‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 36 sur 92 · Problèmeê de ^Enhélique eonlemporaine^ pp. 208 et · texte numérisé non relu

Problèmeê de ^Enhélique eonlemporaine^ pp. 208 et

de même pour le plus grand nombre des rythmes ternaires tirés de Tœuvre de Hugo, parce qu'en effet l'intention du poète n'était pas de produire ces effets rythmiques, mais uniquement d'annihiler le temps de la césure, de déroidir l'alexandrin par le seul moyen de V enjambement.

L'enjambement est le fondement, la règle mère de toute la versification romantique. On sait qu'il est « une extension de la période rythmique normale * » ; or on sait aussi que la période rythmique normale de l'alexandrin classique est plutôt formée des six temps d'un hémistiche que de l'union mal soudée des deux éléments rythmiques égalant douze temps. La dislocation empirique du vers demandait donc d'enjamber non seulement sur la rime, mais sur la césure. C'est ce qu'accomplit Victor Hugo. C'est ce qui produisit de soidisant formules romantiques, de soi-disant rythmes ternaires aux seules réelles apparences.

En réalité, la plupart des combinaisons sont amenées en vue d'un effet de report au-delà du terme ordinaire. Ainsi le vers :

La porte tout à coup s'ouvrit — bruyante et claire,

qu'on rattacherait inexactement au rythme 2— 6 — 4, ne garde toute sa beauté rythmique imagée qu'avec

L Becq de Fouquières.

un arrêt brusque et rapide sur coup. Le procédé est tellement constant et visible qu'il se répète le plus souvent sous la même forme : par le rejet sur Thémistiche d'une épithète, contraste ou surprise pour le substantif qu'elle qualifie. Par exemple :

Voit dans la transparence obscu—re du sommeil. Il arrache la lame illus — tre avec effort.

Cette forme ramenée à satiété n'est pas sans recréer une nouvelle monotonie à côté de l'ancienne K Aussi ne pouvons-nous pas dire avec Renouvier que Victor Hugo arrive par ce système à « un développement tout nouveau du rythme 2 ». La généralisai ion de l'enjambement portant à la fois sur la césure et le terme du mètre est théoriquement la négation même du rythme perceptible, puisque des enjambements successifs en l'allongeant le déforment et l'empêchent de se reformer 3. Si d'une manière eflfective Hugo garde

1. Contrôlez cette assertion par la critique aiguë de M. Cb. Morire, en ses études : Paul Verlaine^ chez Vanier, et La LiUérature de tout à V heure (Perrin, éd.).

2. Critique philosophique^ année 1874, t. II. — Études esthétiques,

3. Nous sommes heureux de nous rencontrer ici avec M. Francis Viélé Grifûn : « Il existe instinctivement une répulsion pour Penjambepient... Or le romantisme, dans sa dislocation passionnée du vieux moule classique, a brutalement pratiqué l'enjambement ; et la joie iconoclastique fut telle qu'on oublia, pour ce leurre de liberté qui est la négation môme du vers, cette autre réforme accomplie de nos jours et qui mobilise la césure jusque-là hypocritement respectée par les plus farouches. » — Entretiens politiques et littéraires, V mars 1890.

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au contraire en sa marche poétique des mouvements rythmiques larges et assurés, c'est qu'il suit sa route sans s'écarter en somme de la ligne classique, et que ses écarts, tout fréquents qu'ils soient, ne se présentent point à de trop rapprochées distances, l'éloignent à peine du rigide tracé de la tradition. Sur une centaine de ses vers, les trois quarts sont de la coupe racinienne la plus absolue, et, sur le dernier quart, un bon nombre par l'abus des enjambements sont comme arythmiques.

Qu'on ne nous accuse pas de diminuer chez Hugo le génie de l'ouvrier, la grandeur si profondément originale de l'artiste qu'elle tyrannise encore nos frères aînés ! Nous savons de quel hommage de reconnaissance doivent l'honorer les poètes, pour son déliement splendide de la langue, pour sa richesse tonale^ son opulence orchestrale des mots et des syllabes, ainsi que pour l'ampleur majestueuse et souple de ses périodes rythmiques, pour ses trouvailles même d'effets rythmiques découverts instinctivement en dépit des libertés destructives qu'il avait érigées en lois ! Mais nous n'avons pas à voir en ses œuvres un développement du rythme sur des bases nouvelles, puisque c'est par un emploi, tantôt empirique et exagéré, tantôt habilement entendu, des moyens d exception de la méthode classique — moyens néan-

moins dont elle avait su, en bien des cas, se servir brillamment, — puisque c'est plutôt même par la connaissance profonde de tout ce que comportait lepurrythme classique, de ce qui n'avait pas été largement, sciemment utilisé, qu'il a obtenu dans le mouvement de ses alexandrins des résultats tantôt merveilleux, tantôt insuffisants et déréglés.

Aussi bien, le romantisme n'a jamais revendiqué positivement de réforme rythmique. Sainte-Beuve dans les débuts écrivait : « Sur vingt bons vers de Pécole moderne, il y en aura toujours quinze qu'à la rigueur Racine aurait pu faire ^ » Seize ans plus tard, W. Tenint déclarait encore : « Nous n'avons pas osé d'autres hardiesses que les classiques. Nos innovations sont excessivement vieilles. Les libertés que Racine s'est permises dans les Plaideurs nous conviennent, nous n'en demandons pas d'autres -. » Enfin Becq de Fouquières luimême, tout en croyant avoir découvert chez les romantiques d'absolues formules nouvelles auxquelles il ramenait un trop grand nombre de vers, avoue : « Le vers romantique n'a pas remplacé le vers classique, il s'est glissé dans ses rangs ; car ce qu'il ne faut pas oublier, dans les œuvres des poètes modernes, les trois quarts des vers, pour

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