tous les organes de la presse s'en sont occupés. Ce labeur n'a pas été complètement stérile ; un pas important a été franchi; les fosses fixes et les appareils diviseurs sont aujourd'hui condamnés par tout le monde et destinés à disparaître. La divergence ne porte plus que sur un point. Les uns se prononcent pour une canalisation unique, recevant à la fois les eaux pluviales, les eaux ménagères, les balayures et ces produits tout spéciaux que les hygiénistes désignent aujourd'hui, par euphémisme, sous le nom de matières usées. Le second
l'hygiène des VXLllES ET LES BUDGETS BlUNICIP. 151
exige, pour ces dernières, une canalisation spéciale. Dans le premier système, généralement connu sous le nom de tout àTégôuty et qui fonctionne à Londres, à Bruxelles et à Berlin, les eaux entraînent toutes les impuretés dans un courant rapide et vont les répandre sur des terrains sablonneux qu'elles fertilisent, en s'épurant elles-mêmes. Ce moyen prompt et expéditif d'entraîner à la fois hors de la ville tout ce qui ne doit pas y séjourner, suppose un réseau Complet d'égouts parfaitement étanches, doués d'une pente suffisante et appropriés à cette destination. Il exige de plus une quantité d'eau considérable (dix litres par jour et par personne pour ce seul service), et une étendue de terrains sablonneux proportionnelle à la masse des eaux qu'ils doivent recevoir, et par conséquent considérable, lorsqu'il s'agit d'une grande ville. Dans le second système, les eaux pluviales et les eaux ménagères sont seules livrées aux égouts. Le reste représentant à Paris un volume de 3 000 mètres cubes par jour, est conduit par une canalisation particulière jusqu'aux réservoirs et aux usines à transformation placées en dehors des villes. Le transport s'opère tantôt par aspiration, comme dans lés systèmes Lienurr et Berlier, tantôt par pulsion à la faveur de l'air comprimé, comme dans le système Shone. Dans tous les cas, il nécessite la présence, autour des centres de population, de ces établissements infects contre le voisinage desquels on a de tout temps protesté.
J'ai promis de ne pas m'appesantir sur ce sujet, et
je m*en dispense d'autant plus volontiers qu'il s'écarte un peu de celui que je traite. C'est surtout aux petites villes que je songe, et la question n'a été jusqu'ici traitée que pour les capitales et les villes de premier ordre. L'application de ces systèmes, quel que soit celui qu'on adopte, exige de telles dépenses que les localités de second ordre ne peuvent pas y songer. On peut juger de ce qu'il coûte par les frais que l'entretien de la voirie entraîne à Paris. Cette ville a maintenant un réseau souterrain de 1 175 196 mètres, dans lequel les égouts figurent pour 833 702 mètres *. Il en manque encore 387 000. Or les égouts de premier ordre, comme le grand collecteur, reviennent à 300 francs le mètre courant, ceux de 2 m. 30 de hauteur coûtent de 100 à 120 francs et les plus petits 80 francs. La partie qu'il reste à creuser entraînera une dépense de 40 millions. L'entretien du réseau actuel, avec ses égoutiers, ses bateaux vannes et ses wagons vannes, coûte 365 000 francs par an, soit 1 000 francs par jour. L'enlèvement des 2000 mètres cubes de balayures désignées, en langage technique, sous le nom d'ordures ménagères et que la grande ville produit par jour , emploie 600 tombereaux et coûte 5 362027 francs. En résumé, l'entretien et le nettoiement de la voie publique figurent au budget municipal pour une somme de 18 212 600 francs. Eh bieni si l'on tient compte de la population des autres villes de France et de leurs revenus, on
1. Au 1" janvier 1890, la partie construite s'élevait à 865 19T mètres.
l'hygiène des villes et les budgets MUNI£IP. 153
verra qu'il n'en est qu'un très petit nombre qui puissent soutenir des charges proportionnelles à celles de Paris. La propreté de cette immense ville ne laisse que très peu de chose à désirer ; ses quartiers élégants et riches sont admirablement tenus, et je connais peu de capitales qui puissent, sous ce rapport, rivaliser avec elle; mais les dépenses que cet entretien exige sont hors de toute proportion avec les ressources des villes de province ; aussi la plupart d'entre elles n'ont-elles qu'un réseau d'égouts très incomplet. Bordeaux, l'une des plus propres et des mieux entretenues de France, n'a que 52 kilomètres d'égouts pour une longueur de rues de 220 kilomètres. Il n'y a donc que le quart de la ville qui en sôit pourvu. Marseille n'en avait pas du tout, il y a quarante ans. Les eaux pluviales et ménagères s'écoulaient par les rues et entraînaient toutes les impuretés de la ville dans le Port-Vieux, qui en était le réceptacle. Aujourd'hui, elle n'en possède encore que 53 kilomètres qui déversent leur contenu dans le Port-Vieux ou dans le canal des Douanes. Toulon n'en a qu'un vestige, celui du boulevard de l'Égoutier. Les autres villes sont à l'avenant. Elles se contentent, en général, de deux ou trois grandes conduites dans lesquelles se rendent les ruisseaux, et les petites n'ont parfois qu'un seul canal à ciel ouvert, qui emporte à la mer ou à la rivière voisine tout ce qu'il plaît aux habitants de lui confier. On ne peut assurément qu'engager les municipalités à s'imposer des sacrifices pour développer leur canalisation sou-
terraine. Il faut leur rappeler qu'à défaut d*égouts en maçonnerie, dont le prix est très élevé, on peut, comme dans beaucoup de villes étrangères, se contenter de tuyaux de grès qui coûtent moins cher et peuvent remplir le même office quand ils sont d'un diamètre suffisant; mais, en somme, Thygiène ne doit pas se montrer trop exigeante, et, pourvu que les ruisseaux soient bien nettoyés et parcourus par une quantité d'eau convenable, pourvu que les canaux soient l'objet des mêmes soins et qu'on ne laisse rien s'y accumuler, les conditions les plus indispensables de la santé publique seront remplies.
Quant aux villages et aux hameaux, qui pratiquent le « tout au fumier » et ne peuvent pas faire autre chose, il suffit que ces dépôts soient portés à une distance convenable de la voie publique, que celle-ci soit bien nettoyée et qu'il en soit de même des ruisseaux et des cours.
