‹ Questions de littérature légaleChapitre 3 sur 15 · ET DES LIVRES CITÉS · texte numérisé non relu

ET DES LIVRES CITÉS

Avec le numéro du Paragraphe.

Accius, 8.

Accily, 4-

Adam , 8.

Adamo, tragédie d'Andreini, 4"

Alfieri , i , 12.

Amyot, ii , 12.

Andreini, 4-

Antigone Carystius, 18.

Aphtone , 5.

Apollonius Dyscole, 18.

Apollonius de Tyane, 8.

Archiloque, 23.

Archontius , 8.

Art poétique de Vida , io.

Atheismus triumphatus de Campa -

nella, 22.

At>enturierfranç.(Y) dele Suire, 1.1.

Avocat Patelin (F) de Brueys, 7.

Augmeniis scientiarum {de) de

Bacon, 5.

Augustin (St.) , 5.

Ausone, 12.

Autelz (Guillaume des), 11.

Bachet de Mézirial, 20.

Bacon, 5.

Baïf, 5.

Baillet, i3.

Balzac , 11 , 12. »

Banduri , 4- Baron, 1.

Barre (le p.), 5.

Barre (la) , 4.

Bartas (du), 8.

Bauer, 17.

Bayle, 1 , 2, 5, i3.

Bellenden, 6.

Be'méchobius, 18.

Bentley, 8.

Boileau, 1 , 11 , 12.

Bossuet ,5, 12.

Boulainvilliers . ^2.

Boulanger, 8.

Brerewood , 5.

Brueys, 7.

Brutus (MarcusJ. ), 8.'

Brutus (Jean-Michel), 4-'

Bruyère, 5 , 12, 16.

ïuffon, 7.

Bure ( de ) , 17.

Calderon , 1 , 12.

Campanella, 22.

Campistron , 12.

Cange ( du ) , 18.

Caractères de la Bruyère , i5.

Cardan, 18.

Cassaigne, 1.

Cassius, 8.

Catilina , trage'die de Cre'billon , 7.

Caton le censeur, 8.

Césaire ( St. ) , 18.

Chambers, 5.

Chapelain , 11.

Charron , 5 , ig.

Chartier ( Alain) , 8.

Chatterton, 8.

Cherbury ( Herbert de ) , iG.

Choses merveilleuses ( des ), V~of,'

Phlegon , Antigone et Apollo-»

nius Dyscole.

Cice'ron, 4» 6, 8, ri, 12.

Clarke, i3.

Claudien , 12.

Clef du Sanctuaire , ouvrage de

Spinosa. 21.

Clémence d'Auguste , tragédie de

Corneille, 1.

Cle'ment (David), 17.

Cloiilde, 8.

Colletet, 6, 7.

Columna, 19.

Commentaires de la Langue latine,

par Dolet, 5.

Commines (Philippe «3e ), 4- Compère Mathieu , roman de Du-

laurent, 5.

.Considérations sur les coups d'état

de Naudé, ai.

Corneille, i , 3, 7, la, 16, a3.

Courrier, n.

Courtilz ( Gatien de ) , 8.

Coutel, 6.

Crébillon, 7.

Crenne ( Hélisenne de) , 11.

Croit (Herbert), 8.

Crysippe , 2.

Cymbalum mundi de Despenien,

Cyrano de Bergerac, 1.

D'Alembert, 5'.

Darailaville , 8.

Dancourt, 7.

Daphné , 8.

Daphnis et Chloè , roman de Lon-»

gus ,11.

Daquin de Château- Lyon , 8.

De,houlières ( Mad. ), 6.

Despenien ( Bonaventure ) , 17.

factionnaire de l'Académie , 17.

Dictionnaire Thèologique , 22.

Diderot, 5.

Diogène Laè'rce , 8.

Diversités des langues , par Brerewood, 5.

Dolet, 5, 19.

Duryer, 1.

Encyclopédie de Chambers, 5.

— — de Diderot, 5.

de Panckoucke, 5.

Ennius, i , 12.

Enoch, 8.

Ephore, i , 2.

