AFFAIRE DU NASHVILLE
L'airivée du Nashville dans le port de Sduthampton souleva en Angleterre de vives préoccupations ; chaque jour les organes les plus accrédités de la presse discutaient avec plus ou moins de vivacité la manière dont ce bâtiment devait être accueilli, s'il devait être autorisé à se réparer, et même s'il ne devait pas être retenu, comme pirate sans doute, ainsi que le demandaient ses adversaires naturels, le capitaine du Harvey- Birch et le consul des États-Unis. Avant d'aborder ces questions, il est nécessaire d'établir les faits.
Le NashviUe est un bâtiment de guerre ; cette qualité, d'abord contestée, est aujourd'hui reconnue. Appartenant aux États confédérés du Sud, il est commandé par un officier commissionné par le gouvernement de la Confédération : il ne peut donc pas être question, comme oïl Ta dit et comme l'a demandé le capitaine Nelson^ de retenir ce bâtiment coriimè coupable de piraterie. En arrivant dans les mers d'Europe, le Nashville avait rencontré le Harvey-Birch, steamer de bommerce appartenant aux États-Unis du Nord, par conséquen à son ennemi. Il s'en était emparé, avait pris l'équipage entier à son bord et détruit le navire. Aussitôt arrivé à Southampton, le commandant du capteur, le lieutenant Peagrim^ débarqua ses prisonniers et lès mit en liberté. Il annonça de plus l'intention de réparer des avaries éprouvées par son bâtiment pendant sa navigation.
Tels sont les faits dans toute leur simplicité, et nous devons avouer qu'il nous est impossible de comprendre rémotion qu'ils ont causée en Angleterre. Il nous semble que le traitement réservé au Nashville était clairement déterminé par le droit international ; que, par conséquent, il ne pouvait s'élever aucun doute à cet égard. Examinons d'abord les principes généraux de ce droit, puis nous verrons si les traités existant entre l'Angleterre et les États-Unis, traités qui sont communs aux deux parties alors en guerre, contiennent quelques dérogations à ces principes.
Dès l'origine du conflit entre les divers États qui composaient la grande république américaine, l'Angleterre avait hautement déclaré qu'elle entendait conserver une entière et exacte neutralité entre les deux parties. Elle avait reconnu à toutes les deux le droit de faire une guerre légitime *. Depuis, cette puissance n'avait pas cessé de se considérer et de se conduire comme une puissance neutre. Dans cette position, quelle devait être la conduite de la Grande-Bretagne à l'égard des bâtiments de guerre belligérants? Devait-elle leur accorder ou leur refuser V asile dans ses ports?
L'asile ne doit pas être confondu avec le refuge.
Tout bâtiment, quelles que soient sa nation et sa qualité, battu par la tempête, poursuivi par les pirates ou par un ennemi, ou en danger de périr par quelque cause que ce soit, doit être reçu dans les havres et les rades, et obtenir les secours indispensables pour échapper à sa perte. Mais dès que le péril est passé, dès qu'il a obtenu les moyens de continuer sa navigation, le bâtiment doit reprendre la mer. C'est là ce que Ton appelle le droit de refuge; c'est de la part du souverain de la rade Faccomplissement d'un devoir d'humanité.
L'asile est beaucoup plus large. Il consiste à admettre celui qui en jouit dans l'intérieur des ports, à lui accorder tout ce qui peut lui être nécessaire ou même agréable. Il peut
* Voir le discours de lord John Russell à la séance de la chambre des Communes I du 6 mars 1861 et la proclamation de la reine d*Angleterre du 13 mai 1861.