La propreté des maisons est aussi nécessaire que celle de la rue ; mais elle est plus difficile à obtenir, parce qu'on n'a pas le droit d'y exercer la même surveillance. Cependant, il est un point sur lequel la police peut encore avoir action : c'est celui qui concerne les logements insalubres. La loi du 13 avril 1850, malgré son caractère facultatif, ses lenteurs juridiques et sa sanction pénale insuffisante, donne à l'autorité municipale le pouvoir d'intervenir et les moyens de remédier aux dangers les plus pressants. Cette loi, d'ailleurs, ne peut manquer d'être prochainement modifiée. Sa revision est depuis longtemps
l'hygiène des villes et les budgets municip. 155
réclamée, et le projet déposé par M. Martin Nadaud sur le bureau de là Chambré des députés, le 3 décembre 1881, ne restera pas toujours à Tétat de lettre morte.
C*est une question du plus haut intérêt que celle-là ; toutes les villes ont de ces cloaques, de ces bouges où grouille une population pauvre, malpropre et souvent suspecte. C'est là que la police fait ses plus nombreuses captures, et c*est également par là que débutent toutes les épidémies. Ces quartiers, derniers vestiges de la cour des Miracles, sont des foyers tout prêts pour les maladies contagieuses, un terrain qui rie demande qu'à être ensemencé par leurs germes, pour les multiplier et les répandre sur la ville entière.
Pour empêcher leur propagation, il n'y a pas d'autre moyen que de détruire et de désinfecter leurs repaires aussitôt que le fléau y éclate. C'est ce qui a été fait avec un plein succès, à Paris, en 1884; mais il serait infiniment préférable de prendre ses précautions à l'avance, de détruire ou d'assainir ces foyers de la contagion avant qu'elle s'y manifeste. Il en existe dans toutes les villes; mais ils sont d'autant plus dangereux que la population est plus nombreuse et plus dense. Dans les grands centres, ce sont quelquefois des rues tout entières, de vieux quartiers, qui font tache au milieu des constructions salubres et des rues bien pavées de la ville nouvelle. Les arrondissements excentriques de Paris en renferment encore un assez grand nombre, bien qu'on en ait détruit quelques-uns. La commission des logements insalubres nous a débarrassés de la cité des
Digrtized byCjOOQlC
Kroumirs, à la suite d'un rapport remarquable du docteur Dumesnil; mais il nous en reste encore d'autres à démolir.
La cité des Kroumirs, à laquelle on avait donné ce nom à Tépoque de l'expédition de Tunisie, probablement parce qu'elle ressemblait à un campement de sauvages, la cité des Kroumirs réalisait le summum de ce que la fantaisie peut atteindre dans l'insalubre et l'immonde. C'était un terrain de 150 mètres sur 30 que l'Assistance publique affermait à un locataire principal. Celui-ci le sous-louait, au mètre carré, à des gens sans domicile, avec pleine et entière liberté de s'y construire une demeure à leur guise. Ces souslocataires avaient rarement recours aux entrepreneurs pour l'édification de leurs domiciles. Ils allaient, la nuit, enlever aux maisons en démolition des plâtras, des planches pourries, de vieux volets hors de service, des bouts de tuyaux de poêle abandonnés sur la voie publique; ils se procuraient des lambeaux de carton bitumé pour la toiture et, à l'aide de ces matériaux, ils construisaient leurs baraques. — Il y en avait une trentaine, de chaque côté du long cloaque rempli de boue fétide qui représentait la rue principale de cette étrange cité. Les voitures des chiffonniers remuaient incessamment cette fange. Dans les petites cours intermédiaires, les animaux domestiques circulaient au milieu des dépôts d'ordure de toute espèce et vivaient côte à côte avec les Kroumirs. L'infection était telle que les habitants de la cité Doré eux-mêmes se plaignirent du voisinage. Ils
ont eu gain de cause et, maintenant, leur cité reste comme le type le mieux réussi d'une agglomération insalubre et comme une preuve de l'insuffisance de nos lois qui ne permettent pas de la faire disparaître. Espérons que celle de M. Nadaud sera prochainement votée et qu'elle débarrassera le XP arrondissement de ce dédale de ruelles et d'impasses sans air et sans soleil, de ce labyrinthe de masures en ruine, de baraques en bois, en terre, en torchis, où grouille tout un monde de chiffonniers et d'industriels de même sorte. On pourra s'occuper alors des autres repaires d'insalubrité que la ville de Paris contient encore; de la cité des Singes, de celle des Bleuets, des ruelles qui entourent l'Hôtel de Ville et de la rue Sainte-Marguerite, qui a été le point de départ de toutes les épidémies récentes. Le conseil municipal a voté du reste, il y a quelques mois, l'allocation nécessaire pour l'élargir, en démolissant les maisons de tout un côté *.
La suppression des quartiers insalubres, quand elle s'opère sur une grande échelle et qu'elle entraîne la démolition d'un grand nombre de maisons, implique la nécessité d'en bâtir de nouvelles, pour loger les gens qui se trouvent mis sur le pavé. On n'en a pas tenu un compte suffisant, lors de la transformation de Paris, et c'est pour cela que les grands travaux qu'on y a faits n'ont pas produit, au point de vue de la
1. La loi n'a pas été votée. La question en est toujours au même point depuis 1885; mais la ville a fait raser la moitié de la rue Sainte-Marguerile et fermer le clos Macquart.
t5d QUESTIONS D*riYGIÈNE SOCIALE.
salubrité, tout le résultat qu'on était en droit d'en attendre. Ils ont assaini les quartiers du centre ; mais ils ont produit un encombrement dangereux dans les arrondissements excentriques, où la population ouvrière a été forcée de refluer. Cet entassement s'est accru par suite de l'affluence des travailleurs de la province qui sont accourus à Paris, attirés par les salaires élevés, par Taccroissement de travail que tous ces mouvements devaient produire. L'immigration a continué pendant de longues années et, comme les nouveaux venus étaient étrangers à la population parisienne, ils se sont presque tous casés dans les logements garnis qui existaient déjà. Le nombre de ces derniers n'a pas augmenté d'une manière sensible, et l'encombrement est arrivé à son comble. Il a produit ses conséquences ordinaires; c'est-à-dire l'augmentation proportionnelle du chiffre des maladies infectieuses. Le nombre des décès causés par la fièvre typhoïde , la diphthérie et les fièvres éruptives a augmenté régulièrement d'année en année, jusqu'en 1882, époque à laquelle la fièvre typhoïde a pris un caractère véritablement épidémique et a appelé l'attention généralesur l'insalubrité croissante de Paris. Depuis cette époque, la situation s'est améliorée peu à peu. Cela tient à ce que le ralentissement qui s'est produit dans les constructions et dans les travaux de tout genre a forcé un grand nombre d'ouvriers à retourner en province et que l'entassement a cessé dans les logements garnis. Le nombre de ceux qui les habitent a diminué de 21 000 depuis six ans. Le
L*HYGIÈNE ÔES ViLLBS Bî LES ÔUDGÊTS MUNICIP. 159
l'^' octobre 1882, on comptait à Paris 11535 logeurs et 243 564 locataires; le 1«' octobre 1886, il n'y avait plus que 10 749 logeurs et 222 644 locataires.