Epicure , 2.

Epitres d'Horace, 8.

Epreuve réciproque , comédie de Legrand, 1.

Erasme, 5.

Esope , 8.

Essais de Montaigne , 5.

«— — dans le genre de Montaigne, 16.

— — sur les résolutions des Sciences et des Arts , par M. de Boujoux, 8.

Etienne ( Charles ) , S.

Etienne ( Henri) , 5, 17, Evremond ( St. ) , 5.

Euripide, 2.

Eusèbe, 18.

Faerne, 6.

Fayette ( Mad. de la ) , 7.

Femmes savantes (les), comédie de Molière, II.

Fénélon , 5 , 12, aa, a3.

Fléchier, 3, 12.

Fléau de la Foi (le), de Geoffroy Vallée, 17.

Florus, 12.

Fontaine ( de la ) , 5 , 8 , ia.

Fenfénelle, 1 , 5.

Freinshemius, 10.

Gassendi, ib.

Gilbert, 7.

Glain (St. ), 21.

Gloria (de), traité de Cicéron, 6.

Grainville, 8.

Gresset, 8.

Gueneau de Montbeillard , 7.

Hainault , 6.

Hardouïn ( le P. ) , 8.

Héliodore , 7.

Héloïse ( nouvelle ) , roman de Bousseau ,11.

Henriade ( la ) , de Voltaire , 1 , 12.

Heraclius de Corneille, 1.

Hermès, 8.

Hérodote, 8.

Histoire d'Allemagne, par le Père Barre , 5.

de Charles XII, par Voltaire , 5.

de Caléjava, par Gilbert, 17.

des ètalilissemens dans les In~

des, par Baynal , 5.

naturelle , par Buffon , 7.

des Oiseaux , par le même, 7.

Hobbes, 16, 17.

Homère ,1,8, 12.

Horace , 1 , 8 , 10 , ia.

lïorus , 8.

Hu)*ghens, 8.

Hypnérotomachie de Poliphilos ,

*9- Iliade d'Homère, a3.

ïsaïe , 12.

Jeux de V Amour et du Hasard ', de

Marivaux, 1.

Jézirah, livre attribué à Adam, 8, Josephe, g.

Juve'nal, 1.

Korlholt, 16.

Lambinus, l±.

Laniy, 22.

Légataire universel {le), comédie de Regnard, 6.

Legrand, i.

Lélius, 7.

Léonard de Utîno, ig.

Leti, i3.

Lettres Persanes de Montesquieu ,

Linus, 8.

Lockman, 8.

Longus, 11.

Lucrèce, 8.

Ludicrâ Dictione {de) , de Vavasseur, 8.

Lygdamus, 8.

Lysias, 8.

Mably, 5.

Machiavel, 12.

Macpherson , 8.

Macrobe, 1.

Mairet, 7.

Malherbe, 8.

Manucé , 6.

Marchand (Prosper), 17.

Marianne , roman de Marivaux ,

Mari ni, 1.

Marivaux, 1, 11.

Marmontel, 1.

Ma rot, 5-

Masenius, 4-

Maupertuis, 18.

May ( Louis du), ai.'

Médée, tragédie d'Euripide, 2.

Ménage, 4-

Mercier de Saint-Léger, 1.

Meursius , 18.

Middleton , 8.

Milton, 4, 12.

Mirabeau , 8.

M ira 6 il is Liber, 18.

Misantrope {le), comédie de Molière, 11.

Molière, 1 , 5, 11, 12.

Monin ( Edouard du ) , 8.

Monnoye (de la), 17.

Montaigne, 1,2, 5, 7, 12, 16.

Montesquieu, 12.

Mœurs { les ) de Toussaint , L.

Moréri, 5.

Mothe (la) le Vayer, 1, 5.

Motte (la) Houdart, 8.

Motteux ( le ) , 23.

Moutons {les) y idylle de Coutel,

Moyse, ia."

Muret, 4> ï7''

Nature {de la) et de t 'Univers , poëme de Clolilde, 8,

Naudé ( Gabriel ) , 20.

