‹ Questions d'hygiène socialeChapitre 8 sur 19 · L*ACCLIMATEMENT DANS LES COLONIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

L*ACCLIMATEMENT DANS LES COLONIES FRANÇAISES

hostile, guerrière, habituée à nous résister. Conservons nos droits sur Madagascar : ils sont incontestables et nous ne devons pas souffrir qu'on les méconnaisse. Protégeons nos nationaux de tout notre pouvoir, défendons les Sakalaves, comme nous en avons pris rengagement; soyons fermes avec les Hovas comme avec les Anglais : c'est le moyen le plus certain de vivre en bonne intelligence avec les uns comme avec les autres, et laissons à nos descendants la conquête de la grande lie malgache. Ils auront peut-être pour la réaliser des moyens d'action qui nous manquent encore et des ressources dont nous ne disposons plus. La France aurait depuis longtemps oublié ses droits sur Madagascar s'ils ne lui étaient pas incessamment rappelés par la plus sympathique de nos colonies. L'île de la Réunion a les yeux constamment tournés vers cette grande terre^ qu'elle considère comme sa propriété, et insiste pour que nous l'ouvrions à tout prix k son commerce. La cause est défendue avec tant d'autorité par les hommes qui représentent ses intérêts dans nos assemblées qu'il est bien difficile de leur résister, et pourtant il est des entraînements contre lesquels il faut savoir se tenir en garde. La Réunion, comme les Antilles, a dû sa prospérité passée et sa décadence actuelle à la culture exclusive de la canne. L'abolition de l'esclavage lui a été moins fatale qu'à nos colonies américaines, en raison du voisinage de rinde et grâce à la prévoyance de ses habitants. Ils n'ont pas attendu le dernier moment pour se procurer de l'extérieur les bras qui allaient leur manquer.

Lorsque l'émancipation est arrivée, l'île comptait déjà. 5 629 travailleurs, dont 4 631 Indiens. Aujourd'hui, le chiffre des immigrants s'élève à près de 50 000. Ce ne sont donc pas les bras qui manquent, c'est le placement avantageux de Tunique produit de la colonie. La canne, pour laquelle on a arraché les magnifiques plantations de café, de girofle, de muscade, qui faisaient le charme du pays, la canne ne donne plus aujourd'hui de produits rémunérateurs. Elle ne rapporte pas plus de 1 pour 100, et les habitants n'ont plus les fonds nécessaires pour opérer une transformation qui pourrait être leur salut. La plupart des propriétés sont grevées d'hypothèques considérables ou tombées aux mains du Crédit foncier, qui ne trouve pas à les vendre. Les institutions de crédit ellesmêmes sont dans la situation la plus précaire. Enfin, le déboisement des hauteurs opéré par les noirs qui ont quitté les habitations aussitôt après Témancipalion, l'abandon des cultures arborescentes qui retenaient les eaux, ont déterminé la formation de petits marais, et cette île au climat enchanteur, à la salubrité sans égale, est maintenant devenue presque malsaine. Nous venions autrefois nous y rétablir en sortant de Madagascar, et pas un de nous n'a perdu le souvenir de cet accueil si cordial que les Européens étaient sûrs de trouver dans les villes, comme sur les habitations. Pour ma part, je garde à cette population créole si élégante, si bonne, si hospitalière, une reconnaissance et une affection que le temps n'a pas affaiblies. La France tout entière partage cette sym-

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palhie. Elle est prête à tout faire pour rendre à Tîle de la Réunion sa prospérité des anciens jours, tout jusqu'à la conquête de Madagascar exclusivement.

Nos récentes acquisitions dans l'extrême Orient ont plus d'avenir que nos anciennes colonies. Cela tient à leur étendue considérable, à leur fertilité, à leur population nombreuse, active et civilisée. Ce sont des pays en plein rapport et, sans être d'une salubrité absolue, ils sont habitables dans les conditions où nous devons y résider.