Il est juste de tenir compte également de la surveillance plus attentive dont ils sont aujourd'hui Tobjet. A la suite de l'épidémie de 1882, M. Camescasse, alors préfet de police, a créé, pour ces logements, un service spécial d'inspection * qui a rendu les plus grands services à l'hygiène et qui continue à fonctionner avec le même succès. Toutefois l'inconvénient que je signalais en commençant n'a pas complètement disparu et pourrait produire les mêmes résultats, si la reprise du travail ramenait à Paris les ouvriers de la province. Toutes les constructions nouvelles ont été édifiées dans le même dessein. Elles sont toutes destinées aux classes riches. Les appartements y sont inabordables pour les petites fortunes et a fortiori pour les familles de travailleurs. Il y a dans ce moment 40 000 appartements qui ne trouvent pas de locataires, tandis que les pauvres ne savent pas où se loger. Le prix des loyers va toujours croissant, et devient un embarras sérieux pour les ménages de situation médiocre. On estimait autrefois que le loyer ne devait pas, dans un budget bien ordonné, excéder le dixième du revenu; aujourd'hui, dans les classes ouvrières, il en absorbe le cinquième et quelquefois le quart. La démolition des vieux quartiers a produit le même résultat dans quelques grandes
\, Ordonnance du 25 octobre i8S3*
villes et notamment à Rouen. La municipalité reco naissant la nécessité de Tassainir, afin de diminua la mortalité qui s'élevait chaque année à 32 poi 1 000 et pesait surtout sur les classes pauvres, s'e imposé de grands sacrifices dans les dernières année Elle a fait disparaître une grande partie du quartie de Martainville, renommé pour son insalubrité, et 1 sous-sol a été purifié par des fouilles profondes ; mai les habitants des maisons infectes qu'il a fallu démoli n'ont pas pu trouver place dans les construction nouvelles. Ils sont allés, comme à Paris, s'entasseï dans les autres vieux quartiers, et y créer un encom brement dangereux. Un jeune ingénieur de la ville, M. Botrel, a eu la pensée de construire, sur la rive gauche de la Seine, dans un lieu bien aéré, situé à portée des usines, une cité ouvrière dont il a soumis le plan en relief et les devis au congrès, tenu à Rouen au mois d'août 1883, par l'Association française pour l'avancement des sciences. Ce projet, bien conçu et étudié avec soin, n'a pu encore recevoir son exécution*. Je ne voudrais pas aborder ici d'une façon incidente, et sans la traiter avec les développements nécessaires, la grosse question des logements à bon marché. Comme tous les problèmes hygiéniques, elle ne comporte pas de solution absolue. Il faut l'étudier au point de vue de chaque ville en particulier. Je la crois aussi facile à résoudre à Paris qu'ailleurs. Les
1. En 1887, la Société anonyme immobilière des petits logements a bâti à Rouen un groupe de grandes maisons contenant 100 logements et abritant 400 personnes.
L*HYG1ÈNE.DES VILLES ET LES BUDGETS MUNICfP. i61
terrains à bâtir ne manquent pas dans les arrondissements excentriques ; ils sont parfois un peu accidentés et dépourvus de voies d'accès, mais il serait facile de faire disparaître ces petites difficultés. Les logements garnis sont loués à des prix tellement élevés, que les entrepreneurs trouveraient leur compte à bâtir des maisons d'ouvriers. Les capitaux, qui se sont égarés dans la voie des constructions dispendieuses, trouveraient, dans cette direction nouvelle, un emploi très suffisamment rémunérateur. Il suffirait, pour les encourager, que la ville se chargeât des nivellements, de l'établissement des rues, des conduites d'eau et de gaz, qu'elle exonérât les pro* priétaires de certaines charges et de certains impôts, pendant un temps déterminé. Il a été déjà fait, dans ce sens, des essais qui ont réussi. On a élevé, boulevard Kellermann, des maisons pouvant abriter deux ménages et qui n'ont coûté que 10 720 francs. Passage Boileau, on voit des maisonnettes qui ne sont revenues qu'à 4 356 francs; d'autres qui, construites à là fois, au nombre de dix, ne représentent ensemble qu'un capital de 36 000 francs. Cependant le terrain est trop cher à Paris pour qu'on puisse bâtir des maisons pour un seul ménage. Dans toutes les classes de la société, c'est un grand luxe que de demeurer seul, et, de même qu'un petit hôtel modeste est plus dispendieux qu'un appartement de même étendue dans une maison de rapport, de même on pourra toujours loger les ouvriers à meilleur compte dans des maisons destinées à plusieurs familles qu'en leur donnant
i62 QUESTIONS O^UYGIÉNfi SOCIALE.
à chacune une maisonnette, comme cela se fait aux environs des grandes usines pour les familles des employés. La solution du problème est évidemÂient intermédiaire ; elle est à moitié route entre les petites maisons coûteuses dont je parlais tout à Theure et les grandes casernes insalubres, comme celles de la cité Jeanne-d'Arc.
La question des logements à bon marché n'intéresse que les grands centres industriels et les villes de premier ordre *. Dans les petites localités, il y a toujours assez de place et de maisons vacantes pour abriter les gens qu'on est obligé de déplacer dans un intérêt de salubrité. Il s'agit, en effet, de quelques masures à démolir ou à réparer, de quelque cloaque qu'il faut nettoyer et assainir; cela n'amène pas de grands mouvements de population et n'implique aucune dépense pour la ville, puisque tout se fait aux frais des propriétaires. En résumé, des trois conditions fondamentales que l'hygiène impose aux villes dans l'intérêt de leur salubrité, il en est deux qui ne sont qu'une affaire de police et de surveillance, et qui n'entraînent aucune de ces dépenses devant lesquelles reculent les municipalités. Les amenées deau seules sont dispendieuses, et ce sont les sacrifices que les communes s'imposent le plus volontiers, parce qu'elles répondent à ce besoin de confortable qui va croissant avec la civilisation et qui a été de tout temps un des plus solides auxiliaires de l'hygiène; l'entretien de la