Nizolius, 5.

Noble ( le ) , 23.

Nodot, 10.

Nostradamus , 18.

Numa, 8.

Ode à la Fortune, de J. B. Rousseau, 1.

Oraisons funèbres de Bossuet, 12.

Orphée , 8.

Ossian , 8.

Ovide, 20.

Pacuve , 8.

Palamède , 8.

Paradis perdu de Milton, 4-

Parrain {le) magnifique , poème de Gresset , 8.

Pascal , 5, 12.

Pechméja , 5.

Pédant joué, comédie de Cyrano, 1.

Pensées de Pascal , 5.

Petit Carême de Massillon , 12.

Péhone, 10.

Phalaris , 8.

Phèdre , 6.

Phlégon , 18.

Picolomini ( iEneas Silvius ), 7.

Pilpay , 8.

Piihou, 6.

Planudes, 8.

Platon, 12, 23.

Plaute, 1.

Plante, comédie de M. le Mercier, 1.

Pline, 8.

Plutarque, 1,8, 12.

Pogge , 8.

Postel, 17.

Précieuses ridicules { les ) de Molière , 11.

Provinciales {les) de Pascal, 12.'

Publius Syrus , 5.

Psyché de Corneille, 1.

Pyrame et Thisbè , tragédie de The'ophile , 1.

P) thagore , 8.

Quinte-Curce , 10.

Rabelais, 5, 11, 12, 23.

Racine, 1, 4> 5, 12, 23.

Hamsay, 5, 12.

Raynal, 5.

Régi us ( I oys ), dit le Roy, 5.

Renouard, II.

Réflexions d'un Esprit désintéressé

sur les matières du Salut par Spi-

nosa , 21.

Réfutation de Spinosa , par Féné-

Ion , Lamy et Boulainvilliers,

Riccoboni (Mad.) n.

Ricoïier, i3.

Rochefoucault (le duc de la) , i6.

Ronsard, 8.

Roujoux, 8.

Rousseau ( J. B. ), i.

Rousseau ( J. J. ) , 5, u, ia.

Rowley, 8.

Sabathier, 4«

Saignes, 18.

Sallengre, 17, 20.

Salluste, 23.

Salomon, 8.

Sarcotis, poé'me de Masenius, 4-

Saturnales (les) de TVIacrobe, 1.

Satyres d'Horace, 8.

Satyricon de Pétrone, IO.

Scapin (fourberies de) , comédie

de Molière, 1.

Scapula, 5.

Science des Princes , par Naudé ,

Scipion, 7.

Script ores rerum mirabilium , 18.

Scudéry, i.

Segrais, 7.

Sénèque , 1 , 4 > 5. 12.

Servet, 17.

Setb, 8.

Shakespeare, 1 , 8.

Simien Despréaux, 8.

Sophonisbe, tragédie de Mairet, 7.

Spinosa, 16, 17, 21.

Stace, 12.

Sterne, 8.

Strigelius ( Victorin), 2<

Suire ( le) , 11.'

Surville , 8.

Tabourot ( Etienne ) , 8, lg.

Tacite, 4* 8, q, 10, 12.

Tèlèmaque de F énélon, 5.

Térence ,7,8.

Thèagèneet Chariclée, roman d' Kéliodore , 12.

Thémistocles, 8.

Théophile ,1,7.

Thomacus ( Leonicus ) , 6.

Thucydide, 12.

Tibulle , 8.

Timée de Locres , 5.

Tite-Live, 8, 10, 12.

Toussaint , 4-

lout est vérité , tout est mensonge, comédie de Caldéron, 1.

2'raité des Cérémonies superstitieuses des Juifs, par Spinosa , 21.

Tri tus Impostoribus (de), 16, 17,

Trois Siècles littéraires ( les ) de l'abbé Sabathier, 4-

Tunstall , 8.

Vallée ( Geoffroi), 17.

Vallon ( Mad. de ) , 8.

Varius, 8.

Varron,. 8.

Vavasseur, 8.

Vicissitudes des sciences , par Régi us, 5.