La Cochinchine, qui a été si meurtrière pour nous au commencement de l'occupation, alors que nos soldats vivaient sous des paillottes et buvaient Feau des arroyos, est devenue moins malsaine depuis qu'on a creuse des puits et des citernes» C'est toujours un pays dont le séjour fatigue les Européens et leur interdit toute activité physique ; mais ils s'y maintiennent dans un état de santé suffisant pour remplir leurs fonctions, et, à la condition de ne pas y passer plus de deux ans de suite, ils n'y subissent que des pertes supportables.

Le climat est énervant dans ces plaines d'alluvion arrosées par d'innombrables cours d'eau. La température est toujours élevée et presque invariable. La moyenne des cinq dernières années a été de 27o,5, et il n'y a pas 3 degrés de différence entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid. Il n'y a pas de saison fraîche; les variations diurnes sont insignifiantes, les nuits brûlantes et sans rosée. La saison sèche coïncide avec la mousson de nord-est; la saison

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des pluies avec la mousson de sud-ouest. La première commence à la mi-octobre; la seconde débute en avril : ce sont des torrents qui tombent alors sur tout le pays et Tinondent pendant sept mois. Car les pluies continuent pendant la lutte qui s'établit aux deux changements de moussons. Tant qu'elles durent, le temps est couvert, l'atmosphère lourde, accablante, chargée de vapeur d'eau et d'électricité.

En dépit de son 'climat débilitant, la Cochinchine est aujourd'hui la plus recherchée de nos colonies. La vie y est facile, les rapports avec les naturels agréables. C'est un pays de ressource, et Saigon est devenu une ville européenne. La vieille cité annamitç avait été détruite par la conquête; nous l'avons reconstruite en entier. On y a tracé de larges rues, bordées de beaux trottoirs et ombragées par des arbres magnifiques. Un réseau d'égouts que beaucoup de villes de France lui envieraient, conduit à la rivière les eaux et les immondices. Les édifices publics, les casernes, l'hôpital, les halles, ont un aspect monumental, et l'hôtel du gouvernement est un véritable palais. Une population presque aussi variée que celle d'Alger donne à ses rues le mouvement et la vie. Des chemins bien plantés, des tramways à vapeur font communiquer Saigon, avec les localités voisines, qui ont elles-mêmes pris de l'importance depuis l'occupation. Près de 3 000 kilomètres de routes classées, un réseau télégraphique très complet et un service régulier de paquebots, mettent cette grande ville en communication avec les différentes parties de la Cochin-

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chine et du Tonkin, ainsi qu'avec la France et le monde entier. Lorsqu'on se rappelle ce qu'elle était à l'époque où nous nous y sommes établis, quand on songe que tous ces. édifices ont été construits, toutes ces voies de communication créées en vingt ans et que le service des travaux publics y a dépensé près de 65 millions, on ne peut pas s'empêcher de reconnaître que nous ne sommes pas devenus si inhabiles en matière de colonisation que beaucoup de gens se plaisent à le dire. Toutes ces dépenses ont été faites avec les ressources de la colonie, qui se suffit à elletoêûie, et parfois le budget des recettes y dépasse celui des dépenses *.

Le Tonkin jouit d'un climat plus salubre et moins énervant que celui de la Cochinchine. Plus éloigné de l'équateur, il est à la limite de la zone intertropicale et commence à présenter quelques-uns des caractères des zones, tempérées. Il a comme eux une saison fr«dche, pendant laquelle le thermomètre s'abaisse jusqu'à 7 degrés, tandis qu'en Cochinchine on ne l'a jamais vu au-dessous de 16 degrés. La température moyenne est de 23<^,9 au Tonkin au lieu de 27^,45. Au mois de janvier, on aperçoit quelquefois, le matin, de la gelée blanche, sur les premiers contreforts de la

1. En 1885, le budget de la colonie s'est réglé de la façon suivante :

Recettes 28 483 141 fr. 70

Dépenses obligatoires 18 285 939 fr. 70

— facultatives 8141136 25

— extraordinaires 2 056 074 75

Total des dépenses 28 483 141 fr. 70

chaîne de Quan-yen. C'est un véritable hiver, pendant lequel on éprouve le besoin de se couvrir et d'allumer du feu. La constitution des Européens se raffermit pendant cette saison; ils prennent des forces pour supporter les chaleurs de Tété, qui sont aussi pénibles et aussi accablantes que celles de la Cochinchine.