1. Celle question est traitée, dans un article spécial de ce même volume.
l'hygiène des villes et lès budgets municip. 163
propreté souterraine et la destruction des foyers d'infcejion ne sont pas d'une utilité aussi évidente. L'abondance des eaux est du reste la première condition d'une bonne tenue de la voie publique,car tout se tient et tout peut être obtenu à peu de frais, si l'on y apporte beaucoup de soin. On peut en dire autant des autres questions municipales dans lesquelles l'hygiène a le droit d'élever la voix. Ses exigences sont partout compatibles avec l'épargne des deniers publics. Qu'il s'agisse de construire une école, un lycée, une caserne ou un hôpital; qu'il soit question des lavoirs publics, des cimetières, des abattoirs où de tout autre édifice communal, l'économie se concilie parfaitement avec la salubrité. Pour être harmoniques, les créations d'une époque doivent répondre à l'idée qui la dirige. La nôtre est essentiellement positive et utilitaire, il faut que ses édifices se conforment à son sentiment. Les constructions doivent être, de nos jours, confortables, hygiéniques, élégantes dans leur simplicité et surtout économiques, parce que les sociétés démocratiques n'ont pas le droit de sacrifier l'utile à l'agréable et qu'il faut que les dépenses répondent au but pour lequel elles ont été votées.
Lorsqu'une ville de second ordre se donne le luxe d'un théâtre, d'une mairie, d'un lycée ou d'un hôpital, il faut qu'elle renonce à exciter l'admiration des voyageurs et la jalousie des localités voisines. Le temps n'est plus aux monuments artistiques, la pensée des peuples a pris une autre direction. Au moyen âge, ils élevaient à Dieu les cathédrales qui font
i64 QUESTIONS d'hygiène sociale.
encore notre admiration et dont les clochers montent vers le ciel comme une prière. Au xyii** siècle, la France construisait pour le grand roi des palais décoratifs et majestueux comme lui. C'était encore le grand art sous une forme amoindrie. Aujourd'hui les nations ne peuvent plus se livrer à de pareilles prodigalités. Elles doivent réserver leurs ressources pour le bien-être et la sécurité de la population tout entière, et ceux qui les représentent n'ont pas le droit d'en distraire une partie, pour satisfaire la vanité bourgeoise de quelques conseillers municipaux. Lorsque les villes commettent cet anachronisme, il est si peu dans l'esprit du temps, qu'il n'aboutit qu'à l'enfantement d'un de ces monuments grotesques dont on voit un si grand nombre dans les petites villes et qui ne servent qu'à attrister les regards du voyageur.
Il faut que l'hygiène s'habitue à compter avec le budget des communes. Lés médecins, dans leurs conceptions, poursuivent un idéal de salubrité et de bien-être dispendieux à réaliser; les ingénieurs, de leur côté, caressent un idéal d'élégance et de richesse plus coûteux encore. Les uns et les autres doivent s'habituer à proportionner leur exigences aux ressources des localités. Lorsqu'on bâtit une école, un lycée, il suffit que l'espace, l'air et la lumière soient libéralement dispensés aux enfants qui doivent y vivre ; mais ilest tout à fait inutile de leur élever des palais, en opposition absolue avec les demeures modestes de leursjparents ; et, quand il s'agit d'un hôpital, il ne faut jamais perdre de vue que les ressources de la
l'hygiènb des villes et les budgets munigip. 165
charité sont bornées, et que, plus on dépense d'argent pour la construction, moins il en reste pour le traitement des malades.
Ces règles élémentaires de l'hygiène publique sont aujourd'hui admises par les économistes, par les ingénieurs comme parles médecins; mais elles n'ont pas encore traversé toutes les couches sociales, elles ne sont pas arrivées partout à la connaissance des intéressés. Dans les petites localités, on y est en général assez indifiFérent, et cela tient à une connaissance insuffisante des nécessités qu'impose la vie en commun dans toutes les agglomérations humaines, et à l'ignorance des moyens pratiques d'y donner satisfaction. L'État doit remplir son rôle de tuteur à l'égard de ces populations et prendre en main les intérêts de leur hygiène. Il doit leur signaler les travaux indispensables, en leur imposant l'obligation de les exécuter, et les y aider au besoin. Pour remplir ce rôle de tuteur d'une manière efficace, pour présider avec méthode et économie à la transformation hygiénique du pays, il faut d'abord que l'administration se transforme elle-même, ainsi que je vais le montrer.
Bien que l'hygiène des campagnes ait moins d'importance que celle des villes, on y trouve pourtant bien des améliorations à introduire et bien des causes d'insalubrité affaire disparaître. Il reste encore en
France environ 500 000 hectares de marais à dessécher, sans compter les prairies noyées par les inondations périodiques de nos grands fleuves, sans compter les mares infectes, les chemins transformés pendant l'hiver en véritables fondrières et tant d'autres causes de maladies dans Ténumération desquelles je ne saurais entrer. Les défrichements, les opérations de drainage, les terrassements, les digues à élever, les reboisements des hauteurs, sont au-dessus des ressources des communes, et ce sont là pourtant des dépenses doublement productives. Les défrichements, dans les régions palustres, le dessèchement des marais, ont pour effet de substituer une population saine et vigoureuse à quelques pauvres familles rongées par la fièvre; ils remplacent des terrains improductifs par des champs fertiles dont le rendement a bientôt couvert les frais de transformation. Le résultat obtenu dépasse souvent toutes les espérances. Nous en avons un exemple dans le défrichement des landes de Gascogne. Depuis leur assainissement, la population a augmenté dans une proportion considérable* Le taux moyen de la vie humaine s'y est élevé d'un sixième, et le chiffre des naissances y dépasse celui des décès. D un autre côté, il s'est développé dans le pays une richesse forestière telle que les landes, dont on ne tirait aucun profit, sont couvertes aujourd'hui de forêts de pins et de chênes représentant une valeur de 205 millions. L'œuvre a été accomplie en entier par les communes et leur a coûté 13 millions. Elles ont donc, indépendamment de leur salubrité recou-
l'hygiène des villes et les budgets municip. 167
vrée, acquis un capital quinze fois plus fort que leurs déboursés.
En Italie, le défrichement du lac Fucino a produit des résultats analogues. On voit par ces deux exemples, combien ces opérations sont fructueuses et combien la France aurait d'intérêt à continuer Tamélioration de son propre sol, au lieu de dépenser ses capitaux à poursuivre, loin de son territoire, des entreprises ruineuses et qui ne peuvent conduire qu'à des désastres financiers.