Vida , 10.

Vie d'Esope, pas Bachot, 20.

Villon, 23.

Virgile, 1, 7, 8, 10, 12, 23.

Virtule (de), traité de Brutus, 8.

Vogt, 17.

Voltaire , 1 , 4, 5 , 8 , 10 , 12.

Voyages de Cyrus , par Bamsay,

Weggio, (Mapheo), 10.

Xénophon, 12.

Zoroastre, 8.

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t. On est convenu d'appeler imitation toute tra-^ duction d'une langue morte introduite dans un ouvrage d'imagination (i) , qui n'est pas lui-même la traduction exacte de l'écrit dont elle est tirée.

Virgile a imité Homère ; Racine , les tragiques grecs ; Molière , Plaute ; Boileau, Juvénal et Horace , etc. , sans encourir de reproche* Mais il n'en est pas de même des prosateurs du genre simple i qui n'ont point de traits brillans à dérober \ comme si l'importance du vol en diminuoii la gravité, Montaigne a commis beaucoup de plagiats sur Sénèque et sur Plutarque; mais il s'en accuse à

(i) Je dis, dans un ouvrage d'imagination , parce que je ne pense pas qu'il en soit de même dans les ouvrages de sciences , et en voici la raison : îe poète et particulièrement le poëte dramatique qui s empare d'une idée ingénieuse ou su-^ blime, et qui la fait passer dans sa langue, n'est pas maître de citer. 11 y a d'ailleurs dans l'application du langage élégant et mesuré , de la poésie à une pensée quelconque , une espèce de mérite propre qui distingue le poëte du prosateur ; enfin ^ ce genre d'emprunt est consacré par l'avis unanime des cri-

tout moment, et déclare qu'il est bien aise que ses critiques donnent à Senèque des nazardes sur son nez. Une partie de ces beaux chapitres, que philosopher c'est apprendre à mourir, et d'une coutume deïisle de Cea, en est visiblement tissue. Il est plus facile que Montaigne ne le croyoit, de reconnoître la phrase courte, figurée, sentencieuse, presque toujours antithétique de Sénèque , au travers de la riche abondance de son style , étendu sans être lâche, et détaillé sans être prolixe. ^

On ne considère encore que comme imitation

l'emprunt qu'un auteur fait à une langue vivante,

étrangère à la sienne. On a mis sur notre scène ,

sans être accusé de plagiat, de fort beaux passages

d'Alfini et de Shakespeare, et les philosophes du

dernier siècle doivent la plupart de leurs raisonne-

mens à quelques auteurs anglais. Je crois toutefois

qu'il y a quelque défaut de délicatesse à s'emparer

d'an trait admirable , et à le faire passer pour sien ,

soit quand on le tire d'une langue étrangère , soit

quand on le tire d'une langue morte. C'est donc

un cas de conscience en littérature que le procède

de notre grand Corneille , qui a servilement copié

tiques C'est toute autre chose de traduire, sans le nommer, ni auteur étranger ou ancien qui a écrit sur des ^erespolives, et dont le mérite consiste, ou dans cernes découvertes, ou dans l'ordre qu'il a donné aux decouver s des , autres, ou dans ^manière dont il les a exprimées. Cette traduction subreptice est un véritable plagiat, un yol caracterue, et l'on nren a jamais jugé autrement.

iihe belle et touchante pensée de Caldéon dans sa tragédie à'Héraclius : /

O malheureux Phocas ! ô trop heureux Maurice ! Tu retrouves deux fils pour mourir après toi ! Je n'en puis trouver un pour régner après moi.

Ce qu'il y a de certain , c'est que nos critiques ont fort sévèrement accusé Caldéron de ce plagiat, tant qu'il na pas été prouvé, que la fameuse comédie, Tout est vérité, tout est mensonge , avoit sur Héraclius une priorité de quelques années.

