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Il a représenté son projet en 1887 et l'a fait voter

40 QUESTIONS D'HYGIÉNB SOCIALE.

hygiéniste distingué. M. Alglave a exposé, le 2 juin 1880, dans la République française^ un système dont TAUemagne semble s'être inspirée, tout en le modifiant. Il Ta développé au congrès de Genève en 1882 et Ta reproduit tout récemment dans le journal le Temps, Ce système, dont on s'est beaucoup occupé dans ces derniers temps, a surtout pour but d'assurer la pureté des liqueurs distillées et de diminuer les dangers qu'entraîne leur consommation. Pour assurer cette garantie aux buveurs, l'État se porterait acquéreur de tous les alcools. 11 en ferait opérer l'analyse dans ses laboratoires et les revendrait ensuite aux^débitants, ainsi qu'aux particuliers, à prix fixe et dans des bouteilles d'une forme particulière. Dans ce projet, l'État n'exercequ'unmonopole mitigé, mais c'est encore un monopole et le meilleur ne vaut rien. L'intervention de l'État dans les questions économiques est toujours fâcheuse. Lorsqu'un monopole est établi depuis longtemps, je comprends qu'on ne se décide pas ày renoncer, parce 'qu'on ne saurait où prendre les sommes qu'il rapporte; mais il ne faut pas en créer de nouveaux. C'est bien assez qu'en France l'État soit déjà débi^ tant de tabac et marchand d'allumettes, il ne faut pas qu'il se fasse cabaretier. Cette nouvelle mesure serait, d'ailleurs, tout à fait inopportune. Nos embarras financiers ne sont un secret pour personne, et si l'État prenait en main la vente de Talcool, on serait en droit de dire qu'à bout de ressources il veut prélever un nouvel impôt dont les classes inférieures feront tous les frais. On ne manquerait pas d'ajouter, avec

la même vraisemblance, que c'est un moyen de se procurer des emplois auquel le gouvernement a recours pour satisfaire Tavidité de ses créatures.

Il n'en est pas de même de Télévation des droits. Elle est simple, d'une exécution facile, n'apporte aucun changement dans la perception, et, si on en appliquait le produit au dégrèvement des boissons fermentées dont il faut au contraire encourager la consommation, les classes laborieuses n'auraient qu'à, s'en applaudir. II n'est pas d'impôt plus légitime que celui qui pèse sur un vice; il n'en es\ pas, en même temps, de plus salutaire. Si la consommation reste la même, c'est le fisc qui en bénéficie, et si elle diminue, c'est l'hygiène qui en profite.

C'est à l'aide de leurs surtaxes d'alcool que la plupart des communes de Bretagne font face à toutes leurs dépenses, et, comme tout impôt doit être voté par les Chambres, il y a de» époques où on ne peut pas ouvrir VOfficiel sans y trouver deux ou trois lois autorisant un certain nombre de communes à s'imposer de ces surtaxes. La plupart d'entre elles ont profité du bénéfice de la loi pour dépasser largement le chîflFre nornial de ces impositions.

La Société d'économie politique s'est occupée de ce sujet à sa réunion du 5 janvier 1885. Son président, M. Léon Say, avait proposé la question suivante : « Y a-t-il lieu, pour parer aux dangers de l'alcoolisme, de restreindre la liberté du commerce des boissons »?

La plupart des membres présents se montrèrent contraires à l'élévation des droits; mais ils se plaçaient