L'amélioration sanitaire des campagnes a droit, comme celle des villes, à la sollicitude de TÉtat. Elle doit entrer à ce titre dans le plan général de la transformation hygiénique du pays. Celle-ci doit être poursuivie avec l'esprit d'ordre et la patience que comportent les entreprises considérables. Il importe tout d'abord de savoir ce qu'il y a à faire et, pour cela, de dresser sans retard ce que j'ai appelé le cadastre sanitaire de la France. II faut faire, dans chaque commune, le relevé de tous les travaux à accomplir dans l'intérêt de l'assainissement, en précisant leur degré d'urgence, et établir le devis approximatif des dépenses que leur exécution entraînera. Ce travail peut être confié au corps des ponts et chaussées, dont l'honnêteté est au-dessus de tout soupçon et le savoir au-dessus de tout éloge. Les éléments de cette enquête, une fois réunis et coordonnés au chef-lieu du département, seront transmis au ministère compétent et confiés à l'examen d'une commission spéciale chargée de les contrôler et de dresser ensuite la
carte hygiénique du pays. On pourra songer alors à l'exécution de ce vaste plan, en faisant d'abord les, travaux les plus urgents et en. venant au secours des communes trop pauvres pour en solder les frais. 11 leur sera alloué, à cet effet, des subventions dont le chiffre sera réglé tous les ans et fera l'objet d'un crédit spécial inscrit au budget du ministère auquel ces travaux ressor liront. Cette somme ira grandissant chaque année, à mesure que les résultats pratiques de la transformation apparaîtront. En voyant avec quelle promptitude la mortalité et les maladies diminuent sous l'influence de mesures intelligemment prises, les municipalités et les populations ellesmêmes iront au-devant de sacrifices dont elles auront reconnu l'utilité.
Une œuvre de cette importance ne peut être conduite avec l'esprit de suite qu'elle exige, qu'à la condition d'être soumise à une direction unique et compétente. La nécessité de réunir, dans une seule main, tout ce qui touche à la santé publique est depuis longtemps reconnue. Deux ministères se partagent actuellement les attributions qui lui sont relatives. Celui de l'Intérieur est chargé de l'assistance, celui du Commerce et de l'Industrie, de l'hygiène proprement dite; l'Agriculture intervient également dans quelques-unes des questions du même ordre. Le défaut d'entente qui résulte de ce partage paralyse les meilleures intentions et rend toutes les réformes impossibles.
M. le docteur A.-J. Martin a fait le premier ressortir les inconvénients de cette anarchie administrative,
l'hygiène des villes et les budgets munigip. 169
dans un rapport qu'il a lu à la Société de médecine publique en 1880, et qui a reçu son approbation. Depuis cette époque, toutes les sociétés savantes ont adopté les idées qui en forment la base; elles ont toutes émis le vœu qu'à l'exemple des pays étrangers, Tadministration sanitaire civile fût confiée à une direction administrative autonome^ compétente et responsablCy aussi bien auprès du pouvoir central que dans les départements *. Le travail de M. A.-J. Martin fut présenté à la Chambre des députés sous forme de pétition et renvoyé, sur le rapport de M. Beauquier, au Ministre de l'intérieur, qui s'en dessaisit pour le transmettre à son collègue du Commerce. Celui-ci consulta le Comité consultatif d'hygiène publique de France, qui lui présenta un projet de loi très étudié sur la réorganisation des services d'hygiène.
En 1882, M. le docteur Henri Liouville, dans son rapport sur le budget du Ministère de l'intérieur, fit ressortir les inconvénients d'une dualité qui n'existe qu'en France, et, le 21 juillet 1884, il déposa sur le bureau de la Chambre une proposition tendant à faire cesser une semblable anarchie. Cette réforme a été réclamée au sein même de la Chambre, au nom de. la santé publique, par MM. Clemenceau et Paul Bert, à
1. Ce vœu a été formulé à trois reprises différentes par l'Académie de médecine, deux fois par la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle. U a été reproduit dans les congrès des Sociétés protectrices de l'enfance, dans celui de l'Association française pour l'avancement des ^sciences, et enfin dans les congrès internationaux d'hygiène de Paris, de Turin, de Genève et de la Haye.
1 occasion de Tépidémie de choléra de 1884 et, plus tard, par M. Thomson, à propos du vote du budget de 1886. Plusieurs ministres, entre autres MM. Pierre Legrand et Waldeck-Rousseau s'y sont montrés favorables. Enfin, à la séance du 22 juin 1886, MM. Siegfried et Ghamberland ont déposé, sur le bureau de la Chambre des députés, un projet de loi concernant r organisation de V administration de la santé publique^ signé de cinquante de leurs collègues appartenant à tous les groupes politiques. Il a été pris en considération parla Chambre, le 26 novembre 1886, sur la proposition de la commission d'initiative.
Ce projet, comme tous ceux qui Pont précédé, institue une direction spéciale pour la santé et laisse au chef de rÉtat le soin de déterminer le ministère auquel elle sera attachée. Il crée, près de cette direction,des inspecteurs généraux, un conseil national composé de trentesept membres et présidé par le ministre. Il établit des inspecteurs, des conseils départementaux siégeant au chef-lieu, sous la présidence du préfet et des commissions de la santé publique présidées par le maire, dans les centres de population de quelque importance.
Les dépenses qui résultent de ces créations sont supportées, pour une moitié, par l'État, et, pour l'autre, par le département, à titre de dépenses obligatoires. La direction nouvelle a, dans ses attributions, tout ce qui concerne la santé publique, à quelque titre que ce soit. Le projet de loi entre, à cet égard, dans des détails minutieux que je ne saurais reproduire ici. Il traduit d'une manière fidèle les
vœux et les aspirations des hygiénistes français. Il s'est du reste inspiré de leurs travaux. On pourrait lui faire sans doute quelques objections; mais il n*en constitue pas moins une excellente base sur laquelle les délibérations des Chambres pourront avantageusement s'appuyer. Si, comme je n'en doute pas, cellesci lui donnent leur assentiment, nous pourrons voir enfin appliquer en France les mesures de protection sanitaire dont l'utilité n'est plus contestée par personne, qui fonctionnent depuis longtemps à l'étranger et dont la mise en pratique n'est retardée chez nous que par l'indifférence des populations, l'esprit de routine et l'anarchie administrative. Si cette direction nouvelle est confiée à des hommes compétents et bien pénétrés de l'importance de leur mission, le pays ne tardera pas à en ressentir les effets : ils se traduiront par une amélioration notable dans son état sanitaire et par un abaissement de la mortalité proportionnelle aux efforts qu'on aura faits pour la réduire. Il faut espérer qu'alors nous ne serons plus, comme aujourd'hui, inférieurs sous ce rapport à l'Angleterre, à la Suède, à la Norvège et au Danemark, qui ne sont pas plus favorisés que nous sous le rapport du climat, de la race et du degré de civilisation *.