Pour les habitants de Saigon, le Tonkin est un pays plein de charme, et ils envient le sort de ceux qui sont appelés à y résider. A diverses reprises même, on a songé à les envoyer s'y rétablir afin de ne pas être forcé de les diriger sur la France. Les maladies qui y régnent sont les mêmes qu'en Cochinchine, mais elles y présentent moins de gravité. Les fièvres paludéennes y sont d'une bénignité surprenante, pour un pays d'alluvion comme celui-là. On en observe quelques cas au printemps et en automne, à l'époque du labourage des rizières, mais on en a facilement raison. Il en est de même des affections gastro-intestinales. Les insolations sont plus à craindre. Quant au choléra, il est, on le sait, endémique dans l'extrême Orient, mais il y est moins redoutable pour les Annamites, et, en dehors des conditions de guerre et d'épidémie, il fait peu de victimes dans nos rangs.

Il est impossible de déterminer, d'après une statistique régulière, le degré de salubrité du pays, mais les observations faites sur nos troupes, pendant l'occupation, fournissent quelques données à cet égard. Tant que celles de la marine y ont été seules engagées, elles n'ont jamais eu plus de 40 malades sur 1 000 hommes d'effectif. Si l'armée a souffert davan-

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tage, cela tient à ce que ses régiments n'étaient pas habitués, comme les nôtres, à faire campagne sous les tropiques; qu'ils n'étaient pas équipés pour cela; qu'ils ont été forcés d'opérer dans la zone la plus insalubre du pays et qu'ils ont eu à subir une épidémie de choléra. Cette maladie a nécessairement fait de nombreuses victimes parmi ces jeunes soldats affaiblis par le climat et surmenés par des expéditions successives.

En résumé, lorsque nous aurons fait pour ce pays ce que nous avons fait pour la Cochinchine, il sera beaucoup plus agréable à habiter et beaucoup plus sain qu'elle ne l'est.

Les ressources du Tonkin sont considérables. Le delta est d'une fertilité sans égale et admirablement cultivé; il rapporte deux récoltes de riz par an, et produit tout ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie. Les montagnes renferment des mines dont on a peut-être exagéré la valeur, mais qui seront pourtant un jour susceptibles d'exploitation fructueuse. Tout le pays est en plein rapport, et comme il est extrêmement étendu, qu'il nourrit, d'après les documents ofRciels, une population de 9 à 10 millions d'habitants, il pourra devenir pour notre commerce une ressource précieuse; seulement nous y trouverons la concurrence des Anglais et des Chinois. Ces derniers ne sont pas des adversaires bien redoutables sur le champ de bataille, mais ce sont des marchands incomparables. Partout où ils s'établissent, ils accaparent le commerce local. Sobres, économes, d'une finesse et d'une