plutôt sur le terrain de réconomie politique et de radministration que sur celui de l'hygiène, et, dans Topinion que j'expose, il n'est pas question de grever les boissons fermentées en général pour enrichir le Trésor, il s'agit d'élever les droits sur l'alcool, qui est une liqueur toxique, pour abaisser ceux qui pèsent sur le vin, la bière et le cidre, qui sont des boissona hygiéniques. L'argument qu'on a toujours opposé à cette mesure est le suivant : l'élévation des droits ne diminue pas la consommation et elle augmente la fraude. Ce n'est là qu'une assertion, et il s'agit de savoir si elle est fondée. La consommation de l'alcool n'a pas diminué en France depuis que la loi du 1" septembre 1871 et celle du 30 décembre 1873 ont porté le droit primitif de 90 francs par hectolitre à 150 francs d'abord, puis à 156 fr. 25. Elle a même augmenté de 421 156 hectolitres de 1871 à 1881 ; mais il faut se rappeler que, pendant ces dix années, les ravages du phylloxéra ont réduit de près de moitié le rendement de nos vignobles. De 56 901 000 hectolitres, il est tombé à 34 138 715 hectolitres, ce qui fait 22 762 285 hectolitres de moins, et ceux-ci représentent une quantité d'alcool qui dépasse 2 millions d'hectolitres et qui est, par conséquent, cinq fois plus forte que celle des alcools d'industrie qui ont été consommés pour la remplacer. On a donc, en somme, sous une forme ou sous une autre, absorbé beaucoup moins d'alcool qu'auparavant. On ne peut, d'ailleurs, tirer aucune conclusion de faits pareils. Pour juger par comparaison, il ne faut pas s'adresser à un pays comme la France où

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la consommation de l'alcool est complémentaire de celle du vin, où cette dernière varie dans des proportions si considérables, suivant les provinces et suivant les époques ; il faut s'adresser aux pays où ces conditions sont invariables comme les contrées du Nord. Eh bien, en Russie, l'élévation des droits sur l'alcool, qui a doublé de 4863 à 1882, jointe à la réduction du nombre des débits, a diminué de près de moitié la consommation des alcools. Les droits rapportent à la Russie 244 millions de roubles par an et constituent environ le tiers de ses ressources budgétaires.

En Allemagne, au contraire, les droits sont très faibles et l'alcoolisme fait des progrès effrayants. Ainsi, en Prusse^ les droits sur l'alcool sont de 33 fr. 92 par hectolitre et rapportent à l'État 261 millions de marks par an. On compte, à Rerlin, un débit par 33 adultes mâles et on a arrêté, en 1880, 7 900 ivrognes. En Bavière, l'alcool ne supporte qu'un droit de 17 fr. 50 par hectolitre, et, en Wurtemberg, il n'est que de 13 fr. 60. Ces pays allemands sont la terre promise des alcooliques. La bière y est excellente et l'eau-devie y est à bon marché. C'est une ressource que les gouvernants s'étaient réservée pour l'avenir, et la Prusse, comme nous l'avons dit plus haut, s'apprête à en faire son profit.

On ne comprendrait pas que l'élévation des droits ne diminuât pas la consommation. Les gens qui s'enivrent avec ces esprits d'industrie en boivent tant qu'ils ont de l'argent. En Bretagne, les ouvriers habiles et bien rétribués ne travaillent que le nombre de jours

strictement nécessaires pour se procurer l'argent qu'il leur faut et s'enivrent le reste de la semaine. Plus le prix de la journée s'élève et plus le nombre de jour^ nées diminue.

L'argument tiré de l'augmentation de la fraude ne me touche pas davantage. Il est plutôt commercial qu'hygiénique, et, du reste, il n'est pas fondé. On Ta mis en avant en 1871 quand on tripla les droits sur l'alcool, et l'événement n'a pas justifié ces craintes. L'Assemblée nationale y mit bon ordre en imitant l'Angleterre et en donnant à l'élévation des tarifs l'appui d'une législation énergique *. Les amendes de 500 à 5 000 francs devinrent la règle commune pour les contraventions en matière de spiritueux, et les emprisonnements de dix jours à six mois eurent bientôt découragé les fraudeurs ainsi que leurs complices.

Les administrateurs compétents en pareille matière sont d'avis que les tarifs actuels sont assez élevés pour donner à la fraude toute l'activité qu'elle peut avoir et qu'elle n'augmenterait pas d'une manière sensible quand on viendrait à doubler les droits. L'administration des tabacs en a, du reste, fait l'épreuve. La crainte de la fraude ne l'a pas empêchée d'imposer des droits six fois plus forts que la valeur de la matière première, et la fraude ne dépasse assurément pas le vingtième de la consommation.

Quant aux falsifications, elles n'ont pas plus d'im-

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