‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 51 sur 92 · PREMIÈRE PHASE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PHASE

Les novateurs relèvent de Th. de Banville, noQ de Verlaine. — De 1884 à 1889 : œuvres diverses ; contradiction des œuvres ti des théories.

Précurseur, Verlaine ne fut pas cependant revendiqué exactement comme tel dès l'origine du dernier mouvement poétique. C'est encore de Banville que se réclamaient uniquement les jeunes novateurs qui n'étaient point cependant dans l'ignorance de l'originalité de Paul Verlaine. On se rendit vaguement compte du renouveau de sa rythmique ; mais on en étoufifa tout d'abord la portée féconde, en la traitant d'étrange, d'insaisissable, en la tenant d'une pratique impossible pour tout autre poète, — comme si d'indéniables beautés d'art échappaient à des lois certaines, qu'il s'agit seulement de découvrir par l'analyse, ou de sentir par l'instinct, pour avoir la possibilité (ce qui ne veut point dire certes la faculté) de reproduire ou plutôt de recréer, en

d'autres originaux développements, d'analogues beautés neuves, liées aux premières par un simple parentage.

Au vrai, les ouvriers du progrès poétique ne virent, à la première heure, en la métrique de Verlaine qu'une réalisation des vœux de Banville. D'aucuns même ont voulu encore n'y voir qu'un débridement à la manière de Jules Laforgue et d'Arthur Rimbaud, dont Verlaine aurait subi l'influence. Mais rien dans l'œuvre connue de Rimbaud n'approche des fécondités rythmiques, des nouveautés personnelles qui viennent d'être signalées. Banville avait dit : « J'aurais voulu que le poète, délivré de toutes les conventions empiriques, n'eût d'autre maître que son oreille délicate, subtilisée par les plus douces caresses de la musique. » Trompés par l'ordre composite des poèmes de Verlaine, ils ne s'aperçurent point qu'il avait fertilisé le vague et vide enseignement de cette phrase jolie, d'une manière qui, en sa perfection, détruisait presque entièrement l'appareil législatif de Banville lui-même ; qu'ils devaient donc avec une claire conscience du renouvellement rythmique et une connaissance réelle de l'œuvre de Verlaine rencontrer en lui seul un précurseur. Or, au début de leurs tentatives, il n'en fut rien, ainsi qu'en témoignent les petites professions de foi liminaires qu'affiche depuis cinq ou six ans

toute œuvre poétique à tendance nouvelle, — et les œuvres mêmes.

Il y eut ainsi au point de vue métrique deux phases fort distinctes dans l'évolution du mouvement poétique qui naquit après les Romances sans paroles^ Sagesse, Jadis et Naguère^ pour ne se développer au large qu'actuellement. — Dans la première phase, enthousiastes admirateurs de l'œuvre de Verlaine, sans vrai souci cependant des révélations de sa rythmique, les poètes ne relevèrent donc que de Banville en continuant, à l'instar de leurs prédécesseurs, à revendiquer toujours pour le vers la liberté complète — sans plus, — en annonçant bien haut l'avènement d'une prosodie nouvelle, alors qu'ils prorogeaient tout uniment, sous le couvert de quelques théories révolutionnaires, rarement appliquées, les pouvoirs despotiques du vieux rythme. — Dans la deuxième phase, le travail de la révolution est réel : mais loin d'être une fécondation plus complète et consciente des évolutives trouvailles écloses chez Verlaine, nous verrons qu'il n'est que la conséquence extrême antiscientifique, bien que naturelle, des préceptes de Banville, du maître qui pourtant renia cette œuvre de la dernière heure, et de qui les anciens disciples à leur tour, en s'éloi-

gnant de leur modèle, crurent rejeter renseignement.

Qu'on suive d'abord la première phase dont Télan général ne s'arrête guère que vers 1889. Les Pre^ mières armes du Symbolisme * nous rappellent que dès 1885 les chroniqueurs constataient, chez les poètes dénommés « décadents » à cette époque, l'affranchissement définilif de la césure.

Il est vrai que cette année-là parurent les Complaintes de Jules Laforgue, et qu'en une petite revue, La Vogue ^ morte depuis, furent imprimées, un an après, pour la première fois, Lesllluminatiojis d'Arthur Rimbaud. M. Gustave Kahn publia aussi en 1886 et les années suivantes, tant dans La Vogue que dans la jR^2;w^ indépendante^ ses diverses théories sur la poétique et la métrique, corroborées par des poèmes qu'on retrouva en 1887 dans Les Palais Nomades, Ces différentes œuvres en effet attestaient souvent une conception du vers sans césure ; mais c'étaient des phénomènes alors isolés dont rinfluence rythmique ne se lit sentir que plus tard.

A cette époque, les poètes se disant novateurs et disciples plus ou moins de Verlaine n'étaient pas plus, dans leur ensemble, affranchis du passé que

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