‹ Questions de droit maritime internationalChapitre 13 sur 30 · DEVOIRS DSS NEUTRES EN TEMPS DE GUERRE · texte numérisé non relu

DEVOIRS DSS NEUTRES EN TEMPS DE GUERRE

employé tour à tour les promesses, les menaces, les attaques fictives contre ses propres convois, et surtout elle a fomenté et entretenu des guerres civiles continuelles, qui, après avoir ruiné la contrée, objet de sa convoitise, ont fini par la lui livrer.

Les mêmes manœuvres ont également été employées contre le Mexique, cette autre et bien plus importante proie qui excitait el excite encore si vivement l'ambition des États- Unis, Ce vaste empire est, dans l'esprit des Américains, fatalement destiné à venir accroître les étoiles de leur pavillon. Depuis que la Nouvelle-Espagne a secoué le joug de sa métropole, elle n'a pu, parvenir à établir un gouvernement stable. En vain Iturbide et plus tard Santa-Anna ont tenté de fonder un ordre régulier dans leur malheureuse patrie ; ils n'ont pu y parvenir, et, dans un espace de quarante années, le Mexique a compté quarante empereurs, présidents, dictateurs ou autres chefs de pouvoir. A peine arrivé au but de leur ambition, chacun de ces tyrans subalternes était attaqué et bientôt renversé par ceux-là même qui l'avaient aidé à s'élever. Assurés de ne pas se maintenir longtemps au pouvoir, ces souversdns d'un moment se livraient à tous les excès pour s'enrichir eux et leurs créatures. iCette violente anarchie, favorisée et soigneusement entretenue par les États-Unis, devait leur permettre, dans un avenir plus ou moins éloigné, de s'emparer des vastes provinces qui bornaient leurs frontières. Mais ce qui était surtout pressant, c'était de se procurer quelques ports sur l'Océan pacifique; il fut bien facile d'atteindre ce but. On prétexta une insulte au pavillon américain, cette insulte on l'avait soldée sans doute ; d'ailleurs, dans un pays déchiré comme le Mexique par les guerres civiles, quel pavillon n'a pas été souvent insulté? Sous ce prétexte, on s'empara de la moitié environ de ces vastes et fertiles contrées, et notamment de la Californie, dont on ne soupçonnait pas alors les richesses métalliques, mais qui possédait d'excellents ports sur l'Océan pacifique. C'est déjà un beau succès, mais cela ne suffit pas, il faut que tout le pays passe sous la domination

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de l'Union. Le même système, qui a déjà donné de et beaui réeultatg, a continué et continue encore à être employé coDlre le Mexique. Le dictateur actuel, Juarez, est un des héros éphémères que l'argent et les intrigues des États-Unis ont mis à la fîte du Mexique. Par ces moyens, on espérait arriver à forcer les habitants eux-mêmes à chercher un asile et la tninquillité à l'ombre du drapeau étoile. Les Américains, qui sont très-humains, comme on sait, n'auraient eu garde de repousser des malheureux qui venaient implorer leur annexion à la république. On se croyait presque arrivé au but, ou poii>.iii espérer que bientftt l'isthme de Tehuantepec serait la possession absolue de la république, lorsqu'éclata la révolte des États du Sud. Cette grave affaire, d'abord traitée assez légèrement par le Nord, qui sembla toujours, malgré sou peu de succès, conserver l'espoir de soumettre ceux qu'il appelait des rebelles, est venue suspendre un peu l'élan de l'ambitioD américaine, mais le temps d'arrêt n'était pas définitif, et le? hommes d'État de Washington considéraient toujours le Mexique comme leur appartenant en principe, et surtoul comme ne pouvant appartenir à nul autre, pas même à ses propres habitants.

Dans ces circonstances il^st facile de comprendre combien l'expédition combinée des trois puissances européennes contre le Mexique a dû effrayer les hommes qui sont à la tête de l'Union américaine. Des considérations étrangères à noire siujet ont fait retirer l'Espagne et l'Angleterre. La retraite de celte dernière nous a peu surpris, elle ne sait pas résister aui volontés de ses anciennes colonies; elle a fait au Mexique ce qu'elle a fait, il y a quelques années, à San -Juan-de-Nicaragua. La France est restée seule, et seule elle suffisait pour ajourner indéfiniment ou empêcher à jamais le succès deplans, très-habiles sans doute, dos Américains. Si, comiiic nous en étions convaincus, elle était parvenue à établir dans les provinces, si vastes encore qui composent le Mexique aujourd'hui, UQ pouvoir fort et honnête, que ce pouvoir tiit monarchique ou républicain, ce pouvoir ne consenliniil