1" février 1887.
1. Il a été donné satisfaction aux vœux qui précèdent, par la création, au Ministère de l'intérieur d'une Direction de t Assistance et de VHygiène publiques. Elle a été confiée à M. Henri Monod que ses travaux en hygiène et la confiance du corps médical signalaient au choix du ministre.
yGoo^c
La question des logements à bon marché est en ce moment à l'ordre du jour. La France, après s'être laissé devancer par les nations étrangères, est entrée dans la voie des études sérieuses qu'exige la solution de cet important problème. Un comité s'est formé, au sein de la Société d'économie sociale, afin de procéder à une enquête semblable à celles qui ont été poursuivies, avec tant de succès, en Angleterre et en Belgique, il y a quelques années. Il a rédigé un questionnaire sur le modèle de celui de Bruxelles et Ta répandu dans le pays tout entier. Les communications ont afflué de toutes parts, et c'est alors que le gouvernement, s'associant à cette initiative, a pris l'idée à son compte. Il a donné une place à l'économie sociale dans la grande Exposition internationale de 1889, et l'une des sections de ce groupe, la 11°, est consacrée aux habitations ouvrières. De nombreux spécimens de ces logements y seront exposés, en
même temps que tous les documents qui s'y rattachent. 11 n'est donc pas hors de propos, au moment où tout le monde va s'en occuper, de montrer où en est la question et d'indiquer les phases par lesquelles elle a passé.
Le problème du logement ouvrier est posé depuis le jour où de grandes agglomérations de travailleurs se sont formées, autour des usines, dans les centres de production. 11 va se compliquant de plus en plus, à mesure que l'industrie se développe et qu'elle emploie plus de bras; il a son summum d'intensité dans les contrées manufacturières où l'existence des populations est plus artificielle que dans les autres.
La vie industrielle est moins intense chez nous que dans les pays de fabrique, comme l'Angleterre et la Belgique, et la concentration qui en résulte est également moins prononcée. Malgré le mouvement fatal qui entraîne les paysans vers les villes, ils représentent encore les trois cinquièmes de la population du pays. Toutefois, le nombre des ouvriers va toujours grandissant. D'après le recensement de 1881, on en comptait 258 000 dans le département du Rhône, 228 000 dans la Loire et 1 347 276 dans la Seine. Ce chiffre effrayant représente le septième de la population industrielle de la France tout entière. Il explique l'encombrement des quartiers excentriques, la diffi-
culte que les ouvriers trouvent à s'y loger et le prix excessif des loyers qu'on leur impose.
Dans une étude précédente *, j'ai passé en revue les différentes catégories d'habitations dans lesquelles la nécessité les contraint à chercher un abri; j'ai fait le tableau de ces cités-casernes qui renferment la population d'une petite ville, comme la cité Jeanned'Arc, avec ces 2 486 habitants; j'ai conduit le lecteur dans ces bouges, où grouille une population misérable et suspecte, dans ces cloaques, comme le clos Macquart, où campait alors un groupe de 300 chiffonniers semblables à ceux qui ont fait la réputation de la cité des Kroumirs. J'ai dépeint Tcncombrement des garnis, l'entassement qui s'y produit lorsque de grands travaux publics font affluer à Paris les ouvriers des déparlements voisins; mais, quelque sombre que soit ce tableau, il n'approche pas encore de celui que présentent quelques-unes des capitales de l'Europe. Londres a acquis à cet égard une triste célébrité, et, malgré les efforts qu'on y a faits récemment pour améliorer la situation, elle est encore plus fâcheuse que chez nous. La misère y revêt un caractère plus hideux qu'ailleurs, et cela se comprend. C'est l'agglomération humaine la plus considérable qu'il y ait sur le globe. La population augmente chaque année de 70 000 âmes, et l'entassement devient effrayant dans les quartiers habités par les malheureux. Rien n'égale l'aspect sinistre de ces impasses où les maisons se
1. L'Hygiène des villes et les Budgets municipaux (Revue des Deux Mondes du 1" février 1887).
i76 QUESTIONS D*HYGIÈNE SOCIALE.
touchent presque, où Tair ne pénètre jamais. Une atmosphère méphitique, une odeur de moisi et d'humidité se dégage de ces maisons petites et basses, où les ordures s'amoncellent sur les escaliers pourris. Qu'il fasse sec ou qu'il pleuve, le sol est toujours boueux. Une sorte de buée s'échappe de ces ruelles infectes, sur lesquelles pèse le ciel bas et sombre qui est celui du pays.
La malpropreté sordide de ces logements, où les générations successives ont entassé leurs détritus, dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Jamais un coup de balai n'y a été donné. L'ouverture unique qu'on décore du nom de fenêtre est bouchée avec des haillons ou couverte de planches pour empêcher le vent et la pluie d'entrer. Chaque chambre abrite une famille et souvent deux. L'enquête dont j'ai parlé en commençant a révélé des faits inouïs. Tantôt c'est un inspecteur de salubrité qui trouve, dans une cave, un homme, une femme, leurs quatre enfants et trois porcs. Plus loin, sept personnes vivent dans une cuisine souterraine, avec le cadavre d'un petit enfant au milieu d'elles. Ailleurs, on trouve une veuve, trois enfants vivants et un quatrième qui est mort et qui gtt là depuis treize jours.
Dans ces cloaques infects, d'honnêtes ouvriers vivent avec leurs familles au milieu des voleurs, des assassins et des filles publiques; la moralité et la décence y sont inconnues. Peu de gens sont mariés, et personne ne s'en soucie. L'union libre triomphe, et l'inceste vient souvent s'v associer*
Il ne faut pas croire que ces détails soient empruntés aux romans de Dickens ou même aux brochures à sensation de M. Sims ou du révérend Mearnes; je les ai copiés, mot pour mot, dans un livre tout récent, dans Tœuvre d*un économiste, M. Arthur Raffalovich, qui consacre sa vie à Tétude de cette question, et qui parcourt le monde pour cueillir, sur les lieux mêmes, les renseignements qui peuvent l'éclairer *.
