‹ Questions de littérature légaleChapitre 2 sur 15 · VI · texte numérisé non relu

VI

difficile profession de nos journalistes m 'a toujours effrayé, et que je ne les ai jamais lus sans être tenté de plaindre cette vocation nécessaire, mais douloureuse, qui les force à immoler tous les jours des victimes humaines à la défense du goût. Je t'avoue, entre nous, que j'aimerois mieux, à leur place, laisser passer un mauvais livre , qui mourroit tout aussi bien, et peut-être plus vite, du vice qu'il a apporté en naissant, que d'aller bourreler son père d'un supplice mutile, son père qui lui auroit si doucement survécu sans s'en apercevoir. Ne vas pas croire, pourtant, que j'use ici de précaution oratoire , pour faire tomber de la main de César la sentence de Ligarius, car Ligarius ne me touche pas du tout; c'est un enfant dédaigné, auquel je n'attache ton nom que pour me laver du reproche de n'avoir rien fait pour lui. Si, un jour, je consacre notre amitié, par un testament dans le genre de celui d'Eudamidas, je tâcherai de te laisser une fille plus capable d'honorer son tuteur.

Voilà, diras-tu, une épître dédicatoire qui ressemble à une préface. Peut-être, même , trouveras-tu qu'elle ne ressemble à rien : j y consens, pourvu que tu veuilles y trouver au moins une marque de ma déférence pour ton goût, de mon estime pour ton caractère, et de mon éternelle amitié. E.deN'

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