patience sans égales, ils ont sur les Européens, dans les pays de l'extrême Orient, une supériorité invincible. Ils sont là chez eux, ils ont les mœurs du pays, ils en parlent la langue ; ils vivent comme les indigènes et à aussi peu de frais, tandis que les Européens, dépaysés, obligés de se servir d'interprètes, sont contraints pour vivre de dépenser en un jour ce qui suffirait à un Chinois pour subsister pendant un mois. L'Europe, du reste, aura dans l'avenir à compter avec la Chine sur un autre terrain que celui-là. Nous avons forcé le Céleste-Empire à nous ouvrir ses ports, nous le regretterons peu^-être un jour, lorsqu'il prendra la route des nôtres et qu'il les inondera de ses produits à vil prix. L'Amérique, avec ses denrées alimentaires, nous fait déjà, sur nos propres marchés, une concurrence contre laquelle nous ne pouvons pas lutter; l'Australie et l'Inde nous menacent; la Chine entrera quelque jour dans le mouvement et l'équilibre économique du globe sera ébranlé. Les vieilles nations ont à supporter le poids de leur passé. Avec leurs dettes, leur sol épuisé, leur outillage en retard et leurs institutions rétrogrades, elles ne peuvent pas lutter contre les peuples plus jeunes qui commencent sur de nouveaux frais et profitent de l'expérience de leurs aînés. Quelque libre-échangistes que soient les États de l'Europe, il est possible qu'ils soient un jour contraints d'oublier leurs dissentiments, de renoncer à se faire la guerre à coups de tarif ou à coups de canon, pour former entre eux une union douanière, un grand Zollverein, afin de se pro-

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léger contre les autres parties du inonde qu ils ont considérées jusqu'ici comme leurs tributaires et comme un terrain sans limites pour le placement de leurs produits.

Nos possessions de VOcéanie n'ont ni les vastes territoires, ni les grandes populations industrieuses de rindo-Ghine; mais elles ont pour elles leur admirable salubrité et leur climat incomparable. Les maladies endémiques des pays chauds y sont inconnues. Les Européens peuvent y vivre, s'y multiplier, comme dans leur pays natal. Après un séjour de plusieurs années en Océanie, nos soldats reviennent en France aussi bien portants qu'au départ. Pendant les huit années qui ont suivi l'occupation, malgré les expéditions de guerre et les travaux nécessités par la colonisation, le chiffre de la mortalité annuelle ne s'est pas élevé à 1 pour 100 de l'effectif; en 1850, il s'est abaissé jusqu'à 0,39 pour 100.

Cette facilité d'adaptation au climat de l'Océanie parait en désaccord avec ce que j'ai dit en commençant, au sujet de la zone torride, de l'impossibilité pour les Européens de s'y multiplier et d'y cultiver" le sol ; mais je ferai observer que les îles que nous occupons dans ces régions privilégiées sont situées à la linaite de cette zone inhospitalière, et que l'hémisphère sud est plus froid que l'hémisphère nord. La température moyenne dans cette partie de la Polynésie est de 24°,79, et parfois le thermomètre s'abaisse jusqu'à 14*^.

La Nouvelle-Calédonie, la plus étendue de ces pos-

sessions, remplit toutes les conditions qu'on peut exiger d'une colonie pénitentiaire. Il est à regretter seulement que le sol montagneux de cette île n'offre pas de plus grandes étendues de terre propres à la culture, car tout y vient à merveille. Il suffira, du reste, pour nourrir sa population lorsqu'il sera mis en rapport et mieux distribué. La Nouvelle-Calédonie, indépendamment des produits alimentaires, fournit du sucre, du café et du tabac. Ses forêts contiennent de fort beaux bois, et ses mines de nickel, de cuivre, d'antimoine et de cobalt sont déjà l'objet d'une exploitation avantageuse.

Taïti, que les premiers navigateurs ont surnommée la « reine de l'océan Pacifique », est un séjour d'un charme incomparable. Les chaleurs accablantes de la zone torride y sont inconnues. Son atmosphère lumineuse, sereine est rafraîchie par les vents alizés. La température est inférieure de plusieurs degrés à celle des îles Philippines. Très accidentée, couverte de hautes montagnes volcaniques, elle offre aux regards, quand on approche du rivage, une série de vallées fertilisées par de nombreux cours d'eau et dans lesquelles tous les végétaux des régions tropicales croissent en abondance. La salubrité de Taïti dépasse celle de nos colonies les plus favorisées. Les Européens y jouissent d'une santé parfaite, sans acclimatement préalable, malgré les imprudences et les excès contre lesquels il est si difficile de se prémunir, dans un pays où tout porte à la vie sensuelle, où la plus incroyable liberté de mœurs vient se joindre à l'action

