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G. Picot, le Devoir social, p

186 QUESTIONS D*HYGIÈNB SOCIALE.

formation fut complète. Miss Octavia Hill chassa ceu3j dont l'inconduite était notoire, retint les autres, fi( peu à peu assainir et réparer leurs chambres, dont les loyers furent dès lors régulièrement acquittés . VAle a donné depuis de l'extension à son œuvre, mais elle n'a pas modifié sa façon d'opérer. Elle améliore les immeubles, mais elle ne les rebâtit qu'à la dernière extrémité. Comme elle est en communication personnelle avec ses locataires, elle fait peu à peu leur éducation au point de vue de la propreté, de l'hygiène et de la morale. A force d'habileté et d'économie, elle arrive à faire rendre près de 5 pour 100 à son capital.

L'œuvre de miss Octavia Hill a d'abord excité la surprise; mais, quand on s'est aperçu qu'elle avait transformé des maisons infectes, relevé le moral des familles qui les habitaient et ranimé les vertus du foyer, beaucoup de femmes l'ont imitée, et aujourd'hui on trouve, dans tous les quartiers de Londres, des personnes qui visitent les logements des pauvres et qui s'attachent à les améliorer. « C'est ainsi, dit M. Picot, que l'œuvre grandit et prospère, et le bien que les sociétés de capitalistes ne peuvent faire se trouve réalisé par quelques femmes qu'anime l'esprit de charité. »

Lorsqu'il s'agit de logements à construire et qu'on opère en pleine Hberté, il faut choisir entre deux types complètement différents et dont j'aurai plus tard à apprécier la valeur relative : la maisonnette et l'habitation collective. Tous deux se retrouvent

dans les groupes d'habitations élevées par les compagnies anglaises. Deux d'entre elles ont adopté le premier de ces types. La principale est la Compagnie générale de^ habitations ouvrières {artisans^ labourers\ and gênerai dweliings Company), Depuis vingt ans, elle a élevé, aux environs de Londres, près de 5 000 maisonnettes avec jardins.

C'est en 1874 que le premier grand parc a été ouvert, à peu de distance de Londres. C'est Shaftesbury-park. Il comprend 1 200 maisons, divisées en cinq catégories, suivant le nombre et la dimension des pièces; toutes ont une cuisine, une laverie, un petit jardin sur le devant et une cour en arrière. La première catégorie comprend six pièces, et le loyer est de 800 francs; la dernière, qui est composée de deux chambres et d'un petit salon, se loue 390 francs. Pour acquitter des prix semblables, il faut gagner de 7 à 10 francs par jour; aussi ne trouve-t-on, dans Shaftesbury-park, que des familles appartenant à l'élite de la classe ouvrière : des typographes, des ébénistes, des mécaniciens, des commis, etc. Ils y jouissent d'un grand confortable. Les parcs, qui se sont multipliés depuis 1874, ont tous un aspect riant. Les maisons sont tenues avec soin; les petits jardins sont bien entretenus, et on trouve, au centre de l'agglomération, un grand hall qui sert de lieu de réunion pour le service religieux, et dans lequel on donne des bals et des concerts. On y trouve également une bibliothèque et une salle de lecture.

Les compagnies ont fait, comme on le voit, tous

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leurs efforts, pour intéresser les familles à la bonne tenue des maisons et leur y créer des distractions salutaires; mais tout ce confortable n'est accessible qu'aux privilégiés de la classe ouvrière. Aussi les maisons collectives, qui représentent le second type, et qui sont beaucoup moins dispendieuses, se sontelles multipliées dans de bien plus fortes proportions. Elles occupent en général une position plus centrale que les cottages. Elles ont surgi sur remplacement occupé jadis par des maisons insalubres, quand l'expropriation a permis de les abattre. Les ouvriers ont eu, dans le principe, quelque répugnance à s'y loger; mais aujourd'hui leur empressement est tel qu'on n'a plus que l'embarras du choix, et que l'admission dans ces immeubles est un titre de moralité.