Au reste , le plagiat commis sur les auteurs modernes, de quelque pajTs qu'ils soient, a déjà un. degré d'innocence de moins qUe le plagiat commis sur les anciens, et beaucoup d'écrivains d'une délicatesse sévère l'ont nettement désapprouvé. « Si » j'ai pris quelque chose , dit Scudéry, dans les » Grecs et dans les Latins , je n'ai rien pris du tout » dans les Italiens , dans les Espagnols, ni dans les h Français , me semblant que ce qui est étude chez » les anciens est volerie chez les modernes. » On peut répondre qu'il valoit mieux voler comme Corneille, que d'inventer Comme Scudéry ; mais si l'autorité de ce dernier n'est pas bien puissante $ son opinion a du moins une apparence de raison fet de probité qui mérite des égards. C'-'toit celle aussi de Lamothe-le-Vayer, qui dir dans une dé ses lettres, rapportée par Bayle <*u mot Ephore : <c Prendre des ancien1: et faire on profit de ce au ils » ont écrit, c'est comme pir^er au-delà de la ligne; 3) mais voler ceux de soi siècle , en s appropriant » leurs pensées et leur productions, c'est tirer là

>) laine au coin des rues, c'est ôler les manteauiï y> sur le Pont-Neuf. Je crois que tons les auteurs » conviennent de cette maxime , qu'il vaut mieux » piller les anciens que les modernes, et qu'entre :» ceux-ci il faut épargner ses compatriotes, préx férablement aux étrangers. La piraterie littéraire » ne ressemble point du tout à celle des armateurs: » ceux-ci se croyent plus innocens lorsqu'ils exer- ■» cent leur brigandage dans le nouveau monde, y* que s'ils l'exerçoient dans l'Europe. Les autres , 3> au contraire , arment en course bien plus hardi- » ment pour le vieux monde que pour le nouveau ; » et ils ont lieu d'espérer qu'on les louera des prises

» qu'ils y feront tous les plagiaires, quand

» ils le peuvent , suivent le plan de la distinction » que j'ai alléguée ; mais ils ne le font pas par » principe de conscience. C'est plutôt afin de n'être » pas reconnus. Lorsqu'on pille un auteur moderne 3 '■» la prudence veut qu'on cache son larcin ; mais 5) malheur au plagiaire s'il 'y a une trop grande 5> disproportion entre ce qu'il vole , et ce à quoi il » le coud. Elle fait juger aux connoisseurs , non- » seulement qu'il est plagiaire , mais aussi qu'il

» l'est maladroitement L'on peut dérober à la

» façon des abeilles , sans faire tort à personne , » dit encore ^amothe-le-Vayer ; mais le vol de la » fourmi qui enlb^ le grain entier , ne doit jamais » être imité. »

Quoi qu'il en soit , l'opinion la plus générale 'do rare à l'imitation , ou ci f0n veut au plagiai

(5) innocent, la latitude que j'ai «déterminée tout à l'heure. Aucune langue ne peut condamner l'écrivain à qui elle a l'obligation d'être journellement enrichie de toutes les conquêtes qu'il lui plaît de faire sur les autres ; et si le procédé de Fauteur n'est pas d'une extrême sévérité morale , il n'en résulte cependant aucun désavantage social qui puisse en balancer l'utilité ; c'est pourquoi le cavalier Marin ne faisoit pas difficulté de dire que prendre sur ceux de sa nation, c'étoit larcin ; mais que prendre sur les étrangers , c'étoit conquête. Le génie a d'autres moyens, à la vérité , de lutter avec une nation rivale ; mais on a pensé que celuilà même n étoit pas à dédaigner.

An do lus , an çirlus , cuis in hoste recuirai ?

Le troisième genre d'imitation ou de plagiat autorisé est celui qui ne consiste qu'à transmettre en vers la pensée d'un auteur national et même contemporain , mais qui écrivoit en prose. Par exemple , Corneille n'a fait que rimer uns superbe page de Montaigne , au chapitre qui a pour titre : Divers événemens de même Conseil , pour en composer la scène admirable de la Clémence d' Auguste; et Montaigne, lui-même, a littéralement copié ce passage de Sénèque ( A. Voltaire a emprunté de la page qui précède les paroles si célèbres de Gusman au dénomment à'Alzire ( B ; et Rousseau a pris dans deux lignes du chap. 2 du livre o, l'idée a le sentiment et le tour des bonnes strophes do XOde à la Fortune ( G.