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provocatrice du climat. L'île produit tout ce qui est nécessaire à la nourriture de ses habitants. On y cultive principalement le coton, la canne à sucre, le cocotier, la vanille, le maïs, le tabac et le café. Les orangers y croissent en liberté. Quelques usines s*y sont formées dans les derniers temps pour la fabrication du sucre etrégrenage du coton; mais il n*y a pas lieu d'espérer que le commerce y prenne jamais un développement considérable. La véritable importance de cette île au point de vue des services qu'elle peut rendre à la mère patrie consiste dans sa situation. Lorsqu'on aura percé l'isthme de Panama, elle deviendra le point de ravitaillement de tous les navires qui se rendront en Australie après avoir traversé le canal. Elle est à moitié route entre Panama et Sydney, et elle réunit toutes les conditions nécessaires pour devenir un point de relâche des plus agréables.

Dans cette course rapide à travers nos possessions d'outre-mer, j'ai laissé de côté celles qui n'avaient pas d'importance et je me suis borné à déterminer, h l'aide de documents officiels et plus souvent en faisant appel à mes souvenirs, quelles sont les conditions dans lesquelles les Européens peuvent y vivre, la somme de dangers qu'ils y courent, les avantages que le pays peut en retirer. Quelque incomplète qu'ait été cette revue, elle suffira cependant, je l'es-

père, pour justifier les conclusions que je vais en tirer.

Notre domaine colonial est assez vaste pour que nous ne devions pas songer actuellement à Taccroître et il faut, pour le moment, renoncer à toute entreprise, à toute aventure de ce côté-là. L'état de nos finances nous fait un devoir de gérer ce patrimoine avec économie, et notre intérêt nous conseille de l'administrer avec prudence. Il faut éviter, autant que faire se peut, les conflits et les expéditions militaires. On le peut presque toujours lorsqu'on ne les provoque pas. Se jeter au milieu de populations à demi sauvages pour leur imposer sa volonté par la violence, c'est commettre une injustice et une maladresse tout à la fois. La force n^a jamais rien fondé de durable, et quand on tient à faire respecter son droit, il faut commencer par respecter celui des autres. Les armes dont il faut se servir avec les peuples qui commencent, comme avec les enfants qui débutent dans la vie, sont la douceur, la patience et la justice unies à une fermeté inébranlable. Comme le père de famille , l'Européen doit savoir se faire aimer et craindre en même temps, parles populations primitives au milieu desquelles il vient se placer. Cette conduite est assurément plus difficile à suivre que celle qui consiste à les soumettre par la violence ; mais elle est plus digne,, plus équitable et plus conforme aux véritables intérêts du pays.

L'entretien de nos possessions d'outre-mer n'est pas très dispendieux par lui-même. Tandis que leurs bud-

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gets locaux réunis s'élèvent à 55 238 737 francs, elles ne coûtent à la métropole que 37 294 325 francs. C'est à peine le prix de deux navires cuirassés, et l'Algérie seule coûte deux fois davantage. Les colonies françaises ne peuvent donc pas être considérées comme une charge par un pays qui dépense 3 milliards par an.

