‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 8 sur 92 · Sur la Paresse · texte numérisé non relu

Sur la Paresse

NÉCESSITÉ d'un RENOUVELLEMENT 31

par ces rythmes variés dont s'anime la régularité de leur pas, qui donnent une vie spéciale à chaque mouvement semblable.

Or, d'après les poèmes qui viennent d'être cités — et bien qu'ils contiennent, comme on le verra, de nombreux exemples des formes multiples que peut prendre l'alexandrin, — nous voyons qu'une suite de pensées, tout en acquérant par le vers une nouvelle force, perd cependant de cette vitalité naturelle. Le vers, tel qu'il est compris en ces poèmes, identifie les pensées entre elles : il ne les soutient pas d'un vol qu'elles dirigent. Pour les mieux porter, il les tient toutes également immobiles en resserrant Tétroitesse du rythme, quelles que soient les apparences de liberté laissées çà et là. L'individualité rythmique de chaque pensée n'existe point. Si elle existait, l'harmonie générale du rythme ne pourrait résister à l'interversion de quelques vers — faite complètement en dehors du sens, — tandis qu'au contraire vous pouvez mêler des vers des trois poètes sans que rien soit perdu dans l'équilibre du rythme. En effet, lisez : F/v/nehise du vieux temps ^ muse de la patrie^ etc. ; puis : Italie! Italie! adieu^ etc. ; Le Scythe et le Breton de leurs climats sauvages ; Nos bleus lotus penchés^ etc. etc., — et vous verrez que le mouvement général formé de toutes ces successions hétéroclites n'en conserve pas moins un peu de l'homo-

généité que lui donne le développement logique d'une période.

Il est donc évident qu'il s'ensuit pour les vers exprimant même les pensées les plus diverses, et malgré les accents toniques les plus variés, une constante similitude créée par le rythme. De là, résultent à la longue un grand nombre d'impressions seriiblables, d'impressions qui deviennent par conséquent non esthétiques : les habitudes dti rythme finissant, ainsi qu'il a été prouvé, par enlever toute force première à l'art qu'elles dominent encore, par l'empêcher d'atteindre à l'entière expression de la beauté nouvelle.

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