‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 45 sur 92 · Vanier, éd · texte numérisé non relu

Vanier, éd

La forme de Verlaine, tout instinctive qu'elle soit, n'en est pas moins le meilleur essor vers un renouveau sincère de Tart qui se soit dégagé de Temmaillotage ancien comme des langes de pourpre du romantisme. Si cet essor ne tend pas à un renouveau complet, s'il emporte avec lui des débris de toutes formes, souvenirs encore aimés du passé, Verlaine sait les colorer de toutes les libertés vraiment musicales de la rime, des allitérations et des assonances les plus merveilleuses, de toutes les harmonies nouvelles qui peuvent le mieux faire oublier ou vivre l'uniformité du dessin rythmique.

Il ne s'en est pas tenu d'ailleurs à la seule rénovation de l'alexandrin. Il s'est efforcé de donner au décasyllabe, sans toutefois y trop réussir, avec plus d'inconséquence, la même nouvelle richesse; et il a renouvelé les combinaisons strophiques, des petits rythmes de berceuses ou de romances, le plus souvent par les procédés (si dédaignés d'habitude et si raffinés dans leur simplesse) des chansons populaires. Mais surtout il a ressuscité, en une vie multiple et toute personnelle, les rythmes boiteux^ les mètres impairs de neuf, onze et treize syllabes.

C'est dans cette tentative que notre poète a été

le moins compris, — par ses amis mêmes; le plus attaqué par les partisans les moins intraitables de la symétrie. Et pourtant qu'y avait-il à la fois de plus original et de plus légitime !

Historiquement, les vers impairs ont toujours eu droit d'existence. On se contentait de les déconseiller, ils étaient suspects. Plutôt, ils Tétaient devenus, en passant du latin dans les langues romanes, car les formes rythmiques latines du moyen âge sont augmentées des vers impairs — des vers de onze syllabes, en particulier, qui présentent tantôt une césure après la cinquième ou après la sixième syllabe, tantôt deux césures mobiles ^ — Le plus ancien traité connu de versification romane, qui date de 1356, Las Flors del Gay Sabeî\ parle sans aucune remarque de Thendécasyllabe avec les deux césures facultatives. Mais, quant aux ennéasyllabes, il fait remarquer « qu'on n'en doit point faire, car ils n'ont point une consonance agréable, à moins qu'ils n'aient un repos avec consonance à la cinquième ou sixième syllabe. Et encore, même avec cela, c'est à peine si leur cadence ne déplaît pas, excepté quand les rimes sont multipliées^ ». Cette appré-

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