‹ Questions d'hygiène socialeChapitre 16 sur 19 · DéUbération du Conseil municipal du 30 décembre · texte numérisé non relu

DéUbération du Conseil municipal du 30 décembre

Il est impossible, on le voit, de se montrer plus libéral et, si la crémation ne se généralise pas, les promoteurs ne pourront pas en accuser les pouvoirs publics.

Cette coutume est maintenant sortie de sa période d'élaboration. Elle a une existence légale, et tout le monde peut en user. C'est là qu'il fallait en venir, car, ainsi que je l'ai dit, dès le jour où la question s'est agitée en France, il faut des raisons très graves pour entraver la liberté des gens et, dans l'espèce, je n'en vois aucune. Maintenant que toute satisfaction a été donnée aux partisans de l'incinération, c'est le moment de la juger et de rechercher s'il y a lieu de lui donner des encouragements. Je vais essayer de le faire, en me plaçant au point de vue de l'hygiène et de l'intérêt social. Quant à la question religieuse, les controverses qu'elle a jadis soulevées n'ont plus leur raison d'être ; elle a été tranchée d'une manière définitive par l'autorité devant laquelle tous les catholiques s'inclinent.

Au mois d'octobre dernier, la congrégation du saint-office, régulièrement consultée par le clergé des différents pays qui reconnaissent la juridiction spirituelle du saint-siège, sur la question de savoir s'il était permis aux fidèles de s'affilier aux sociétés de crémation et de consentir à l'incinération de leurs corps ou de ceux de leurs proches, a répondu par la négative à ces deux questions. Le saint-père a approuvé et confirmé ces résolutions, en ordonnant de les transmettre aux évêques, pour que ceux-ci puissent diriger

la conduite de leur clergé et instruire les fidèles. Les prêtres catholiques ne peuvent donc plus rendre les derniers devoirs aux personnes dont les corps doivent être brûlés. Lès autres cultes n*ont ni les mêmes scrupules ni la même sévérité. Les pasteurs protestants accompagnent leurs coreligionnaires jusqu'au monument crématoire et les israélites jouissent de la même liberté. Ce n'est donc plus qu'une question d'hygiène et de convenance sociales.

Les partisans de la crémation ont surtout mis en avant les intérêts de la santé publique, et ils ont été conduits à exagérer les inconvénients de l'inhumation. Ce sont eux qui ont créé la légende des cimetières, les émanations infectes se répandant dans Tatmosphère, la nappe souterraine souillée, les rivières et les puits empoisonnés, les épidémies propagées, etc. Il y a dix ans, cette croisade fut menée avec un entrain sans égal et une ardeur de néophytes, par les sociétés italiennes et par les crémateurs français qui aspiraient à suivre leur exemple. L'administration municipale s'en émut alors et nomma une commission de douze membres pour étudier la question *. Le rapport,

1. MM. de Heredia, docteur G. Martin, docteur Bouchardal, Bourgouin, A. Carnot, Feydeau, Huet, Le Roux, docteur O. Dumesnil, Pasquier, Schutzenberger, CafTort;

rédigé par le docteur 0. Dumesnil, et adopté le 7 mars 1881, a fait justice de toutes ces exagérations.

Les émanations n'arrivent pas à la surface du sol, et la preuve, c'est qu'elles n'affectent pas l'odorat dans les cimetières bien tenus, tandis qu'on trouve, dans Paris, nombre de rues exhalant une odeur infecte surtout dans Tété. Les gaz provenant de la décomposition ne sortent pas de terre et, dans les cas exceptionnels où cela peut advenir, ils sont sans danger, parce qu'ils se dégagent à l'air libre»

Les infiltrations qui peuvent atteindre la nappe sou^ terraine sont* insignifiantes, lorsqu'on les compare à celles qu'y déversent les habitations et la voie publique. Pettenkofer, de Munich, qui fait autorité en matière d'hygiène urbaine', a calculé que les éléments putrescibles, provenant de ces deux sources, qui pénètrent dans le sol de Munich, équivalent à ceux que produirait l'inhumation annuelle de 50000 personnes. Or la ville n'a que 200000 habitants.

L'eau des puits creusés dans les cimetières n'est pas plus chargée de matières organiques que celle des autres, et d'ailleurs il n'est pas d'agglomération urbaine de quelque importance qui n'ait aujourd'hui sa distribution d'eau de source prise en dehors de son enceinte, et l'eau des puits ne doit jamais servir aux usages alimentaires. La contamination des rivières est encore moins vraisemblable; enfin, le reproche d'engendrer des maladies infectieuses est tout aussi gratuit. Il n'a jamais reposé que sur des arguments théoriques et des expériences de labora*

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loire. On en est encore h citer une épidémie qui soit sortie d'un cimetière.

Est-ce à dire que leur présence au sein des villes soit une chose indifférente à l'hygiène? non sans doute ; mais on n'a rieli fait pour qu'il en soit autrement. Ils sont presque partout dans de mauvaises conditions. Les prescriptions du décret du 23 prairial an XI sont radicalement insuffisantes et celui du 27 avril 1889 qui en a reproduit, sans y rien changer, les dispositions les plus fâcheuses, ne vaut pas mieux que son prédécesseur.

La profondeur des fosses, leurs dimensions, leur écartement, sont beaucoup trop faibles. Il en est de même de la distance fixée pour les constructions, pour le creusement des puits et le renouvellement des sépultures. Les cimetières sont trop près des villes, trop petits, trop encombrés; mais je ne veux pas m'étendre sur celte question, qui a déjà été traitée à fond dans la Bévue des Deux Mondes * ; je me borne à en retenir ce qui appartient à mon sujet, à savoir que les inconvénients inhérents aux cimetières ont été exagérés, qu'il est possible de les faire disparaître et que la santé publique n'exige pas la suppression de ces champs de repos. Des trois reproches qu'on leur adresse : l'infection de l'air, l'empoisonnement des sources et l'encombrement, les deux premiers ne reposent sur aucune démonstration suffisante; et pour ôter toute valeur au troisième, il n'est

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