‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 21 sur 92 · Le Rat etPHuUre · texte numérisé non relu

Le Rat etPHuUre

2. U Rai et VÉUphanL 3 Le Chat et le Rat, 4. Le Loup et le Chasseur.

5 L*Homme et la CoiUeuvre.

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jamais. En second lieu, malgré les plus furieuses prohibitions, il recréa Venjambement^ qui n'avait jamais été, avant lui, employé d'une façon vraiment rationnelle, tandis que rares sont les pages où le fabuliste n'en use savamment à notre plus délicat plaisir. On n'a qu'à lire a,vec attention les quelques exemples donnés, pour voir combien son procédé ajoute à l'idée de force subite, et la montre, au lieu de la décrire, peinte en un trait. L'enjambement est chez La Fontaine une science ^'autant plus consommée qu'il sait ne pas s'en setvir sans une raison majeure, ne pas la pousser jusqu'à l'abus.

D'où vient donc qu'il n'ait pas été la source d'un xviu** siècle poétique moins abâtardi et moins stérile? qu'il n'ait pas infusé un sang nouveau à toute cette versification molle et comme lâchement abandonnée des Voltaire, des Crébillon, des J.-B. Rousseau, des Lebrun et consorts? C'est que le « bonhomme » avait un de ces tempéraments à la Régnier qui sont aimés et admirés de la postérité de la même manière que de leurs contemporains. On ne tarit pas sur eux d'éloges enthousiastes, mais on les traite en enfants gâtés ou terribles, et, dans le compte fait des génies de son temps, il semble qu'ils sont de surplus et qu'on peut les oublier. — Il y a cependant, outre la dictature néfaste de Boileau, de plus directes causes au peu d'influence

métrique de notre grand La Fontaine. Non seulement il ne pensa jamais faire œuvre de réformateur, mais il s'empressait, sitôt hors de son cadre ordinaire, d'abdiquer toute hardiesse. Qu'on lise pour s'en convaincre Philémon et Baucis, conte plein d'un charme discret et composé d une langue encore malicieuse, on eût dit qu'avant de récrire La Fontaine « avait promis (à Despréaux) d'être sage » . C'est une suite d'alexandrins tranquilles et carrés qui se permettent bien timidement quelques vives allures.

Aussi la manière neuve dont il traitait le vers, dissimulée qu'elle était encore dans l'indépendance du vers libre, parut-elle à tous comme à lui-même Tapanage exclusif de la fable, du conte, de la poésie familière. La Fontaine avait enrichi les lettres d'un domaine où tendaient à se développer des plantations nouvelles, rapportées d'îles inconnues à l'art poétique de son temps; elles donnaient déjà des fleurs exquises, bien que discrètes ; mais, pendant plus d'un siècle, personne n'en profita: le poèteetses fleurs, universellement admirés, ne purent féconder que leur solitude.

Ce ne sont point les générations suivantes qui se préoccupèrent du rythme et de ses épanouissements divers. Voltaire alors écrivait que dans la

poésie française la rime seule permet de distinguer la poésie de la prose. On sait que chez lui c'est tout au plus si la rime même parvient à faire établir cette distinction ; on sait que par la chanson et tout ce qui constitue les petits dessous spirituels de Idimise en vers y le xvni* siècle ne connut guère ni les formes ni l'âme de la véritable poésie. Il fallait pour cette éclosion que se produisit, comme avec Ronsard après les gentillesses des Marot et des Saint-Gelais, Téveil de Témotion grave en face des choses. Elle s'éveilla avec les bouillonnements intérieurs qui soulevaient quelques âmes à l'approche delà Révolution, comme Tintellectuelle effervescence à la découverte du monde antique avait provoqué l'exaltation de la Pléiade : et c'est alors que parut André Chénier ^

Le vers d'André Chénier contraste avec celui des infimes poètes de son temps, et même des maîtres du xvji* siècle par le nombre. Le vers ne peut pas être nombreux lorsqu'il est au service d'une langue et d'un style épurés par une sagesse extrême ; il peut être divinement harmonisé, mais difficilement riche et sonore. Le goût comme il

1. Il est curieux de remarquer, en passant, qu'un renouveau de l'esprit grec et latin caractérisa diversement ces deux renaissances poétiques, se mêlant au sentiment large du la nature et des malheurs publics qui les viviûa ; pénétrant la poéï^ie d*amour au point d'en changer la légèreté graveleuse en une plus esthétique et voluptueuse sensnlité; amenant enfin un rajeunissement de Talexandrin.

était compris sous le règne de Racine devenait parfois d'une raréfaction trop grande pour Tatmosphère poétique. Il faut au poète non seulement de la lumière et de Tair pur, mais mille accidents de nature qui se produisent à toutes les hauteurs respirables. André Chénier sut donc redonner à Talexandrin ce nombre qui nourrissait déjà tant de vers de Ronsard, de Du Bellay, de d'Aubigné, et qu'avait perdu Malherbe avec son dessèchement de la langue, si inintelligemment absolu.

Il fut ensuite le premier, depuis le xvi* siècle, à concéder à la vraie poésie lyrique le droit de se servir du rejet et d'augmenter par là la souplesse de l'alexandrin. Mais il est loin d'en avoir tiré un aussi merveilleux parti que La Fontaine. Certes ses enjambements n'ont rien de commun avec celui des poètes de la Pléiade, ils sont plus voulus^ et exécutés d'une main souvent victorieuse ; seulement il parait avoir soin d'empêcher ses rejets d'atténuer la force de l'hémistiche ^ Chez La Fontaine, le vers où tombe l'enjambement oblige presque toujours la césure à se porter plus loin que la sixième syl-

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