LEUR EMPIRISME
On a cherché de tout temps au vers français des bases nouvelles, et presque de tout temps, en dehors du génie de la langue et d'une logique réforme évolutive. Le sentiment d'une imperfection première de notre système rythmique était dominé par l'idée d'imiter la soi-disant perfection de la métrique grecque : aussi n'avait-on pas conscience de ce qui pouvait être, et l'on s'efforçait à des révolutions puériles. Les grands poètes d'ailleurs en furent causes : ils ne transformèrent la forme poétique qu'en régénérant la langue ; Ronsard, Victor Hugo lui-même furent des rythmiciens timides; c'est qu'en somme ils étaient plutôt des écrivains que des chanteurs. Leur oreille était juste, certes,
mais simple et un peu facile, plus amie des marches militaires que des profondes musiques, au surplus pressée d'être satisfaite par cette hâte de la pensée, favorisant Thabitude, qui empêche tant d'artistes de parfaire une plus entière création.
A des poètes mineurs, moins poètes que savants, à des érudits quelque peu aventureux, incomba donc la tâche, vaguement désirée de tous, de- tenter des réformes que devait rendre stériles Tempirisme de leur conception initiale.
Le premier moyen, le plus simple qu'on trouva pour sortir de la tradition, fut de dépouiller les vers de toute rime, de les rendre blancs. Dès le xv* siècle, Henry de Croy^ réprouve avec énergie les vers blancs, et les appellent des baguenaudes^ autrement dit des niaiseries. Au xvf siècle, les arts poétiques de Fabri et de Sibilet en parlent encore pour les condamner avec mépris. Parfois cependant Ronsard, Du Bellay baguenaudent. — Deux siècles plus tard, Voltaire s'en occupe, et Marmontel compose une partie de ses hicas en vers blancs. Enfin, au commencement de ce siècle, Fabre d'Olivet prône des vers blancs sous le beau nom de vers eumolpiques^ du fondateur des mystères d'Eleusis.
Mais ces tentatives ne faisaient que supprimer