LE BLOCUS AMÉRICAIN
donc naturellement appelées à demander aux États-Unis du Nord de respecter les principes de la loi internationale. La première, pour se réserver, lorsqu'elle sera belligérante, le droit de faire usage des blocus fictifs, s'abstient de faire aucune observation au gouvernement de Washington ; mais la France n'a pas le même intérêt à garder le silence, et elle ne peut, saos danger pour elle-même et pour les autres nations, s'associer à la politique de la Grande-Bretagne, politique qui est complètement contraire à celle qu'elle suit depuis plus d'un siècle. D'ailleurs, la France est dans une position beaucoup plus favorable que l'Angleterre pour faire entendre de justes observations au cabinet américain.
La déclaration de 1856 ne peut pas être opposée aux États- Unis du Nord, qui ont refusé d'y adhérer. Mais cette puissance est liée envers la France par le traité de 1800, qui exige formellement que les blocus soient réels (art. 12) ; elle est liée avec toutes les autres puissances maritimes, l'Angleterre exceptée, parles conventions les plus explicites sur ce point important. Il était donc, ce nous semble, dans le droite nous dirons presque dans le devoir de la France, de faire au président Lincoln de justes représentations sur la non-réalité des blocus par lui dénoncés, et de le rappeler à la scrupuleuse exécution des traités conclus par son pays, traités qu'il méconnatt non- seulement en faisant des blocus fictifs, mais encore en fixant, aux navires neutres qui étaient dans les ports de la confédération du Sud, un délai de quinze jours pour en sortir, alors qu'aux termes de ces actes solennels tout bâtiment qui se trouve dans cette position doit être libre de sortir avec sa cargaison, lorsqu'il le jugera convenable. Ces observations faites avec une sage fermeté, mais avec la cordialité qui doit toujours régner dans les relations de puissances amies, ne pouvaient compromettre la bonne intelligence qui règne entre les deux nations; elles auraient donné à notre pays la position qu'il a toujours eu à cœur jusqu'ici de conserver. Les blocus sur papier n'étaient pas reconnus; le principe pour lequel nous avons si souvent combattu était maintenu; enfin, la
déclaration du 16 avril 1856 était sanctionnce gar un acte d'exécution.
Les débats doot nous venons de nous occuper prêtent un nouvel appui à l'opinion que nous avons souvent énoncée et soutenue, savoir ; qu'il est nécessaire, qu'il est indispensable au repos et à la prospérité de toutes les nations de faire enfin une loi internationale maritime pour régler les rapports entre les belligérants et les peuples neutres, et de prendre les mesures capables d'assurer l'exécution de cette loi envers el contre toutes les puissances.
A ce propos, qu'on nous permette de rétablir la vérité d'uD fait historique qu'on se plaît à dénaturer, parce qu'il a la plus grande importance. Dans un de nos ouvragns, nous avons dit et prouvé, en citant les actes, que le système connu sous le nom de blocus continental avait été établi par l'empereur des Frauçais, Napoléon I", par représailles des blocus fictifs décrétés par l'Angleterre contre la France et ses alliés. Ce fait est incontestable, et cependant il a été contesté. M. le sollîcitor général, dans le discours par lui prononcé dans la Chambre des communes, affirme que nous avons commis une erreur grave; que c'est l'Angleterre qui s'est vue dans la nécessite, pour répondre aux mesures iniques prises par la France, d'user des blocus fictifs. Pour prouver cette assertion, il fait remarquer que le décret de Berlin, décret qui institua le blocus continental, est du 21 novembre i806, tandis que le premier des ordres du conseil britannique q»ii ont mis sous le blocus fictif toutes les eûtes de France, porte !a date du 7 janvier 1807, et est, par conséquent, postérieur au décret français; d'où il résulte, d'après M, le sollieitor général, que c'est la France et non l'Angleterre qui a pris l'initiative des mesures si graves qui ont alors ruiné le commerce neutre et anéanti l'indépendance des peuples paciliques; le savant magistrat anglais va même jusqu'à prétendre que la preuve de ce fait se trouve dans l'ouvrage qu'il nous a fait l'honneur de citer. Nous nous demandons avec étonnement comment un personnage aussi élevé en charge et en savoir a pu commettre