‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 50 sur 92 · Sagesse · texte numérisé non relu

Sagesse

Comme exemple excellent aussi de rythmes hendécasyllablques» Yoir encore dans Jadis et Nagtière I03 Vers pour être calomnié.

selon leur passion discordante, seulement lorsque l'effet s'impose, ainsi qu'en ce vers, où Ton doit sentir, par le changement brusque de la coupe, le saisissement du froid :

«•■" Comme uq oiseau — qui grelot — te sur un toit.

Les vers de treize syllabes sont certainement ceux que Verlaine a su manier avec le moins de bonheur. Il les laisse boiter brutalement ; il les manie en général comme Scarron, comme Banville en 5 + 8 sans qu'il semble pouvoir leur octroyer l'ondoyance rythmique où se jouent si joliment ses autres impairs. On ne peut cependant s'empêcher de reconnaître comme curieusement et bien rythmé ce Sonnet boiteux de Jadis et Naguère dont le second quatrain a été l'exemple souvent cité des étrangetés inacceptables de Verlaine. Or ces étrangetés, qui se produisent dans les deux derniers vers (les premiers étant l'un avec l'autre symétriquement rythmés), ne sont autre chose que de volontaires discordances, des images de rythmes.

5-4-4) Londres fume et crie. — G quelle vil — le de la Bible ! 5-4-4) Le gaz flambe et na— ge et les ensei — gnes sont

[vermeilles.

4-7-2) Et les maisons — dans leur ratatinement— terrible 3-5-5) Epouvan — tent comme un sénat— de petites vieilles.

Ne voit-on pas que ce changement de rythme

avec Et les saisons,., qui d'ailleurs commence par une simple reprise des derniers éléments du vers précédent ; que cette fuite soudaine du rythme en un groupe de sept syllabes précipitamment allitér^es sans pause possible, avec ce sursaut dur sur Tépithète ; qu'enfin cette brusque mise en lumière du verbe épouva?iient par une nouvelle variété initiale du vers suivant qui se termine en un décasyllabe à césure médiane, tremblotant et menu, — n'expriment à miracle la visionnaire sensation du poète ?

Aussi bien, c'est par les mètres impairs que Verlaine a été peut-être le plus créateur, sans que cependant il ait échappé en cette occurrence à l'élément de destruction, à cette liberté de la prose plus meurtrière pour des rythmes flottants que pour ceux d'une concordance précise. Et de même que pour ses alexandrins, dont une bonne partie, frappée des qualités et des vices antérieurs, n'atteint pas au nouvel idéal, il garde encore trop souvent à ses vers impairs la claudication d'une seule césure, avec de temps à autre le pire correctif du désordre romantique.

En cela, en toute son œuvre, Verlaine est un instinctif, non pas seulement comme doit l'être tout créateur dont l'instinct est une conscience obscure, mais comme un fol esclave à la fois des suggestions d'hier et des confuses aspirations de

demain. Il sait moins que Rutebeuf, moins que Villon, moins que Régnier, moins que La Fontaine 'ses ascendants aussi directs que le permettent des fermentations séculaires), se reconnaître, se vouloir instinctivement la précision d'un but renouvelé. Il est plus qu'eux, ces fifres solitaires des avant-gardes d'antan, un poète de transition.

Mais n'oublions pas qu'en cette transition s'annoncent et sonnent les inquiétudes et les éveils rvthmiques du plus hardi précurseur.

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