En Allemagne, la situation n*est pas meilleure, mais elle se présente sous un aspect tout particulier. Une promiscuité tl*un ordre tout spécial introduit, dans les pauvres familles, une cause de désordre et d'insalubrité de plus. Les ouvriers allemands ont une grande tendance à se loger chez des camarades en ménage, soit à la nuit, soit en permanence. En Silésie, dans la Prusse rhénane, en Westphalie, ces habitudes sont générales. Il n'est pas rare de voir les sous-locataires coucher dans la même pièce que la famille qui les loge, même lorsque celle-ci compte de grandes filles au nombre de ses enfants. Parfois, la pièce unique ne contient qu'un lit pour le mari, la femme, les enfants et le pensionnaire. L'Allemagne, dit M. George Picot, est le seul pays où la statistique officielle, relevant le nombre et la situation des logements d'ouvriers, ait été obligée de faire une place aux dcmi-lils. Dahs son livre sur les Classes ouvrières en Europe, M. René LavoUée parle avec horreur des garnis infects où les lits sont occupés par deux hommes à la fois.
1. Le Logement de Voumnei* et du pauvre, par M. Arthur Raffalovich. Paris, 1887,
C'est en Prusse que le mal est le plus aigu, et c'est à Berlin que l'entassement est à son comble. Berlin est la capitale de l'Europe dont la population s'est le plus rapidement accrue. En 1840, elle ne comptait que 300 000 habitants; elle en renferme aujourd'hui 1 300 000. C'est une progression annuelle de 4 pour 100, qui dépasse de beaucoup celle de Londres et de Paris. Il n'y a pas la moitié de cette population qui soit née à Berlin. L'accroissement est le résultat de l'immigration constante que stimulent la concentration des grandes administrations de l'État, le développement du commerce et de l'industrie. L'activité des constructions n'a pas été en rapport avec cette affluence. La population de Berlin est à peu près égale à la moitié de celle de Paris, et le nombre des maisons qu'on y élève chaque année est huit fois moindre. En 1883, on n'en a bâti que 306, tandis que, cette année-là, VAnjiuaire de la ville de Pains indique 2 501 constructions nouvelles. En ce moment, il n'y a à Berlin que 2 pour 100 des logements qui soient vacants. La densité de la population y est deux fois plus grande qu'à Parié. On y compte 66 personnes par immeuble, tandis qu'on en trouve moins de 30 à Paris. Les demeures souterraines ont presque complètement disparu chez nous, tandis qu'à Berlin 100 000 personnes habitent dans 23 000 caves.
La pénurie des logements y devient parfois si pressante que le gouvernement est obligé de recourir à des expédients qui n'ont cours qu'en Prusse. En 1856, on a ouvert la caserne Witting, pour recevoir 800
familles. En 1873, 163 familles vinrent camper hors de la porte de Cottbus et s*y construisirent des cabanes en planches. Je ne parle pas de la malpropreté et de l'insalubrité des logements dans lesquels grouille toute celte population malheureuse; il faudrait reproduire ce que j'ai dit à propos de Londres. Je relèverai toutefois un fait qui me semble caractéristique, c'est qu'une partie considérable de la population de Berlin demeure dans des chambres qu'on ne peut pas chauffer. Ce détail est significatif dans une ville située par 53» 31, de latitude, et où la température moyenne de l'année ne dépasse pas 9 degrés.
Je pourrais continuer cette triste revue et montrer que, dans toutes les capitales de l'Europe, les choses sont à peu près dans le même état, et que les grandes villes d'Amérique elles-mêmes offrent un spectacle semblable, malgré leur construction récente, leur expansion que rien n'a pu gêner et l'admirable prospérité du pays neuf au milieu duquel elles s'élèvent; mais j'en ai dit assez pour démontrer les deux choses que je tenais à établir en commençant : la première, c'est que la France n'est pas le pays où les ouvriers sont le plus à plaindre, et la seconde, c'est que le problème du logement à bon marché est un de ceux qui s'imposent avec le plus d'autorité à la sollicitude des économistes.
« Sous quelque aspect qu'on l'envisage, dit M. Picot, on sent que le problème des logements est le nœud de la question sociale «. » Aucun bon sentiment ne peut
\. Un devoir social et les logements d'ouvriers, par M. Georges Picot. Paris, 1885.
germer dans un bouge semblable à ceux dont je viens de parler. L'esprit de famille s*y perd. L'ouvrier n'y entre qu'avec dégoût et le quitte le plus tôt qu'il peut pour se rendre au cabaret, où il oublie sa misère. La femme et les enfants le désertent également, ou s'y étiolent dans la promiscuité de l'infection et du vice, car le vice et le crime se réfugient également dans les bouges empestés, dans les ruelles sales et sombres. Ils y croissent comme les champignons sur le fumier. La paresse et l'ivrognerie s'y développent avec eux et complètent le cercle hideux dans lequel la famille du travailleur se trouve si souvent enfermée.
Ce ne sont pas seulement les classes pauvres que menace cet état de choses ; il compromet la santé et la sécurité de tout le monde. Les épidémies qui naissent dans ces cours des Miracles, en sortent poursc répandre sur la ville tout entière, afOrmant la solidarité étroite qui en réunit tous les habitants, et les souflFrances qu'on y endure s'en exhalent sous forme de malédictions et de menaces. « Ce n'est pas seulement de la vertu, dit le docteur Dumesnil, c'est de l'héroïsme qu'il faudrait à tout ce monde, pour ne pas contracter, dans ces bouges, la haine de la société. » L'ouvrier laborieux et honnête, sentant qu'il ne peut soustraire sa famille aux influences d'un pareil milieu, se révolte contre un état social dont il se croit la victime, et l'explosion de ces haines farouches n'est plus qu'une affaire de circonstances.
c( J'ai étudié, disait Blanqui, avec une religieuse
LA MAISON DE L'OUVRIER. i8l
sollicitude, la vie privée des familles d'ouvriers, et j'ose affirmer que l'insalubrité de l'habitation est le point de départ de toutes les misères, de tous les vices, de toutes les calamités de leur état sociaL II n'y a pas de réforme qui mérite à un plus haut degré l'attention et le dévouement des amis de l'humanité. » Après avoir montré toute l'étendue du mal, je vais parler maintenant des efforts qu'on a faits, depuis quelques années, pour le réparer.