DEVOIRS DES NEUTRES EN TEMPS DE GUERRE. IfO

jamais àTannexioD de son pays à une autre puissance, et il Saurait au besoin se défendre contre des attaques ouvertes. L'expédition française vint donc, en réalité, mettre des bornes aux empiétements continuels des États-Unis, une limite à leurs ambitieux projets. Et, nous le déclarons hautement, si elle eût atteint ce résultat, cette expédition aurait sauvé réquilibre du monde, sérieusement menacé par Tinsatiable avidité de ce peuple si jeune encore, qui réclame un continent tout entier pour son domaine. Si les États-Unis eussent été resserrés au nord par les possessions anglaises, au midi par la puissante confédération des États du Sud et par le Mexique régénéré, ilK auraient eu encore une assez belle mission à remplir, celle de peupler et de défricher les im« menses déserts du centre de leur pays.

Si la république du Nord eût été en mesure de le faire, nous sommes convaincus qu'elle eût mis tout en œuvre pour traverser les projets de la France, elle eût prêté à Juarez des forces de terre et de mer ; peut-être même eût-elle été jusqu'à faire la guerre plutôt que de voir renverser ses projets d'agran* dissement. Mais la position dans laquelle elle se trouvait lui interdisait de recourir aux moyens directs et loyaux. Elle ne pouvait fournir des secours réels au dictateur, parce que cette démarche eût entraîné probablement une rupture complète avec la France ; elle était encore moins en mesure de déclarer la guerre à la nation qui avait l'audace de violer les principes fondamentaux posés par les successeurs de Monroë; dans cette impuissance, elle avait pensé devoir essayer des voies détournées. Le gouvernement de Washington tentait de fournir au prétendu chef du gouvernement mexicain les sommes nécessaires pour lever, armer et entretenir les armées qu'il devait opposer à la France, sommes sans lesquelles il était impossible à Juarez et aux aventuriers qui Tentouraieût de résister un seul instant; sommes qui ne pouvaient que retarder leur chute de quelques jours, et dont une bonne part devait être absorbée, sans aucun doute, par les dilapidations malheureusement si fréquentes dans le pays.

120 ^ punir y.m'TlME INTEllNATIOSAL.

En agissant a'i^-^isi, les fitats-Uois ont eu un double but : 1° Retarder autant qué^^ï^jjpssible lesiiccèsde l'armée française, et môme courir la chance ûè'-\ faire échouer l'expédition, ni par conséquent de consen'er toutes ifes espérances qu'ils ont de s'emparer du Mexique tout entier; 2"* et trouver une facilit'de plus pour s'iinncxcr, dans un avenir très-prochain, d'une manière presque légitime, et mémo malgré le gouveroemeitl régulier établi par la France, plusienrs des provinces mexicaines, sans que les États étrangers puissent s'y opposer.

Lepremierde ces deuxrésullatg a été malheureusement atteint, quant au second, il était assez habilement préparé. Le,' États-Unis prêlaientaugouvernementprétendudu Mexique une somme très-considérable; ils s'engageaient, de plus, à payer à l'Espagne et à l'Augleterre, toutes les indemnités qui seraient réglées en faveur de ces deux puissances. Ce prêt cl l'argent payé aux étrangers devaient être remboursés ans Américains dans un délai déterminé, et les emprunteurs affectaient spécialement à la sûreté de ce remboursement plusieurs provinces de l'empire. H est bien certain que le Mexique devait être dans l'impossibilité de rendre les sommes avancées. Quelle que fut l'issue de la guerre, épuisé par les luttes antérieures, épuisé par les exactions continuelles, ce pays ne pouvait pas être en état de rendre le prêt qui lui était fait. Le cabinet de Washington était donc parfaitement autorisé à prendre possession des territoires affectés à la sûreté du paiement; si Juarez, ou plutôt ses successeurs anarchiques, existaient encore, ils ne pouvaient s'y opposer; si, comme cela paraissait probable, la France avait pu aider les Mexicains à constituer un gouvernement régulier, on aurait toujours élé en droit de réclamer la remise de cea gages, en prétendant, et avec une sorte de raison, que ce gouvernement avait hérité du pouvoir avec les charges créées par ses prédécesseurs. Les étrangers, enfin, auraient été dans l'impossibilité d'intervenir dans ce débat quasi-judiciaire. Comme on le voit, cette manœuvre ne manquait p.'is d'habileté; cependant, elle pouvait peut-être tourner

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