Le quatrième genre , qui est beaucoup plus ex-: Iraordinaire sans être moins consacré , est le plagiat qui a lieu d'un bon écrivain sur un mauvais. C'est une espèce de crime que les lois de la république littéraire autorisent, parce que cette société en retire l'avantage de jouir de quelques beautés qui resteroient ensevelies dans un auteur inconnu , si le talent d'un grand homme n'avoit daigné s'en parer. Ainsi nous admirons les vers de la Henriade, sans nous informer s'il n'en est pas quelques-uns que le poète a enlevés à l'obscur Cassaigne (D; et nous n'avons jamais accusé Racine du vol de ce beau passage dont il a dépouillé le plus ignoré de nos vieux tragiques :

Dieu laisse-t-il jamais ses enfans au besoin ? Aux petits des oiseaux i,l donne la pâture , Et sa bonté s'étend sur toute la nature.

« Du Ryer avoit dit avant M. de Voltaire , dit

b> Marmonte^ que les secrets des destinées n'ér

3? toient pas renfermés dans les entrailles des vie-.

» times ( E ; Théophile , dans son Pyrame , pour

» exprimer la jalousie , avoit employé le même

» tour et les mêmes images que le grand Corneille

» dans le ballet de Psyché ( F ; mais est-ce dans

» le vague de ces idées premières qu'est le mérite

a de l'invention du génie et du goût ? Et si les

j) poètes qui les ont d'abord employées les ont

9 avilies , ou par la foiblesse , ou par la bassesse et

3; la grossièreté de l'expression, ou si, par un mér

*> lange impur , ils en ont détruit tout le charpie,

» scra-t-il interdit à jamais de les rendre dans leur » pureté, et dans leur beauté naturelle? De bonnej> foi, peul-on faire au génie un reproche d'avoir » changé le cuivre en or? »

C'est en effet un délit dont on se fait si peu de conscience , que Virgile se flattoit d'avoir tiré des paillettes précieuses du fumier d'Ennius (i), et que Molière , en parlant de deux scènes très ingénieuses des Fourberies de Scapin qui avoient fait rire tout Paris, dans le Pédant joué de Cyrano,; s'excusoit de ce larcin en disant qu'il est permis de reprendre son bien où on le trouve. Marivaux n'avoit pas les mêmes droits , et cependant il ne craignit point de reproduire, dans les Jeux de l'Amour et du Hasard , l'Epreuve réciproque de Legrand, qui est encore au théâtre : cette espèce de vol est fort commune parmi les auteurs dramatiques , et il y en a peut-être une assez bonne raison: c'est qu'un des principaux mérites de la Comédie étant dans la peinture des mœurs qui sont un sujet mobile et variable à l'infini , les sujets les plus avantageusement traités peuvent perdre , au bout de quelque temps, l'avantage de cette peinture, quand elle s'est bornée surtout à des traits momentanés ou locaux y car cela est moins vrai pour la haute comédie et les caractères saillans. Il n'est donc pas étonnant que beaucoup de poètes aient cru pouvoir s'em-

(0 Voyez le curieux recueil qu'en a fait Macrobe , dans le cinquième livre de ses Saturnales , qui traite des plagiats de Virgile.

(8) parer d'un sujet qui n'avoit plus de charme au théâtre, à défaut de cette vérité de tableau, de cette propriété de mœurs, qu'on n'exige pas moins dans la composition dramatique que l'intérêt de l'action et la régularité du plan. Le poète n'eût-il alors aucune part dans le fond de la conception , et même dans la disposition des scènes , on ne pourroit encore lui contester beaucoup de mérite, s'il y introduit du moins cette partie importante et difficile que son original n'offroit plus au même degré. On peut appliquer ces remarques au jeune auteur dont le prétendu plagiat a occupé dernièrement tous les oisifs de la capitale , et qui prouvera d'ailleurs plus d'une fois à l'avenir ce dont son talent est capable quand il s'y livre d'après lui-même, comme il l'a probablement toujours fait, (i)