Le mouvement qui s'est produit en Europe, en faveur de la création des logements pour les ouvriers, est parti de l'Angleterre. Le prince Albert en avait pris la direction dès 1841 ; mais, à cette époque, malgré son autorité et la force de ses convictions, il n'avait pas pu parvenir à faire partager ses idées aux capitalistes qui auraient pu les appliquer. Cependant, le 15 septembre de cette même année, une associalion se fondait, sous son impulsion, pour bâtir des maisons ouvrières et y loger de pauvres familles, moyennant un faible loyer perçu chaque semaine. En 1845, cette société obtint, par l'entremise de sir Robert Peel, sa charte d* incorporation et, le 14 juillet 1848, le prince Albert visitait la première maison construite par Y Association métropolitaine pour ramélioration des logements des classes ouvrières.
D'autres compagnies se formèrent peu à peu ; mais
182 QUESTIONS D'HYGIÈNB SOCIALE.
le nombre des immeubles construits par elles était bien loin de répondre à l'accroissement continu de la population ouvrière, et le mal allait toujours croissant, lorsqu'en 1883 l'attention du grand public fut vivement appelée sur ce sujet, par une brochure qui dépeignait la situation sous les plus sombres couleurs et qui fit le tour de l'Angleterre. La presse répondit à ce cri d'alarme, et les deux Chambres s'en émurent à leur tour. La question prit immédiatement place parmi les préoccupations politiques. Les partis firent Irève à leurs dissentiments, pour demander, avec une égale ardeur, qu'il fût procédé à une enquête, et le prince de Galles réclama l'honneur de faire partie de la commission.
L'enquête terminée, le rapport publié, un bill fut soumis au Parlement. Une entente s'établit entre le gouvernement et l'opposition. D'un commun accord, on écarta tout ce qui aurait pu provoquer de longs débats et soulever une résistance. Cet accord nécessita des concessions réciproques, qui restreignirent considérablement la portée de la loi. Lord Salisbury se chargea de la défendre à la Chambre de lords, et sir Charles Dilke à la Chambre des communes. C'est ainsi que fut votée la loi de 1885 [Housing ofthe Worklng classes ad) ; mais elle n'a pas produit les résultats qu'on en attendait.
L'initiative privée a été plus efficace. Elle a continué son œuvre avec une activité surexcitée par les circonstances que je viens de retracer. Aujourd'hui, les nombreuses compagnies qui se sont formées, et
dans l'historique desquelles je ne saurais entrer, abritent 29 643 familles, composées de 146809 personnes. Elles ont dépensé pour arriver à ce résultat 6 581 181 livres sterling (164 528 925 fr.). Ces résultats considérables ont été obtenus en grande partie par des sociétés de construction, par des corporations publiques ou par des entrepreneurs, qui, tout en se contentant d'un bénéfice modique, avaient cependant à se préoccuper de l'intérêt de leurs fonds; mais il en est d'autres qui doivent leur existence à des fondations charitables et pour lesquelles ce souci n'existe pas. Tel est le cas de la donation Peabody, l'un des actes de libéralité les plus intelligents et les plus splendides que la charité ait accomplis de nos jours.
Peabody était un jeune homme sans fortune, n'ayant pour réussir que son intelligence et sa bonne volonté, lorsqu'il entra comme commis, en 1812, dans une maison de commerce des États-Unis. 11 fit vœu, s'il s'enrichissait, de consacrer ses biens aux pauvres, et il a tenu parole. Cinquante ans après, deveuiu puissamment riche, il fondait plusieurs institutions dans le Massachusetts, et créait à Baltimore une série de fondations destinées à développer l'instruction supérieure. L'ensemble de ces donations s'élevait à 55 millions de francs. Sa fortune réalisée, il vint vivre en Angleterre. Il y est mort en 1869, après avoir consacré aux pauvres, par des donations répétées, une somme de 12 500000 francs, pour leur créer des habitations économiques et salubres.
Les administrateurs de ce legs, au premier rang
desquels se trouvait lord Derby, ont bâti, au centre de Londres, 18 groupes de maisons, qui contiennent 4 551 logements et abritent 18000 personnes. Pour ne pas faire concurrence aux autres sociétés, ils font payer un loyer aux ouvriers dans leurs immeubles; ils ne prélèvent que 4 pour 100 comme intérêt du capital engagé, tandis que les autres sociétés, bien qu'elles n'en fassent pas une spéculation, ne peuvent pas se contenter de moins de 5 pour 100. Le revenu des maisons déjà bâties est employé à en élever de nouvelles. C'est ainsi qu'avec un legs de 12 millions i/2, les administrateurs avaient déjà dépensé, eu 1884, 30275 000 francs en constructions. Ils se conforment ainsi à la volonté du donateur, exprimée de la façon suivante dans son testament, qui porte la date du 30 mai 1869 : « Mon espérance est que, dans un siècle, les receltes annuelles provenant des loyers auront atteint un tel chiffre, qu'il n'y aura pas, dans Londres, un seul travailleur pauvre et laborieux qui ne puisse obtenir un logement confortable et salubre, pour lui et sa famille, à un taux correspondant à son faible salaire. »
Les vingt-deux premières années permettent de penser que cet espoir n'est pas entièrement chimérique. « Lorsque la reconnaissance publique, dit M. George Picot, célébrera le centième anniversaire de la mort de M. Peabody, la fondation qui porte son nom possédera peut-être, à Londres, 2 milliards d'immeubles, abritant 1 500000 âmes, dans 350000 logements.
A côté de cette fondation splendide, destinée à produire de si magnifiques résultats, il est de toute justice de placer l'œuvre plus modeste, mais tout aussi respectable, que poursuit miss Octavia Hill. Depuis vingt ans, elle travaille à améliorer les logements des ouvriers avec des ressources bien bornées, mais avec une intelligence et une ardeur infatigables. Elle ne procède pas, comme les autres, par de grandes démolitions. Son champ d'activité est plus modeste ; mais les résultats qu'elle obtient sont excellents, parce qu'elle agit directement sur la classe la plus pauvre, celle que les grandes sociétés de construction ne peuvent pas atteindre.
Un des administrateurs du fonds Peabody, interrogé par le marquis de Salisbury sur la ligne de conduite à tenir pour parvenir à loger les indigents, lui répondit : « Nous n'avons aucun moyen de donner des chambres au-dessous de 2 fr. 50 par semaine. Celui qui gagne 2 fr. 50 par jour peut payer ce loyer. Quant à ceux dont le salaire est inférieur, cela regarde miss Octavia Hill *. »
Elle a commencé, en 1865, par acheter trois pauvres maisons, dans une des cours les plus sales du quartier de Marylebone ; peu après, elle en acquérait six autres. Ces maisons étaient dans le délabrement le plus complet, et les propriétaires s'épuisaient en menaces , sans parvenir à se faire payer par leurs incorrigibles locataires. En quelques mois, la trans-