Les constructions élevées par les administrateurs de la fondation Peabody sont particulièrement recherchées. Cela s'explique par le peu d'élévation du prix des loyers. La générosité du fondateur et le mode de construction qu'on a adopté, permettent de livrer des chambres à 130 francs par an. Ces immeubles ne sont pas l'idéal rêvé par les hygiénistes. Ils se rapprochent beaucoup de la cité-caserne^ type dont nos constructeurs s'efforcent avec raison de s'éloigner. En voyant s'élever, au milieu des maisons basses et enfumées des quartiers populeux, ces grands édifices qui les dominent, on se demande d'abord si ce sont des hôpitaux ou des casernes. Lorsqu'on en a franchi l'entrée, on se trouve dans un grand préau qu'entourent des corps de bâtiments de cinq ou six étages,

desservis par plusieurs escaliers. De larges baies sans fenêtres laissent arriver Tair et la lumière sur les paliers, qui, le soir, sont éclairés au gaz jusqu*à onze heures. Les logements sont indépendants, mais ils ouvrent sur un corridor commun. Il y a un watercloset pour deux logements et une buanderie par étage.

L'eau est distribuée avec abondance dans tout rédifîce, et des bains gratuits existent dans chaque groupe. La propreté y est entretenue avec soin, grâce à la surveillance qu*exerce le surintendant, sorte de gérant craint et respecté des locataires. La tenue de ces maisons est excellente. Les habitants se surveillent réciproquement et provoquent l'expulsion de ceux dont la présence devient une source de désordre ou de scandale.

Aucun locataire n'est admis sans que tous les membres de la famille aient été vaccinés. Dès qu'un cas de maladie se déclare, le médecin du district est appelé et se prononce sur la possibilité de traiter le patient à domicile. Toute maladie contagieuse entraîne la nécessité du transport à l'hôpital. Ces mesures ont porté leurs fruits. La mortalité est moindre dans ces groupes de maisons que dans le reste de la ville. La population qui les habite parait heureuse. Les enfants y ont un air de santé qui contraste avec les flgures maladives de ceux des quartiers voisins.

La Compagnie des logements perfectionnés {tke improved industrial dwellings Company), qui s'est formée en 1863, sous la direction de sir Sîdney

Waterlow, donne des logements plus confortables et plus vastes, mais elle les fait payer plus cher. Il en est de même des autres sociétés qui se sont formées sur le modèle des précédentes.

On ne peut qu'applaudir aux efforts de ces associa* tions et se féliciter du résultat qu'elles ont obtenu; mais on ne peut pas s'empêcher de faire cette réflexion attristante, que c'est une goutte d'eau jetée sur un incendie. On est parvenu à loger d'une façon convenable 146 809 personnes, dans une ville qui a près de 4 millions d'habitants, qui constitue le plus grand centre industriel du globe, et dont la population s'accroît de 70000 âmes par an. Toutes les sociétés réunies n'arrivant à loger que le dixième de la population pauvre, que deviendra le reste, en attendant que la donation Peabody ait réalisé, dans quatre-vingts ans, ses magnifiques promesses?

Il n'en est pas moins vrai que c'est l'Angleterre qui a été l'initiatrice des autres nations dans la question des logements ouvriers, comme dans la plupart des grands problèmes économiques, et qu'elle leur a donné l'exemple.

La Belgique, bien qu'elle soit aussi intéressée que l'Angleterre à la solution des problèmes industriels, a mis bien longtemps à la suivre dans la voie des constructions à bon marché. 11 a fallu les grèves du Borinage, en 1886, pour attirer l'attention sur ce point. Le premier moment de stupeur passé, la répression achevée, le gouvernement s'adressa aux Chambres, pour leur demander leur concours, afin

d'empêcher le retour de ces scènes lamentables. Il les convia à s'occuper des problèmes sociaux intéressant les classes ouvrières, et, avant de procéder aux réformes, il institua une grande commission dite du travail ^^ composée de sénateurs, de députés, d'économistes, de négociants et industriels auxquels il associa le Conseil supérieur d'hygiène pour la partie relative à la salubrité des habitations. Le Ministre de Tagriculture et du commerce, qui présidait cette assemblée, esquissa à grands traits le programme des études à poursuivre et dressa le questionnaire d'après lequel les informations devaient être recueillies.

Le 13 novembre de la même année, la Commission du travail adopta les conclusions qui lui furent présentées *. Les propositions, extrêmement libérales, tendaient à une réforme fiscale des plus importantes. Elles se prononçaient pour l'exonération complète des constructions ouvrières. Elles les affranchissaient des impôts, des taxes, des droits de mutation, et autorisaient les administrations charitables à consacrer une partie de leurs capitaux à cette entreprise.

Des mesures aussi bien comprises, et appuyées par l'autorité d'une commission de cette importance, ne pouvaient pas manquer de porter leurs fruits. Sept compagnies se sont formées en Belgique et ont déjà construit 869 maisons, abritant 1863 ménages et 8 547 personnes. La dépense s'est élevée à 8 millions

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