Il y avoit plus de franchise dans la cinquième espèce de plagiat innocent, et le voleur y mettoit du moins un peu plus de son industrie. Je veux

(i) Cette querelle scandaleuse dure encore.au moment où j'écris. Il est également remarquable et funeste qu'un beau talent ne puisse pas s'élever chez nous , sans qu'une sanglante inimitié s'élève à côté , car il est impossible de méconnoitre la prévention et la haine dans toutes les menées dont M. Etienne est l'objet. Il y a, du moins , quelque chose de bien consolant pour lui dans, cette espèce de persécution littéraire : c'est qu on n'en a jamais vu de pareille s'acharner à la médiocrité. Le berceau du génie est comme celui d'Hercule } il est entouré do s.erpcns.,

(9) parler du Centon , genre de poésie en mosaïque , enfanté au milieu des caprices d'une littérature en décadence, et qui n'est recommandé par aucun nom classique. Il consistoit à composer sur un sujet nouveau un poème tissu de vers ou de sections de vers empruntés d'un poète ou de plusieurs poètes anciens, et appliqués le plus souvent à des acceptions très étrangères à leur emploi originel. Ce puéril labeur est tombé en désuétude avec les acrostiches et les vers iettrisés ; mais le secret ne s'en est pas tout-à-fait perdu , et la plupart de nos poèmes modernes rappellent assez bien les anciens centons, à cela près qu'ils se font annoncer aujourd'hui par un titre moins indiscret, et que le procédé de leur composition n'est plus révélé aux lecteurs.

II. De tous les emprunts qu'on peut faire à un auteur , il n'y en a certainement point de plus excusable que la citation , puisqu'il est souvent nécessaire, et particulièrement dans la critique littéraire et dans les sciences. Il y a même quelque modestie qui sied bien à un écrivain d'appuyer sa pensée de quelque autorité étrangère, ou de recourir à «l'expression d'un autre , en défiance de la sienne propre ; mais c'est un usage qui peut encore dégénérer en abus, et, dans Montaigne lui-même, je n'aime que jusqu'à un certain point ce qu'il appelle la jarcisseure de ses exemples. On a, de nos jours, trouvé le moyen de vendre au public des ouvrages qui existent en détail dans toutes les bibliothèques, en

composant des espèces de Centons de prose , où il n'y a rien de neuf que l'agencement. Encore estil rare qu'on daigne indiquer au lecteur, par un renvoi en chiffres microscopiques, l'écrivain et le lieu d'où ces pièces de rapport sont tirées ; et si on le fait de temps en temps, c'est pour se défendre par quelque apparence de bonne foi du soupçon d'un vol continuel qui est cependant très effectif. Je parcours de gros volumes de ce temps, desquels, si l'on vouloit en enlever tout ce qui est la légitime propriété d'autrui , il ne resteroit à l'auteur que la table des chapitres , comme dans les livres de cet Ephore l'historien, où l'on comptoit jusqu'à trois mille lignes copiées de differens auteurs. Bayle parle d'un certain Victorin Strigelius, qui avoit porté l'indécence du plagiat encore plus loin , et qui étoit assez impudent pour en convenir, en offrant revanche sur ses écrits aux auteurs qu'il avoit dépouillés. Je ne connois Strigelius que par ce trait ; mais je doute fort que le marché qu'il proposoit ait convenu à personne, quoiqu'il n'y ait point d'auteur si pitoyable où les plagiaires ne trouvent à prendre. Pour revenir à la citation et à ses abus, en est-il de pire que celui qu'en faisoit le philosophe Chrysippe , qui poussa la manie de grossir ses livres de citations parasites au point qu'il y enferma une fois toute la Médée d'Euripide? Cet usage étoit d'ailleurs peu considéré des anciens, et on remarquoit avec éloge qu'Epicure eût écrit trois cents volumes sur différens sujets sans alléguer un seul auteur.

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