‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 7 sur 92 · NECESSITE D UN RENOUVELLEMENT · texte numérisé non relu

NECESSITE D UN RENOUVELLEMENT

Tout dort ! et cependant Tunivers est debout ! Par le siècle emporté tout marche, ailleurs, partout ! Le Scythe et le Breton, de leurs climats sauvages, Par le bruit de ton nom guidés vers tes rivages, Jetant sur tes cités un regard de mépris, Ne t'aperçoivent plus dans tes propres débris. Et mesurant de Tœil tes arches colossales, Tes temples, tes palais, tes portes triomphales. Avec un rire amer demandent vainement Pour qui l'immensité d'un pareil monument ; Si Ton attend qu'ici quelque autre César passe. Ou si Tombre d'un peuple occupe tant d'espace >.

Puis, si Ton veut de la légèreté brillante, de l'ironie colorée et pleine de verve :

Franchise du vieux temps, muse de la patrie,

Où sont ta verte allure et ta sauvagerie?

Comme ils tressailleraient, les paternels tombeaux

Si ta voix douce et rude en frappait les échos !

Comme elles tomberaient, nos gloires mendiées,

De patois étrangers nos muses barbouillées,

Devant toi qui puisas ton immortalité

Dans ta beauté féconde et dans ta liberté !

Avec quelle rougeur et quel piteux visage

Notre bégueulerie entendrait ton langage ;

Toi qu'un juron gaulois n'a jamais fait bouder.

Et qui, ne craignant rien, ne sait rien marchander!

Quel régiment de tous, que de marionnettes,

Quel troupeau de mulets dandinant leurs sonnettes,

Quelle procession de pantins désolés,

Passeraient devant nous^ par ta voix appelés!

!. Le detnitT xhani de Child'Harold, xm.

Et qod plaisir de voir sans masque ni lisières, A travers le chaos de nos folles misère?, Courir en souriant tes beaux vers ingénus, Tantôt légers, tantôt boiteux, toujours pieds nus* !

Certes il n'existe pas trois pages de vers d'une inspiration et d'une langue plus dissemblables. Le vol d'une rapide lecture suffit pour qu'on aperçoive quelles différences profondes, dans la conception de leur art, éloignent l'un de l'autre les trois poètes. Etablir entre eux un vague rapprochement initial, comme entre les anciens peintres coloristes, serait impossible. Et cependant la remarque tout de suite i

s'impose, qu'avec le changement de pensée il se i produit bien un changement de ton, mais non de »

mouvement. Ce n'est pas qu'on veuille parler du I mouvement général donné par l'alexandrin : les pensées les plus diverses peuvent le prendre ; mais elles ne devraient le pouvoir qu'en gardant une allure particulière en rapport avec leur diversité. Deux personnes se suivant librement d'un pas égal, sans idée d'imitation, conservent dans '

ces mouvements du corps qui accompagnent la marche, un caractère original, inhérent aux différences de leur nature. On ne les distingue pas | seulement l'une de l'autre par leur apparence cor- i porelle, par la couleur de leurs vêtements, mais

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