Nous pouvons, comme on le voit, sans nous imposer de grands sacrifices, conserver notre domaine d'outremer tout entier, à la condition de le gérer avec sagesse; de ne pas chercher à l'accroître et d'éviter, autant que possible, les conflits et les expéditions de guerre. Les partisans des aventures et de la colonisation à outrance trouvent qu'une pareille conduite manque de prestige et n'est pas conforme au passé chevaleresque de la France. Ils estiment qu'il n'est pas digne de nous de reculer devant les difficultés et qu'il faut aller jusqu'au bout dans les entreprises commencées. A leurs yeu^, le patriotisme exige que nous soumettions les Hovas comme les Toucouleurs. Le patriotisme est un sentiment de premier ordre, qu'il ne faut pas mettre en avant dans les questions où il n'est pas en cause. Il n'est personne qui songe à épargner l'argent ou les hommes lorsque les grands intérêts du pays l'exigent, ou quand l'honneur national le commande ; mais ces grandes choses-là n'ont rien à voir dans les petites questions coloniales. Il n'y a pas plus de gloire à vaincre des peuples qui se défendent avec des zagaies et des fusils de traite, qu'il n'y a de honte à quitter un pays parce qu'il e«t

trop malsain pour qu'on puisse y vivre . La seule chose que l'honneur national exige impérieusement, c'est qu'on reste fidèle aux engagements qu'on a contractés ; c'est pour cela qu'il ne faut pas les prendre à la légère. Nous ne pouvons pas abandonner nos anciennes possessions. Elles nous sont unies par un passé qui fut glorieux et prospère, par des dangers courus en commun; ce sont là des liens qu'on ne brise pas. La mère patrie se doit surtout à ses enfants malheureux. Il ne nous est pas permis davantage de nous retirer des pays dans lesquels nous nous sommes récemment implantés, parce que nous nous y avons contracté des engagements et signé des traités qui nous enchaînent. Nous ne pouvons pas, sans manquer à la parole de la France, abandonner des populations qui ont eu confiance en elle, à la vengeance de leurs ennemis. Nous n'avons pas de ces choses-là dans notre histoire. On y trouve bien des légèretés, bien des erreurs, parfois même des fautes, mais on n'y voit ni trahisons ni infamies : ne commençons pas, et à défaut d'une situation plus prospère, léguons au moins à nos enfants un passé dont ils n'aient pas à rougir. C'est encore le plus bel héritage qu'un père puisse laisser à ses fils, une génération à celle qui lui succède.

Pour conduire nos affaires coloniales avec cette prudence et cette habileté, il faudrait d'abord les bien connaître. Elles sont délicates, compliquées; elles exigent une étude approfondie de toutes les questions économiques et commerciales, jointe à Texpérience personnelle de la vie des colonies, à la notion parfaite

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du passé et des intérêts de chacune d'elles. Les administrateurs qui réunissent ces conditions sont rares. On en trouvait pourtant autrefois, lorsqu'on savait les choisir en dehors de la politique et qu'on les maintenait à leur poste, pendant une longue suite d'années. Aujourd'hui, on place, à la tête de cet important service, des hommes d'État éminents sans doute, mais absolument étrangers aux intérêts dont ils prennent la charge. Ils n'ont pas le loisir de se familiariser avec eux, parce qu'ils ne font que passer à la direction des colonies. « On s'y arrête si peu, me disait récemment l'un d'eux, qu'on n'a pas le temps de recevoir de réponse aux lettres qu'on a écrites en arrivant. » Un pareil état de choses explique la façon dont nos intérêts coloniaux sont gérés; mais s'il se prolongeait, il ne tarderait pas à les compromettre d'une manière définitive. Il n'est que temps de revenir aux errements du passé, de remettre la direction de nos affaires d'outre-mer à ceux qui en ont fait une étude sérieuse et de les y laisser à poste fixe, en les plaçant en dehors du courant de la politique, à l'abri de ses secousses et de ses fluctuations.

iV. B. — Il y a quatre ans que les lignes qui précèdent ont été écrites et rien de ce qui s'est passé depuis n'a modifié ma manière de voir : ni les aventures que nous sommes allés courir au Dahomey ; ni le partage de l'Afrique cenlrale entre les grands États de TEurope. Cet événement, d'une importance capitale pour l'avenir, donne même un regain d'actualité à cet article et une utilité plus grande aux conseils qui y sont formulés.

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